Le socle conceptuel de l'économie de plein échange

L’économie de plein échange est une orientation travaillée depuis longtemps. Aristote fait partie de la lignée de ceux qui se sont appliqués à la penser. Smith, Say et, de la manière qui a porté le plus l'économie politique au seuil d'une authentique science, Ricardo l'ont fait grandement progresser. Les modes de fonctionnement actuels sont cependant de moins en moins satisfaisants. Les spéculations de « l’économie mathématique » (appellation d’origine de la construction néo-classique) puis de la « macroéconomie » sont passées par là. Les points de départ les plus facilement compréhensibles et admissibles par tout un chacun (les prix, le profit, le capital) ont été perdus de vue.

Le système des échanges marchands est configuré par le législateur. Cette configuration porte ou non à leur plus haut point d’efficacité les régulations que le système est à même d’entretenir. Mais quelles sont, au juste, ces régulations ? Quelles sont les interactions des unes avec les autres ? À quoi convient-il, en conséquence, que le législateur oblige ? De quoi convient-il qu'il s'abstienne ? Qu'en est-il des autres autorités de marché ?

La théorisation économique dominante a produit trop de réponses fausses ou imprécises à ces questions. Ce qu’il est convenu d’appeler, en politique et en direction d’entreprise, le pragmatisme n’a pas produit de meilleurs résultats.

Une autre approche est nécessaire. Sur ce site, la partie Science économique en donne une architecture conceptuelle : l'économie poltique objective (EPO pour les initiés) est le socle conceptuel de l'économie de plein échange. La partie Politique économique en tire les conclusions opérationnelles.

Dans cette autre approche, l’économie de marché devient productrice durable de trois résultats :

  • la réalisation du plein-emploi et son prompt rétablissement chaque fois qu’il est compromis ;
  • la maximisation du revenu du travail sous contrainte de revenus de placements, dont notamment ceux en capital, suffisants pour maintenir ou rétablir le plein-emploi ;
  • le réglage par l’ensemble du corps social, et non par une technostructure usant de pouvoirs confisqués, des écarts de rémunération du travail. 

Ces trois grands résultats sont manifestement de haute importance sociale. Leur obtention est bien entendu conditionnelle: le grand ressort des échanges marchands doit fonctionner à plein régime, y compris pour le profit et les produits du travail ce qui va bien à rebours de la prétendue loi universelle de l'offre de et la demande . Or cette universalité postulée est un fondement de la théorisation actuellement la plus admise de l'économie de marché. Celle-ci a, entre autres, les caractéristiques suivantes :

  • La loi de l’offre et de la demande régit principalement tous les prix, y compris ceux du travail. Le modèle du casino est pris comme référent du mécanisme de formation  des prix.
  • Le maximum de profit est postulé comme l'inévitable but de l’entreprise.
  • L’autofinancement des entreprises est jugé comme sain, avec comme conséquence une non distribution d’une part des bénéfices de ces mêmes entreprises.
  • La fiction des cotisations patronales est tolérée et ouvre la voie à la collectivisation des salaires, au mépris de justes rémunérations.
  • Le fait que tous les impôts sont, au final, à la charge des particuliers et de leurs associations à but non commercial n’est pas mis en avant.
  • Méconnaître que l’épargne placée en financement d’entreprise contribue plus, en règle générale, à la croissance économique que la même somme dépensée en achats à des entreprises n'est selon ses critères qu'une faute vénielle d'analyse.
  • Le créditisme et le centralisme ne sont pas pour elle des contre-modèles du capitalisme.
  • Les grands taux directeurs y sont les taux d’intérêt et non pas les taux sur capital de bénéfice distribué. Effets de levier, plus-values, achats et ventes des actions sont ainsi préférés au placement de l'épargne en capital des entreprises.

Ce que nous tenons pour être une théorie générale de bon aloi du plein jeu des échanges marchands n’a aucune de ces caractéristiques. Autres prémisses, autres repères : c’est du fondamentalement mieux conçu dans l’ordre de l’économie de marché dont, en tout état de cause, nous avons besoin pour nettement mieux faire.

Aux études de ce mieux, citoyens !

DM et AL, juillet - novembre 2010