Chapitre 1 - L'économie

1.1. La pensée économique doit utiliser des définitions au sens de ce concept en logique mathématique.

La pensée économique n’utilise pas encore assez de définitions au sens de ce concept en théorie des ensembles. La recherche dont le traité d'économie objective rend compte fait partie des travaux qui produisent des preuves de cette insuffisance et qui s’efforcent de contribuer à la réduire. Les dictionnaires, lexiques et glossaires renseignent sur des acceptions qui ne sont pas, le plus souvent, des énoncés correspondant à la définition de la définition en logique mathématique.

La définition de la définition en logique mathématique des ensembles non flous tient en trois propositions élémentaires:

  • Un ensemble n’est définissable qu’au moyen d’un énoncé ou bien en extension ou bien en compréhension.
  • Une définition en extension énumère tous les objets qui font partie de l’ensemble considéré.
  • Une définition en compréhension énonce une propriété ou des propriétés que tous les éléments de l’ensemble considéré et eux seuls possèdent.

Il faut, en économie aussi, s’attendre à ce que les définitions soient pour la plupart en compréhension. L’énoncé d’une définition en compréhension peut être souvent imbriqué à une énumération partielle qui ne peut pas être le début d’une définition en extension. Exemple d’un tel énoncé :

Les richesses marchandes sont les produits du travail humain tels que des outils, des aliments et des vêtements, qui s’échangent le plus souvent contre une quantité de monnaie et pour le reste directement entre elles.

Pour que l’énumération partielle puisse être le début d’une définition en extension, il faudrait pouvoir constater que les outils, les aliments et les vêtements sont des richesses qui font toutes l’objet d’échanges marchands. Or ce n’est pas le cas à cause de celles que leurs propriétaires ont produit et dont ils gardent pour eux l’usage. Par ce genre d’impossibilité et en raison d’autres incommodités, en économie notamment les définitions proprement dites sont pour la plupart en compréhension. Cela rend encore plus nécessaire, dans cette discipline, d’apporter un grand soin au préalable de la mathématique littéraire.

La définition, les autres observations du réel et le raisonnement font grand usage de conventions sémantiques. C’est pourquoi la pensée économique n’est portée à son plus haut point de rigueur scientifique qu’en faisant explicitement état des conventions majeures de dénomination qu’elle utilise. Les clauses verbales les plus typiques de la théorie économique sont réputées être « toutes choses égales par ailleurs » et « tôt ou tard ». En fait, la clause mathématique la plus nécessaire à l’élaboration de la théorie économique authentiquement scientifique est :

  • « convenons d’appeler… » – suit un mot ou une expression –
  • « l’ensemble… » – suit une définition en compréhension.

Autres considérations initiales de méthode (appendice)

Théorème de la différence - version étendue

[Cet énoncé et cette démonstration usent de la notion de richesse marchande avant que soit établi plus tard qu'une acception plus précise de cette notion fait sens. Dans cette acception plus précise, n'est plus de la richesse marchande qu'un revenu du travail et de placement. Quand le chapitre 1 sera revu pour aligner la présentation des argumentations sur ce qu'elle est devenue du chapitre 3 au chapitre 12, cette page devra être réécrite et peut être déplacée en appendice du chapitre 8 car c'est là que le bien fondé de l'assimilation des richesses marchandes aux revenus apparait le mieux. DM, 8/3/11]

Énoncé

À montants égaux, les placements dans le financement permanent (capital) ou long (plusieurs années) d’une entreprise sont davantage créateurs de richesses marchandes que les impôts et les placements dans le financement de la dette publique.

Démonstration

Précisons d’abord qu’une richesse marchande est toujours:  1) un produit d’une dépense outillée d’énergie humaine.  2) qui a été mis en vente avec succès.
Cette seconde caractéristique fait que, sur la période et le territoire considérés, il y a autant de créations de richesse marchande que d’achats, dont en premier lieu ceux de prestations salariées et avec, entre autres, les achats, effectués par paiements d’émoluments, des produits du travail des fonctionnaires et des élus rémunérés.

    • Soit P le placement d’un montant M dans le financement permanent ou long d’une entreprise. P finance un flux temporaire de premiers achats donnant à l’entreprise les moyens d’établir un flux durable de ventes, ce flux alimentant lui-même un flux durable d’achats qui augmentent d’autant les créations de richesse marchande.
    • Soit I un impôt de montant M. Cet impôt finance un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.
    • Soit P’ le placement de montant M dans le financement de la dette publique. P’, étant le substitut d’un impôt supplémentaire, ne sert également qu’à financer un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.
    • Soit V la valeur totale des richesses créées en au moins deux ans au moyen de P.

Sur la même période, il faut, avec n > 1, n fois I pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen d’impôts soit égale à V. Toujours sur la même période, il faut, avec n’ > 1, n’ fois P’ pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen de placements en emprunts publics soit égale à V (l’écart entre n et n’ tient à ce que P’ fait l’objet d’un achat au moyen du service d’intérêts). Un placement P qui se révèle raté est, au pire, l’équivalent, pour ce qui est de la création de richesses marchandes, d’un impôt ou d’une autre sorte de don de même montant. Tous les placements de type P n’étant pas ratés, sur une période de deux ans au moins une somme de P est davantage créatrice de richesses que la même somme de I et que la même somme de P’.

Allons plus loin

  • Appelons maintenant M le maintien de la création nationale de richesses marchandes ; tant que M, la prospérité générale est étale.
  • Appelons D les dépenses de fonctionnement du secteur public, hors entreprises qui en font partie, toutes fournitures de subventions pu-bliques comprises.

Une réciproque du théorème de dépendance est que l’augmentation du poids de D relativement au volume des ventes des entreprises nécessite plus de recettes fiscales ou, et, plus d’épargne placée en titres d’emprunt public (il y a une exception qui, quand elle existe, n’a jusqu’à présent concerné qu’un pays à la fois ; ce qui suit ne vaut qu’en partie de la même façon pour ce pays). Il en résulte de moindres contributions au financement permanent et long des entreprises.
Le théorème de différence a pour conséquence que l’augmentation du poids relatif de D est elle-même réductrice de la création de richesses marchandes par rapport à ce que cette création serait sans cette augmentation.

1.2. Qualifions de marchand tout échange dont l'un des termes est un service rendu ou une propriété autre qu'une quantité de monnaie et l'autre terme, en contrepartie, une quantité de monnaie ou une autre propriété ou un service rendu.

Echange marchand

Pour le temps du commentaire de cette proposition, nous parlerons d’échanges de type X et de type Y en considérant d’abord un exemple de chaque.

  • Echange de type X : André fait la vaisselle du restaurant d’Antoine en échange, d’une quantité de nourriture ou de monnaie. Le nettoyage de la vaisselle est un service rendu. Sa contrepartie est la cession d’une propriété, sous la forme d’une quantité de nourriture ou de monnaie.

    Exchange Marchand de type X

  • Echange de type Y : Jacques cède à Jean du pain contre du vin ou contre une quantité de monnaie. Il y a, dans cet échange de type Y, cessions réciproques de deux propriétés.

    Exchange Marchand de type Y

Aussi bien un échange de type X que de type Y est un troc quand la contrepartie n’est pas une quantité de monnaie et il est en partie un troc quand la contrepartie n’est pas seulement une telle quantité. Dans une économie où la pratique du troc est devenue très marginale et paraît devoir le rester (hors catastrophe monétaire), un énoncé un peu plus court de la proposition 1.2 devient presque suffisant.

DÉFINITION SIMPLIFIÉE: Échange marchand Qualifions de marchand tout échange dont l’un des termes est un service ou une propriété autre qu’une quantité de monnaie et l’autre terme une quantité de monnaie.

André fait la vaisselle du restaurant d’Antoine en échange d’une quantité de monnaie qu’il utilise ultérieurement pour acheter un objet vendu par Jacques qui à son tour use de cette quantité de monnaie pour se livrer à un échange de type X ou Y et ainsi de suite quasi à l’infini. Les échanges de type X et Y sont les rouages d’un même système qui font partie d’une sorte de contrats comportant obligations réciproques des deux parties. L’utilisation d’un qualificatif spécifique à l’ensemble des échanges de type X et Y s’impose pour rendre compte de leur double appartenance à un même système et à une sorte de contrats. Ces échanges sont donc qualifiés de marchand. Le qualitif marchand mène naturellement à la marchandise : un échange marchand, c’est-à-dire un échange dont l’un au moins des deux termes est une marchandise mais étant alors entendu – élargissement – que n’importe quelle prestation à titre onéreux est une marchandise. Les échanges marchands sont un des échanges sociaux. Tout contrat comportant obligations réciproques n’est pas forcément marchand ; par exemple le contrat de mariage. Parmi d'autres exemples d'échanges sociaux non marchands on trouve les échanges de politesses et d’injures dégénérant en échanges de coups.

Taxonomy des échanges

Marchandise : l’objet apporté au marché par son vendeur et rapporté du même marché par son acheteur.

Y compris – élargissement – le marché de l’emploi salarié et le marché du placement en fonds permanents d’une entreprise (le capital de cette entreprise).

Qu’est-ce qui fait la différence entre une marchandise et un objet qui n’en est pas une ? Quelles sont les différentes catégories homogènes de marchandises ? Une théorie des échanges marchands, c’est-à-dire des échanges de marchandises, n’est pas assez solidement étayée si elle ne prend pas appui sur une théorie de la marchandise. Sans cet appui, la théorie économique ne précise pas assez ce qu’elle étudie et les aspects objectifs de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre ne s’en trouvent pas assez méthodiquement élucidées. D’où, ici, le chapitre 2 sur la marchandise.

DÉFINITION : Marchandise Hors des changes d’une quantité de monnaie contre une autre quantité de monnaie, toutes les contreparties en échange d’une quantité de monnaie.

Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite, de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

1.3. Tout don, volontaire ou forcé, d'une quantité de monnaie ou d'une autre propriété ayant une valeur marchande est un transfert d'un terme d'échange marchand.

Une propriété a une valeur marchande, c’est-à-dire une valeur vénale, lorsque que cette propriété est de nature à pouvoir être vendue. Ceci exclut la propriété de moyens de paiement. Le verbe « vendre » et l’expression « valeur vénale » s’utilisent, en effet, à propos des termes non monétaires d’échange marchand seulement et non pas aussi des moyens de paiement. Parler de « transfert de propriété » au lieu de « transfert d’un terme d’échange marchand » convient aussi bien quand il ne fait pas de doute que la propriété dont il s’agit est un tel terme d'échange marchand. On parlera de transfert tout court dans un contexte où il ne fait pas de doute qu’il s’agit du transfert d’un terme d’échange marchand. Il est, au demeurant, mieux venu de parler de transfert tout court que de « revenu de transfert ». Un revenu est, en effet, une contrepartie en échange, un retour (en outre, l’analyse des catégories d’échanges marchands conduit à spécifier qu’il n’y a à proprement parler revenu que quand il s’agit d’une contrepartie perçue par un particulier).

DÉFINITION : Subvention Tout transfert d’une quantité de monnaie ou d’une autre propriété ayant une valeur marchande est une subvention. L’impôt est une subvention que le législateur oblige à fournir et qui est utilisé, pour une partie, à procéder à des échanges marchands et, pour l’autre partie, à transmettre des subventions.

Une doctrine de la pratique des transferts est susceptible de faire grand cas de la notion de solidarité. L’assistance apportée par les uns à d’autres et l’obligation morale de ne pas desservir autrui sont, dans ce contexte, l’avers et l’envers de cette notion. Il y a dérive quand il est admis que l’assistance économique doit prendre la forme principalement de transferts et résiduellement la forme de l’obtention d’un revenu proprement dit. Il y a également dérive quand, dans la pratique des échanges marchands, l’obligation morale de ne pas desservir autrui n’est respectée que par-dessus le marché. Cette seconde dérive, en étant génératrice de précarités de revenus et de réductions de pouvoir d’achat, pousse à la première dérive qui en retour entretient la seconde. Les transferts rendus par le législateur obligatoires ne sont pas nécessairement publics. Il en va ainsi, mais ce ne sont pas les seuls cas, de l’obligation alimentaire et de la pension de même qualification. Il y a, au demeurant, des échanges marchands eux aussi rendus obligatoires par le législateur. Dans cette dernière catégorie entre, par exemple, la souscription d’un contrat d’assurance automobile de la responsabilité civile du conducteur. La vie familiale emporte la nécessité pour les parents de subvenir aux besoins de leurs enfants, ainsi que, parfois, aux enfants de subvenir aux besoins de leurs parents. D’autres circonstances rendent indispensable ou désirable la pratique à titre privé de la subvention. Cette dernière fait aussi bien partie des libertés fondamentales que la pratique de l’échange marchand.

A propos de l’amalgame entre cotisation, assurance et salaire, et des dérives de transferts qui en découlent

Une cotisation obligatoire à une caisse d’allocations familiales est, comme tout autre impôt, un transfert. Une cotisation à un régime obligatoire d’assurance, maladie et chômage notamment, est non pas un transfert mais une prime en échange de garanties. Une cotisation à un régime de retraite par répartition n’est pas un transfert puisqu’il y a en contrepartie certaine le service, le moment venu, d’une pension. Cette dernière est un revenu de quasi placement tout aussi constitutif d’une rente qu’un revenu de placement. Parmi les questions de bonne organisation économique, il y a celle d’apprécier si, sous la dénomination de « cotisations sociales », l’amalgame de transferts imposés et d’achats, pour les uns obligatoires et pour les autres facultatifs, entretient des confusions génératrices d’effets pervers. Pourquoi ces cotisations sont-elles qualifiées de « sociales » alors qu’elles sont salariales ? Ces cotisations sont-elles en (plus grande) partie vraiment patronales ou sont-elles économiquement des éléments (substantiels) des salaires complets ? Si elles sont de tels éléments, de quoi se mêlent les employeurs qui participent en tant que tels à la gestion de régimes financés par ces cotisations ? Qu’enseignent l’évidence du désamorçage et, plus complètement, l’ensemble de la logique de l’échange marchand – de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre – en ces matières de très grand poids à tous égards ?

THÉORÈME : Dépendance des transferts

Le volume des transferts imposés afin de financer les dépenses publiques ne dépend que du volume des ventes des entreprises, à fiscalité, (dés)équilibre budgétaire, salaires complets en proportions de ce volume et part des bénéfices distribués par les entreprises constants.

Ce théorème de dépendance se démontre en observant ce qu’implique, aux conditions spécifiées, une augmentation du volume des recettes fiscales. Pratiquement, la stabilité des transferts imposés afin de financer les dépenses publiques est assurée quand ils restent constants par rapport au total des revenus. Notons ce « par rapport au total des revenus ». L’un des moyens mis à la disposition des gouvernements par les statisticiens pour mentir par omission consiste à ne pas respecter cette base 100. Cela se faiten prenant la base 100 beaucoup plus élevée du PIB ou d’un autre agrégat de la même famille statistique, ce qui minore d’autant le poids affiché et donc la capacité de ce dernier à rendre alarmiste. Parmi les autres cas, se trouve celui du déficit ou du surplus budgétaire. Sa base 100 la plus significative est le montant des recettes fiscales ou celui des dépenses publiques et non pas le PIB. Etc.

1.4. L'économie définie n'a pour objet que ce qui est spécifique aux échanges marchands et aux transferts de termes de ces échanges.

[Rédaction provisoire. Introduire la distinction entre l'économie indéfinie et l'économie définie ; la considération du positionnement de la seconde par rapport à la première ; la vertu propre à la seconde.]

Les échanges marchands et les transferts de termes d’échange marchand alimentent des échanges et des transferts de même sorte. C’est pourquoi la pratique de ces échanges et de ces transferts détermine l’existence d’un système.

Bien que les marchandises ne sont échangées, le plus courrament par monnaie interposée, que contre les marchandises, ce système n’est pas fermé. Outre qu’il y a création incessante de nouvelles marchandises, des écosystèmes naturels, des savoirs techniques et des organisations sociales, dont un appareil juridique, font notamment partie de l’environnement de ce système et participent à son pilotage. En retour, des effets de son fonctionnement altèrent son environnement.

Pour être acheteur il a fallu être vendeur ou bénéficiaire d’un transfert et le cumul débité du compte en banque d’un particulier ou d’une entreprise privée ne peut pas dépasser indéfiniment le cumul crédité. Il existe, à coup sûr, au moins un mécanisme d’autorégulation économique. Or ce qui fait un écosystème est d’être doté d’au moins un tel mécanisme. Le système économique l’étant, il est un écosystème. Cet écosystème, lui artificiel comme l’est par exemple un ouvrage de génie civil, étant ouvert sur son environnement, ses autorégulations n’assurent qu’une partie de son pilotage.

Ce pilotage ne peut être lui-même qu’un ensemble flou de copilotages émetteurs d’impulsions dont la cohérence n’a rien d’automatique. Une caractéristique majeure de l’appareil économique est d’être un système social avec tout ce que cela comporte d’inégalités et d’irrégularités. Une autre caractéristique majeure est d’avoir pour sous-systèmes une organisation monétaire et une organisation fiscale avec tout ce que ces dispositifs comportent d’inévitablement approximatif. Ces seules observations donnent à penser qu’il est de très hautement improbable à résolument impossible que la notion même d’équilibre général appliquée au système économique soit pertinente, sauf à faire sur le papier de ce système ce qu’en réalité il est impossible qu’il soit.

L’objet de la science économique est le système ouvert que la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand établit.

Autre que la question du quoi étudier est celle du pourquoi s’adonner à cette étude. La quête de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le plus avoir et le mieux être de la majorité des moins fortunés et le désir de faire un point approfondi sur les responsabilités sociales que la vie économique met de fait à la charge de la minorité la plus fortunée sont, entre autres, des éléments de réponse à la question du pourquoi. Pour ce qui est de la question du comment, seules, bien sûr, des considérations de méthode en traitent. La proposition 1.1 et le dernier paragraphe du commentaire de la proposition 1.2 (« une méthode s’impose ») sont des éléments de réponse à la question du comment. Les commentaires ci-après sur la prédictibilité et l’objectivité en sont d’autres. Etc.

La science économique est un enjeu de société. Si dès ses premiers attendus elle projette sur la vie économique, et plus largement sociale, un imaginaire alors sa consécration encombre cette vie de dénis de réalité.

Les manques respectifs et assez souvent complémentaires de rigueur conceptuelle dans la gestion des affaires économiques publiques et privées font système. Une fonction majeure de la théorie économique est de mettre au jour les points d’appui objectifs (qualificatif plus avant commenté) de la critique de ces manques puis l’ouvrage au long cours de leur comblement. Des politiques, les entreprises et les syndicats en ayant aussi, en synonyme aux désignations « théorie économique » et « science économique », l’appellation « économie politique » reste heureuse.

L’économie étant un système, le parti pris idéologique ou trop exclusivement pragmatique d’un chef de gouvernement et de ses ministres en charge des affaires « économiques et sociales » ne peut, faute d’une vue assez complète et exacte du système tel qu’il serait préférable qu’il soit, déboucher que sur le recours à des expédients avec tout ce que cela peut comporter d’incohérent. À l’échelle nationale ainsi qu’à celle encore plus globale d’une communauté de nations, une politique économique non étayée par une économie politique pertinente tourne à la navigation à vue par temps de brouillard, la multiplicité des informations et des commentaires faisant écran à la prise de repères certains. Pour qu’une telle politique soit systémiquement pertinente et médiatiquement convaincante, il faut que l’économie politique dont elle procède soit si fondamentalement objective et cohérente qu’elle décrive un réalisable ayant ces qualités car ce sont elles qui font sa capacité à débusquer « au-dessus de la mêlée » le plus important à maintenir et redresser dans le réalisé actuel. En tout état de cause, les plans et les catalogues de réformes « économiques et sociales » restent trop peu méthodiquement élaborés quand ils n’ont pas pour préambule l’énoncé, initialement fourni ou approuvé par leur commanditaire, d’une politique économique digne de ce nom.

Bien que cela soit à première vue surprenant, une politique digne de ce nom est un concept et non une notion. Ce concept est défini quelques paragraphes plus loin.

Un des moyens d’établir que des caractéristiques du système économique peuvent faire l’objet d’une théorie vraie consiste à s’assurer que la théorie de base de la comptabilité commerciale est vraie.

La théorie de base, c’est-à-dire les distinctions primordiales. Ces dernières sont exposées au chapitre 3, sur l’entreprise. Un moyen, préalable ou complémentaire, consiste à s’assurer que les deux théorèmes ci-après démontrés sont vrais.

L’affirmation de l’inexistence de lois économiques objectives est irrecevable parce qu’il est impossible de prouver cette inexistence. L’affirmation que les plus importantes lois mises en avant par un courant de pensée économique ne sont pas objectives peut être recevable car il est possible, le cas échéant, de le prouver.

Des économistes perpétuent le déni de réalité qui consiste à soutenir que leur discipline ne peut pas être une science expérimentale. Outre le théorème de dépendance, les deux autres théorèmes un peu plus avant démontrés, ainsi que le rappel à suivre de l’évidence du désamorçage, prédisent des conséquences expérimentalement vérifiables. Telle économie de marché plutôt que telle autre a des conséquences théoriquement prédictibles et expérimentalement vérifiables. Remonter des constats de l’économie telle qu’elle est pratiquée à un schéma conceptuel de l’économie telle qu’elle devrait normalement être pratiquée n’est impossible que quand la normalité théorisée est fondamentalement imaginaire. Quand ce n’est pas le cas, à force d’observations exactes et d’évitements de pétitions de principe, la normalité prescrite par la théorie devient prédictive de conséquences expérimentalement vérifiables dans le laboratoire in vivo de la pratique des échanges et des transferts. Partir du réel objectif et du réalisable de même puis y revenir sans cesse fait partie du protocole de la science économique. Cette dernière s’en trouve alors dotée d’un statut épistémologique assimilable, mutatis mutandis, à celui de la médecine expérimentale chère à Claude Bernard.

La science économique, quand cette appellation n’est pas usurpée, est une collection cohérente d’observations, de vérifications, de prescriptions et de prédictions le plus possible objectives. L’adepte de cette science s’en trouve condamné à ne répondre, en sa qualité d’économiste, qu’à une partie et un aspect des questions que la vie économique soulève. Pas de science, dont l’économique, sans l’acception et la confession de ses limites.

N’importe quelle personne ou instance, dont un gouvernement, qui a une solution à fournir à n’importe quel problème économique se méprend lourdement pour ce qui est aussi de son efficacité. Cette dernière, personnelle ou collective, consiste toujours à concentrer son attention et son action sur ce qu’on juge être l’essentiel, ce qui se fait nécessairement au détriment de l’accessoire : De minimis non curat praetor. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait non seulement que le temps et l’argent ne soient pas ce qu’ils sont mais aussi que partout une faible part de ce qui produit – typiquement, 20 % – ne soit pas la cause d’une forte part de ce qui est produit – typiquement 80 %. Cette loi, dite des 20/80, s’applique à tout le réel et c’est elle qui fait qu’en toute chose existe l’essentiel et l’accessoire ainsi qu’en toutes affaires humaines des comportements plus ou moins efficaces. Une politique n’est digne de ce nom qu’à la condition d’être une concentration sur le tout petit nombre de questions qui font le plus gros des résultats. Cela importe aussi beaucoup en économie. Non seulement sa pratique mais aussi sa théorie doivent en tenir compte.

Une définition de l’économie emporte une définition des actes économiques. Vendre avec succès est inconditionnellement un acte économique ; acheter l’est donc. Acquitter un impôt l’est aussi ; percevoir un impôt l’est donc. En revanche, donner, comme voler, n’est que conditionnellement un acte économique : l’objet donné, ou volé, doit être de l’argent ou un autre terme d’échange marchand.

Le don ou le vol d’un savoir est-il toujours, certaines fois, ou jamais un acte économique ? C’est selon qu’un savoir est lui-même toujours, certaines fois ou jamais une marchandise. Le chapitre suivant élucide ce point.

La théorie économique tire de la notion de richesse le concept de richesse marchande en convenant de dire de n’importe quel terme non monétaire d’échange dont la contrepartie est ou aurait pu être une quantité de monnaie qu’il est une richesse marchande. Cette convention pose l’identité de l’ensemble des termes non monétaires d’échange marchand et de l’ensemble des richesses marchandes. Cet unique ensemble ne comprend évidemment pas que des objets tels que des biens immobiliers, du pain, des vêtements et des machines mais aussi des prestations de service achetées à des entreprises. Ce n’est pas tout. La production et la commercialisation des précédentes richesses nécessitent les prestations de service de travailleurs. Quand ces prestations ont pour contrepartie un salaire, elles font partie des termes non monétaires d’échanges marchands et donc de l’ensemble des richesses marchandes. Dans l’ordre de causalité, ce sont ces dernières richesses qui viennent en premier, avant le champ cultivable, la maison, le pain, les vêtements et les machines, entre autres produits du travail.

Un demandeur d’emploi est un offreur de richesse marchande en attente de trouver preneur.

Les richesses marchandes ne sont rares que pour la partie d’entre elles dont les quantités ne peuvent pas être augmentées par l’industrie des hommes. Définition en compréhension. Faute de tirer de la notion de rareté le concept de rareté économique, admettre que toutes les richesses marchandes sont rares introduit dans la théorie des échanges marchands un déni de réalité et une pétition de principe.

Les discours qui affirment que les entreprises sont seules créatrices de richesse, outre qu’ils omettent généralement de donner à entendre qu’il ne s’agit que de richesse marchande, ne tiennent pas compte du fait que la prestation de service d’un fonctionnaire est, comme celle fournie par tout autre salarié, une création de richesse marchande. Illustrons cette dernière observation par une démonstration qui, prenant en compte une capacité que seules les entreprises ont, élucide un aspect crucial de la problématique de la création de richesse marchande.

Cette démonstration est celle d’un théorème de différence. À montants égaux, les placements dans le financement permanent (capital) ou long (plusieurs années) d’une entreprise sont davantage créateurs de richesses marchandes que les impôts et les placements dans le financement de la dette publique. Précisons d’abord qu’une richesse marchande est toujours un produit 1) d’une dépense outillée d’énergie humaine, 2) qui a été mis en vente avec succès. Cette seconde caractéristique fait que, sur la période et le territoire considérés, il y a autant de créations de richesse marchande que d’achats, dont en premier lieu ceux de prestations salariées et avec, entre autres, les achats, effectués par paiements d’émoluments, des produits du travail des fonctionnaires et des élus rémunérés. Soit P le placement d’un montant M dans le financement permanent ou long d’une entreprise. P finance un flux temporaire de premiers achats donnant à l’entreprise les moyens d’établir un flux durable de ventes, ce flux alimentant lui-même un flux durable d’achats qui augmentent d’autant les créations de richesse marchande. Soit I un impôt de montant M. Cet impôt finance un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.[2]Soit P’ le placement de montant M dans le financement de la dette publique. P’, étant le substitut d’un impôt supplémentaire, ne sert également qu’à financer un flux temporaire d’achats qui sont autant de créations de richesse marchande.[3]Soit V la valeur totale des richesses créées en au moins deux ans au moyen de P. Sur la même période, il faut, avec n > 1,n fois I pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen d’impôts soit égale à V. Toujours sur la même période, il faut, avec n’ > 1, n’ fois P’ pour que la valeur totale des richesses créées au seul moyen de placements en emprunts publics soit égale à V (l’écart entre n et n’ tient à ce que P’ fait l’objet d’un achat au moyen du service d’intérêts). Un placement P qui se révèle raté est, au pire, l’équivalent, pour ce qui est de la création de richesses marchandes, d’un impôt ou d’une autre sorte de don de même montant. Tous les placements de type P n’étant pas ratés, sur une période de deux ans au moins une somme de P est davantage créatrice de richesses que la même somme de I et que la même somme de P’.

Allons plus loin. Appelons maintenant M le maintien de la création nationale de richesses marchandes ; tant que M, la prospérité générale est étale. Appelons D les dépenses de fonctionnement [4]du secteur public, hors entreprises qui en font partie, toutes fournitures de subventions publiques comprises. Une réciproque du théorème de dépendance (page 17) est que l’augmentation du poids de D relativement au volume des ventes des entreprises nécessite plus de recettes fiscales ou, et, plus d’épargne placée en titres d’emprunt public (il y a une exception qui, quand elle existe, n’a jusqu’à présent concerné qu’un pays à la fois ; ce qui suit ne vaut qu’en partie de la même façon pour ce pays). Il en résulte de moindres contributions au financement permanent et long des entreprises. Le théorème de différence (page 21) a pour conséquence que l’augmentation du poids relatif de D est elle-même réductrice de la création de richesses marchandes par rapport à ce que cette création serait sans cette augmentation. Aux théorèmes de dépendance et de différence s’ajoute un théorème de réduction : si le poids relatif de D augmente alors la création de richesses est réduite par rapport à ce qu’elle serait sans cette augmentation. Cette dernière, trop longtemps poursuivie, en vient à compromettre M puis à faire basculer dans un déclin de plus en plus manifeste de la prospérité nationale. La ligne rouge a été franchie quand une partie du financement de D a commencé à être empruntée au-delà de quelques semaines. Le franchissement dans l’autre sens de cette même ligne rouge nécessite la réduction de D au montant des recettes fiscales compatibles avec au moins M, quitte à devoir réduire des taux d’imposition.

En sus de la reconnaissance démontrable qu’un pays est appauvri par une croissance trop rapide de D, deux assimilations, fréquemment et justement utilisées dans des conversations privées, facilitent la vulgarisation de cet aspect de la problématique de la création nationale de richesses. La limitation des dépenses publiques de fonctionnement aux recettes fiscales est la version nationale de ce qu’est pour un ménage l’évitement du déficit car le financement de ce déficit appauvrit ce ménage. Seconde assimilation : la réduction de D pour franchir dans l’autre sens la ligne rouge est, elle, la version nationale de ce qu’est pour un ménage l’effort d’économies importantes, voire drastiques, pour mettre fin à l’appauvrissement provoqué par le financement des déficits de ce ménage.

L’économie, parce que double pratique d’échanges marchands et de transferts de termes de ces échanges, expose tous ses acteurs à mal juger de ce qui relève avec le minimum d’inconvénients durables respectivement de ces échanges et de ces transferts.

Bien juger de ce qui relève avec le minimum d’inconvénients durables respectivement des échanges marchands et des transferts se révèle parfois délicat mais est aussi en bonne part régi par l’évidence du désamorçage. Qualifions de primaires les échanges marchands dont un terme est la prestation d’un investisseur en capital ou d’un travailleur. Des subventions publiques aux entreprises pallient des carences dans la pratique entrepreneuriale des échanges primaires alors qu’il serait d’intérêt général d’éliminer durablement les causes de ces carences. Autrement dit, ce palliatif désamorce la recherche du résultat à obtenir par le plein jeu des échanges marchands alors que ce résultat peut, le plus souvent sinon toujours, être obtenu de cette manière quand les conditions décrites du quatrième au septième chapitre du présent ouvrage sont remplies. Outre les « baisses de charge » consenties aux employeurs, les subventions publiques directement versées aux salariés du bas de l’échelle des rémunérations désamorcent elles aussi la formation et l’évolution normales des salaires, tous sans exception termes d’échanges marchands. L’évidence du désamorçage s’applique aussi à d’autres transferts publics. Quand les partis politiques et les syndicats de salariés sont financés par des subventions publiques, leur financement normal par leurs seuls adhérents s’en trouve désamorcé et la main mise de la fonction publique sur la vie du corps social s’en trouve renforcée d’autant.

L’homme est à tout instant de sa vie astreint à travailler, c’est-à-dire à dépenser son énergie, dans tous ses agissements sans aucune exception, distractions et repos compris. Cette astreinte existe en toute indépendance d’une quelconque production de l’esprit humain. Cette astreinte est donc objective, cet adjectif étant le plus approprié à la signification concise de l’indépendance constatée. L’échange marchand, le transfert de propriété et la monnaie existent en toute indépendance d’une production de l’esprit d’un homme vivant (et, de plus, d’un mort connu). Ces existences sont donc pour nous objectives, cet adjectif étant, dans ce cas aussi, le plus approprié à la signification concise de l’indépendance constatée. Etc. C’est dans ce sens courant, voir dictionnaires, que le qualificatif « objectif » et le substantif « objectivité » sont utilisables aussi en théorie économique.

L’objectivité a une vertu qui lui est propre. Le dialogue sur la morale et l’économie, à partir de la page 38, examine ce point. Cet examen établit que seule une doctrine de l’objectivité en économie qui prend explicitement en compte le rapport très étroit entre l’objectivité, la morale et l’économie est assez substantielle tant rationnellement que didactiquement et socialement.

Une théorie des échanges marchands a un caractère nettement plus objectif que subjectif quand elle reste centrée sur les phénomènes spécifiques aux échanges marchands. Cela la rend indépendante de la subjectivité des échangistes. Où sont, en effet, les causes et les conséquences psychiques, les morales comprises, spécifiques aux aspects économiques de la vie sociale ? Ces causes et ces conséquences spécifiques existeraient si, par exemple, l’appétit de pouvoir d’achat était d’une autre nature que l’appétit de pouvoir ; le désir de posséder par l’échange marchand d’une autre nature que le désir de posséder ; le besoin satisfait par le moyen de l’échange marchand d’une autre nature que le besoin satisfait par l’autoconsommation de sa production ; la mentalité économique d’une autre nature que la mentalité sociale ; etc.

Convenir de ces inexistences est cohérent avec les trois constats suivants :

L’homme tire de sa subjectivité tout ce qu’il produit, dont, par le truchement de l’intuition d’indépendances par rapport à ses états de conscience, ses observations objectives et leurs applications.

Moins ces dernières participent à la vie économique et politique, plus la mentalité ambiante est rendue perméable aux exploitations subjectives abusives et aux avilissements qui en résultent.

Au seuil d’une investigation menée selon la méthode indiquée page 15(dernier paragraphe du commentaire de la proposition 1.2), rien ne permet d’exclure que la subjectivité collective soit normalement un déterminant principal du prix d’au moins une catégorie de marchandise.

L’histoire critique des idées économiques apprend que l’effort d’objectivité interdit un recours, dans cette discipline aussi, et en conditionne un autre. Elle interdit le recours positif aux élucubrations qui, si apparemment mathématiques qu’elles aient pu être rendues, ne reposent en définitive que sur des préjugés. Elle conditionne le recours aux mathématiques supérieures à une préalable et rigoureuse « analyse primitive des faits ».

Cette dernière expression et la condition qu’elle sert à exprimer se trouvent sous la plume de Paul Valéry rendant compte de sa lecture critique de Léon Walras.L’analyse primitiveque le présent ouvrage expose utilise quatre principaux instruments et porte sur trois matières principales. Les quatre principaux instruments sont : 1) la définition, au sens de ce concept en logique mathématique ; 2) la délimitation du champ d’étude par la définition de l’économie ; 3) la division de l’ensemble des marchandises en sous-ensembles homogènes ; 4) la conceptualisation de ce qu’est objectivement la seule institution qui n’existe que par et pour la pratique des échanges marchands, l’entreprise. Les trois matières principales sont : 1) la valeur d’échange, c’est-à-dire le prix, de chaque grande catégorie de marchandise ; 2) l’emploi ; 3) la répartition entre profits et salaires. Le tout constitue un jeude propositions premières de science économique ou, plus complètement désigné, de propositions premières d’économie politique objective. Du champ de la science économique, ce tout ne couvre que la partie fondamentale de la théorie objective des échanges marchands ou, ce qui désigne mieux la teneur de cette partie, la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition. Ce tout constitue aussi une initiation à l’économie.

Par les idées qu’il sème en masse, l’enseignement est désormais un grand pouvoir en matière d’économie. C’est pourquoi on ne voit pas que le degré de qualité sociale de l’économie pratiquée puisse être sensiblement relevé sans être précédé ou rapidement accompagné par celui du degré d’objectivité de l’économie pensée dès le stade des initiations scolaires et des propédeutiques universitaires.

Mais aussi, avant ce relèvement, bien des améliorations très substantielles peuvent être apportées et doivent être conservées là où elles l’ont déjà été. Les trois théorèmes et l’évidence du désamorçage en attestent d’autant plus que quelques considérations de bon sens sur le thème de la création des richesses marchandes suffisent à faire majoritairement approuver par le corps électoral ce que ces théorèmes et cette évidence enseignent. Dans un pays en paix où ce discours grand public n’est pas ou plus de mise, qu’y a-t-il d’accessoire à ce qu’il le devienne ou le redevienne ?

Au moins depuis la première moitié du 19èmesiècle, il se répète que l’économie est la production, la distribution et la consommation de richesses. Cette affirmation colporte une indéfinition de l’économie. Les commentaires de la proposition suivante disent pourquoi.



[1]Proposition 2.11, page 53.

[2]L’impôt finance aussi des subventions publiques qui elles-mêmes financent des achats. Une subvention octroyée à une entreprise pour financer, en partie ou en totalité, un actif, au sens comptable de ce mot, devient un placement P mais à titre gratuit et à fonds perdu. Le théorème de différence ne vaut que pour la partie des impôts qui ne servent pas à prodiguer ce type de subvention. Pour ce qui est du caractère généralement dommageable de cette sorte de transfert, voir page 23 le passage relatif à l’évidence du désamorçage.

[3]Le théorème de différence ne vaut que pour la partie de la dette publique qui ne sert pas à octroyer le type de subvention indiqué dans la précédente note de bas de page. Le renvoi à l’évidence du désamorçage, page 23, concerne aussi la partie de la dette publique qui a servi ou va servir à octroyer ce type de subvention.

[4]La distinction entre dépenses de fonctionnement et d’équipement fait l’objet d’une note en bas de la page 36.

1.5. Le champ de l’économie définie comporte deux productions seulement et aucune consommation.

2 mai 2011, AL indique à DM qu'à la relecture il préfère la formulation précédente :

1.5. Produire et consommer ne sont pas intrinsèquement des actes économiques.

Enoncé

Les deux productions qui font partie du champ de l'économie définie sont celles d'un échange marchand ou d'un transfert de propriété cessible. Toute consommation est soit indépendante de l'une de ces productions, soit antérieure ou postérieure à l'une de ces productions.

Commentaires

Chez les assureurs, le mot « production » désigne la vente, en l’occurrence de garanties moyennant primes. En gestion d’entreprise, l’usage de l’expression « production des ventes » se rencontre fréquemment. En comptabilité, un « produit » provient toujours d’une vente effectuée (échange marchand) ou d’une subvention (transfert) perçue ou à percevoir. Certaines productions et consommations ont pour raison d’être l’élaboration de marchandises. Ces productions et ces consommations sont évidemment économiques par destination. Pourquoi alors soutenir que produire et consommer de la marchandise n’est pas un acte économique ?
La définition de la marchandise énoncée au chapitre 2 spécifie que :

  • 1) produire des marchandises consiste à mettre en vente et à réussir à faire acheter.
  • 2) marchandise il n’y a que pour la durée que sa vente prend (une maison est meublée d’objets qui ont été des marchandises et qui, pour certains, le redeviendront peut-être ou sûrement.

Si les actes de produire autre chose qu’un échange marchand ou un transfert de propriété, ainsi que de consommer quoi que ce soit, sont reconnus comme étant en eux-mêmes économiques, alors tout acte humain est économique. En effet, l’homme ne fait rien sans produire et consommer. Si tout acte de l’homme est plus ou moins implicitement réputé économique, il n’y a pas distinction d’un sous-ensemble des activités économiques au sein des activités humaines. Faute de cette distinction, il n’y a pas de définition de l'économie, au sens du concept de définiton en théorie des ensembles.
Dans toutes les circonstances où pour commencer à produire ou consommer il a fallu acheter, l’économie est présente par ce « il a fallu acheter ». Dans toutes les circonstances où pour continuer à produire il faudra vendre, l’économie est présente par ce « il faudra vendre ». En toutes circonstances où une activité ou une situation a fait l’objet d’une subvention prélevée ou allouée, l’économie est présente. Cela fait beaucoup de circonstances comportant un aspect économique.
Si l’on tient néanmoins à ce que de la production, autre que d’échanges marchands et de transferts de propriété, et de la consommation figurent au nombre des activités économiques, alors il faut justifier ce que cette extension apporte à l’exactitude de la théorie objective des échanges marchands. Or il semble bien qu’il soit impossible de produire cette justification. Elle ne peut pas être que les conditions de production et les quantités écoulées (consommées) d’une marchandise vendue par une entreprise participent à la détermination de son coût unitaire et, partant, de son prix. C’est pourtant incontestable. Mais il est tout aussi incontestable que ces déterminants sont:

  • 1) des valeurs d’échange et des transferts à raison des amortissements, d’autres éventuelles sortes de provisions et d’impôts.
  • 2) des prévisions puis des réalisations de quantités vendues – de quantités échangées.

Pas plus la pratique que la théorie de la prise en compte de ces déterminants ne nécessite de faire de l’économie plus que ce qu’en dit la proposition 1.4 et que ce qu’en exclut la proposition 1.5. Bien sûr, les hommes se livrent à des échanges marchands pour produire davantage (spécialisation dite « division du travail ») et consommer davantage afin de mieux satisfaire ce qu’ils éprouvent être leurs besoins. Et alors ? Il n’y a là rien de spécifique à ces échanges et aux transferts de termes de ces échanges.

Les hommes produisent et consomment, ô combien, des sentiments et en font échanges et dons, ô combien, également afin de mieux satisfaire ce qu’ils éprouvent être leurs besoins. Mais ces besoins ne sont pas les mêmes ? Qu’ils le soient ou non en partie n’est pas le constat qui tranche le débat. La condition humaine est une mer immense d’expériences et d’études. Dans cette mer se trouve un chapelet d’îles d’expériences et d’études objectives. La part objective de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchand est, malgré le sentiment qu’on peut en avoir (on en a sur tout), l’une de ces îles sur laquelle se trouve aussi, pour autant qu’on en produise l’effort, son étude elle-même objective. Cette étude n’est ni d’abord ni aussi celle de la mer qui environne cette île. Cette délimitation non seulement n’enlève rien à la spécificité, l’utilité et l’importance de cette étude et de son objet mais tout au contraire les ren-force. Il n’est pas concevable, quand on veut bien y réfléchir quelques ins-tants, que l’élucidation de ce qui détermine objectivement des valeurs d’échange marchand dissipe si peu que ce soit le mystère de la condition humaine, avec les productions et les consommations auxquelles elle oblige et qu’elle permet.

Dans ces conditions, partir de considérations subjectives sur la condition humaine et sur la notion d’utilité pour en tirer l’élucidation attendue de la science économique expose non seulement à philosopher pitoyablement mais surtout à rater cette élucidation. Une doctrine des causes subjectives de la pratique des échanges marchands fait nécessairement grand cas des notions de besoin, de rareté, d’utilité, de désir, de plaisir, de peine. Quand une théorisation de l’économie repose sur une telle doctrine, les énoncés qui en sont tirés ne définissent rien parce que toutes les activités humaines satisfont un besoin en comblant un manque, procurent un plaisir, donnent de la peine. En amalgamant des notions éminemment subjectives, l’économiste en vient forcément à l’économie qui est tout et, par conséquent, rien en particulier. Les portes sont alors grandes ouvertes à des constructions imaginaires au moyen de pétitions de principe.
En tout état de cause, l’économie qui est tout, c’est n’importe quoi.

1.6. L'économie doit être d'abord étudiée sous l'hypothèse de la perfection monétaire.

[Rédaction provisoire]

L’économie est très largement monétarisée. Les échanges marchands se font presque toujours par usage d’une monnaie et les subventions sont souvent des transferts de sommes monétaires. C'est une commodité indispensable : il suffit de songer au handicap très considérable que le troc généralisé et le paiement des impôts en nature constitueraient pour s’en faire une idée. Mais cette indispensable commodité a des inconvénients qui ne disparaîtraient que si les monnaies ayant cours étaient des conservatrices de valeur d’échange telles que, aussi bien dans le temps que dans l’espace, une perte ou un gain de pouvoir d’achat ne résulterait jamais de leur détention et de leur circulation.

Conservation non seulement dans le temps mais aussi d’un espace monétaire à l’autre : système monétaire international, commerce international.

En matière monétaire, l’hypothèse de la perfection consiste à supposer qu’il puisse exister un système assurant la conservation, sans aucune perte ni aucun gain tant dans l’espace que dans le temps de la valeur d’échange de chaque monnaie régie par ce système.

La science économique doit-elle être construite d’abord sur l’hypothèse de la perfection monétaire pour ultérieurement, dans l’ordre logique de ses développements, mettre au jour, parmi les organisations monétaires observées et concevables, celle qui éloigne le moins de la perfection monétaire ? La réponse négative amenuise, et à la limite annihile, la capacité de la pensée économique à (re)produire cette mise au jour.

Le choc d’un « changement de paradigme » touchant au socle non monétaire de la science économique a nécessairement des prolongements dans la manière de traiter les questions monétaires. Cela étant, rien n’exclut la survenance préalable d’un choc salutaire de « changement de paradigme » propre à la sphère monétaire et financière.

Bien qu’ils soient l’un et l’autre irréalistes, le modèle de la concurrence pure et parfaite et l’hypothèse de la perfection monétaire n’ont pas du tout le même statut méthodologique. Ce modèle (page 308) conforte une pétition de principe (page 13). Cette hypothèse neutralise une variable afin d’en tirer le constat de ce qu’un système monétaire doit perturber le moins possible.

Les échanges et les transferts de richesses marchandes (concept défini plus haut) ne sont pas des instruments de la détention et de la circulation de quantités de monnaie. C’est le contraire. La réponse positive à la question de la perfection monétaire respecte le fait que la monnaie n’est qu’un instrument d’échanges et de transferts de richesses marchandes, avec les stockages y compris de longue durée que l’usage de cet instrument implique.

Bien que posséder plus ou moins d’argent que son voisin soit effectivement être, sur ce point, plus ou moins riche que lui, ce n’est évidemment pas l’argent qui constitue une richesse en soi mais c’est le pouvoir d’acheter, de placer et de donner que l’argent procure. Il y a là plus qu’une nuance. Sans cette distinction et d’autres qui peuvent sembler à première vue plus spécieuses, la pensée économique est condamnée à ne pas parvenir à se dégager de préjugés, dont ceux qui ne tiennent somme toute qu’à la façon de s’exprimer au quotidien.

L’usage intensif du crédit implique fait que toute une part de l’usage de la monnaie est mise au service de cet usage. C’est pourquoi il faut s’attendre à ce que la solution au problème de la moindre imperfection monétaire comporte tout un volet relatif aux taux d’intérêt.

Ces taux sont des prix. Le sixième chapitre du présent ouvrage est consacré à ces prix de grande importance non seulement monétaire mais aussi relative à la régulation de l’ensemble du système économique.

Parmi les grandes pathologies économiques, l’une des plus lourdes, et en certaines circonstances de loin la plus grave, est ce qu’il est convenu d’appeler l’inflation. Cette dernière sévit en étant nichée ou généralisée. Quand elle est nichée, elle n’affecte, par exemple, que les prix des actifs ou même que ceux de l’immobilier. Quand elle est généralisée, elle affecte les prix de toutes les marchandises. Dans ces deux cas, les hausses de prix constatées sont en réalité, on ne le répétera jamais trop, des baisses de valeur d’échange d’au moins une monnaie et souvent de plusieurs enchaînées les unes aux autres. La cause est toujours une émission débridée de monnaie et de crédit. Le remède, tant dans le cas de la rémission que de la guérison, est lui aussi forcément toujours le rétablissement d’un bridage de cette émission.

Dans Les Echos du 19 juin 2008, la chronique de Favilla, titrée Inflation à double détente, commence ainsi : « L’inflation est de retour : dans notre vie quotidienne, elle se fait sentir dans les prix de l’essence et de l’alimentation. Ces hausses affectent l’ensemble de la planète et leurs causes sont faciles à identifier : excès de demande, insuffisance d’offre. » Cet excès et cette insuffisance sont des causes non pas immédiates mais fallacieuses. Leur invocation fait partie du rituel instauré par la pétition de principe décrite dès la page 13du présent livre. Au demeurant, dès le début de son paragraphe suivant, la même chronique fait état des causes effectives : « Cette pluie de dollars a stimulé l’économie mondiale, mais a constitué un réservoir d’inflation. » Cette fois encore, les causes effectives sont des émissions débridées de monnaie et de crédit. Cette fois encore, l’excès en cause est celui de l’éloignement délibéré avec la moindre imperfection monétaire. Pour des motifs géopolitiques stratégiques. Bien entendu sous couvert de dires d’experts.

Nous constaterons au chapitre 5 que l’analyse de base du placement en capital, de sa rémunération et de sa liquidation doit prendre en compte l’érosion de la valeur d’échange de l’unité monétaire.

1.7. Convenons de distinguer, en tant qu'échelles d'observation des phénomènes économiques, la mésonomie, la macronomie et la micronomie.

1. L'histoire de la théorie économique a voulu que la microéconomie comporte sa propre macroéconomie.

Elle a aussi voulu que « la » macroéconomie soit érigée en discipline présumée se suffire à elle-même, particulièrement à des fins économétriques (comptabilité nationale) et politiques.

Le réel instauré par la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges (sommes d’argent, objets vendables) fait qu’il existe des échelles d’observation des phénomènes économiques. C’est d’ailleurs pour distinguer deux de ces échelles que les notions de microéconomie et de macroéconomie sont désormais spontanément utilisées.

2. Les investigations dont cet ouvrage rend compte usent de trois échelles.

Afin de ne pas prêter à confusion, des néologismes sont utilisés pour désigner ces échelles : la « mésonomie » pour la moyenne, la « macronomie » pour la plus grande, la « micronomie » pour la plus petite.

3. L’entreprise étant la seule institution qui n’existe qu’à des fins économiques, calons l’échelle mésonomique sur l’entreprise.

Les concepts de la comptabilité générale commerciale sont mésonomiques. L’entreprise en tant qu’entité juridique et son capital sont, entre autres, des objets mésonomiques.

4. Quand l’analyse économique prend en compte ce qui se passe sur une ère géographique, elle se fait macronomique.

Alors que le taux de profit sur capital d’une entreprise est une grandeur et un régulateur mésonomiques, le taux moyen de profit sur capital pour l’ensemble des entreprises d’un pays est une grandeur et un régulateur macronomiques. Le stock global de capital et le stock global d’emplois sont également des grandeurs et des régulateurs macronomiques. Le phénomène de la répartition du revenu global est macronomique.

5. Les concepts de la comptabilité analytique sont micronomiques.

Plusieurs de ces concepts sont définis et exploités au chapitre 12. Le problème de la part de coûts communs à faire entrer dans un prix de revient complet est micronomique.

6. Nous verrons que ce problème est à tort réputé sans solution objective.

La portée de cette solution micronomique, nous le constaterons également, est mésonomique et macronomique. Une théorie homogène et complète des prix est faite de constats dont les uns sont macronomiques, les autres mésonomiques et les derniers micronomiques.

La théorie des valeurs d’échange marchand admise en économie politique objective se doit d'aller jusqu’au calcul des prix objectifs de vente des marchandises non rares commercialisées par les entreprises. C'est une preuve de son utilité et une mise à l’épreuve de sa cohérence.

1.8. La finalité majeure de la théorie économique est politique.

[Rédaction provisoire]

La théorie économique reposant sur une vraie définition de son objet est une recherche de normes aussi favorables que possible aux libertés d’autrui, au plein exercice de la démocratie et à une prospérité générale durable, trois thèmes éminemment politiques. Un peu plus précisément, les pratiques prescrites ont trait : 1) aux échanges marchands, 2) aux transferts dont en premier lieu ceux que le législateur impose, 3) aux dépenses publiques, 4) aux monnaies. Or l’organisation des marchés est un ouvrage éminemment politique, l’organisation d’un système fiscal et des autres modalités économiques de gestion des affaires publiques de même, l’organisation d’un système monétaire tout autant.

– Tu préjuges comme beaucoup que la liberté des échanges marchands produit le maximum de prospérité générale et, de plus, de prospérité durable.

– Je revendique le parti pris du maximum de libertés et de démocratie économique. Je ne vois pas, en effet, comment se prononcer en assez bonne connaissance de cause sur ce qu’il faut empêcher ou corriger, dans ce que la liberté des échanges marchands produit, sans avoir d’abord étudié objectivement ce qu’il est dans son cours normal de nécessiter et de fournir.

– Il est dans son cours normal de produire des injustices sociales et des dégradations de l’environnement. C’est pourquoi la redistribution au moyen de confiscations fiscales de revenus s’est imposée cependant que des renchérissements réducteurs d’impacts écologiques sont entrain de s’imposer.

– Ne nous prononçons sur la redistribution qu’à la lumière d’une théorie objective du profit, du salaire et de la répartition (chapitres 4 et 5) et sur les renchérissements qu’à la lumière d’une théorie des prix des produits industriels (chapitre 7). Nous ne traitons au moins mal des lourds problèmes politiques inhérents à l’économie qu’à la lumière du schéma explicatif et prédictif scientifiquement le moins défectueux.

– Avec la grande difficulté qu’il faut avoir le goût et les moyens de se faire expert ès idées économiques théoriquement articulées pour juger de ce « scientifiquement le moins défectueux » !

– Ce que je vais te répondre vaut pour aujourd’hui et jusqu’à ce que les économistes en soient venus à un nouveau consensus sur ce qu’est et n’est pas la science économique ainsi que sur son socle, à savoir la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition. Ce qui fait la différence la plus déterminante des courants de pensée économique continue à se trouver dans leurs commencements. Si, dans ce qu’admet de plus fondamental un courant qui ne fait plus ou pas encore autorité, tu mets la main sur un lot cohérent de considérations objectives qui ne s’accordent pas avec le courant qui, lui, fait autorité, alors tu as trouvé un schéma scientifiquement moins défectueux.

– Si le plus fondamental est la théorie générale des prix, de l’emploi et de la répartition, c’est bien ce que je dis, il faut être expert ès idées économiques théoriquement articulées.

– Tu t’enquières de ce qu’un courant qui ne fait pas aujourd’hui autorité soutient principalement sur l’économie globalement considérée et la science économique de même puis sur le travail, l’entreprise, le capital et le profit. C’est, dans un premier temps, suffisant pour juger en assez bonne connaissance de cause si tu as affaire à un schéma scientifiquement moins défectueux.

– Après quoi, devrais-tu ajouter, l’attachement à des habitudes de pensée sociale et politique a des raisons sur lesquelles la raison n’a pas toujours prise, c’est le moins qu’on puisse en dire.

– Comment ne pas être complètement d’accord avec ce jugement de fait ? À cause de cet attachement, il faudra peut-être encore beaucoup de temps avant que les économistes renouvellent leur consensus de base et que des politiciens, des entrepreneurs et des syndicalistes deviennent de plus en plus nombreux à les suivre. Mais ce n’est qu’un peut-être. Personne ne connaît ce scénario.

– Soit. Mais quand même. Ricardo était tory, Marx rouge, Walras socialiste, Barre centriste. Fabra et Michaut ?

– Fabra et Michaut et consorts. D’une part les attitudes sur la scène politique sont catégorisées au moyen de vocables dont, en français et dans l’ordre alphabétique de leurs suffixes puis de leurs préfixes, libéral, conservateur, capitaliste, progressiste, socialiste. D’autre part, il y a deux manières d’être socialiste, progressiste, capitaliste, conservateur, libéral : l’une subjectiviste et l’autre objectiviste. Cela fait dix manières mais dont cinq sont identiques : capitaliste objectiviste, conservateur objectiviste, libéral objectiviste, progressiste objectiviste, socialiste objectiviste. Cet ordre d’énumération ne change rien par rapport à n’importe quel autre, dont l’inverse commençant par socialiste objectiviste et se terminant par capitaliste objectiviste.

– Objectiviste, c’est-à-dire ?

– Il se dit que l’objectivismeconsiste à écarter les données subjectives pour ne s’en tenir qu’aux données objectives. L’objectivisme dont je viens de faire état est moins sommaire. Il consiste à étendre autant que faire se peut l’îlot de l’objectivité au milieu de la mer de subjectivité dont cet îlot est lui-même une construction. Cet objectivisme ne consiste pas du tout à considérer que la vertu de l’objectivité a pour pendant systématique le vice de la subjectivité. Il ne vise pas davantage à refouler quelque expression subjective que ce soit. Seule réserve pour ce qui est du statut de cette expression : qu’elle ne se fasse pas passer pour un savoir objectif, ainsi que cela se pratique excessivement en « sciences humaines ».[1]

– Cette vue très générale ne suffit pas à faire en sorte que l’identité politique « objectiviste » ne sonne pas creux.

– C’est juste. Cette identité politique n’en est pas une si elle n’a pas pour substance l’articulation, méticuleusement mise au point et scrupuleusement entretenue, d’une pensée économique objective. L’un des accomplissements de cette pensée est de tirer de la notion de capitalisme un concept de même nom désignant par un seul mot les dispositions objectives de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre. La nature même de cet accomplissement le met hors de portée du libéralisme subjectif et du socialisme subjectif, entre autres. L’histoire des idées économiques et celle des faits politiques ne dément pas cette incapacité et ne la démentira jamais.

Parmi les trois appellations synonymes « économie politique », « science économique » et « théorie économique », la première fait état de la finalité majeure de cette discipline.

La première partie de la présentation du présent ouvrage situe les origines de l’économie politique dont il est ici traité. À partir des considérations rassemblées dans le présent chapitre, la part la plus fondamentale des élucidations, sans lesquelles l’économiste, par défaillances de son « analyse primitive des faits », reste incapable de donner à sa discipline une assise scientifique, est exposée au chapitre suivant.

Une enquête de l’économie politique porte sur la répartition des richesses marchandes entre leurs fournisseurs de dernier ressort, à savoir les investisseurs en échange de la rémunération de leurs prestations et les travailleurs en échange de la rémunération des leurs. Cette enquête est la plus centrale de l’économie politique parce qu’elle traite de la question économique socialement la plus importante : si la pratique normale des échanges marchands maximise un revenu total, quel est-il et sous quelle contrainte principale cela se fait-il ? En l’absence d’une réponse claire et en présence d’une réponse fausse, il est inévitable que, mal instruit, le corps social, dont ses élus, ses entrepreneurs et ses syndicalistes, se trompe sur ce qu’il faut faire et ne pas faire pour tirer le meilleur parti du moteur des échanges marchands et des appareils de transfert qu’il permet de faire fonctionner.

Les investisseurs de dernier ressort sont les épargnants qui effectuent des placements pour en tirer des revenus. Le travailleur et cet investisseur sont désormais souvent le même individu. L’enquête centrale de l’économie politique porte sur la répartition des richesses marchandes entre des rôles économiques et non pas entre des classes sociales.

Autour de cette enquête s’ordonne nécessairement une investigation sur les valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire sur les prix de toutes les grandes sortes de richesses marchandes. Dans ce qui fait le préjudice considérable d’une réponse inexacte à la question de ce que maximise principalement la pratique normale des échanges marchands rentre ce qu’admet d’inexact l’investigation sur les prix qui va avec.

Le préjugé qui tient lieu de théorie de la répartition de loin aujourd’hui encore la plus commune repose sur l’affirmation qu’il est dans le cours normal de l’économie de marché de maximiser les profits sous contrainte de salaires juste suffisants pour assurer la subsistance des travailleurs ; cette subsistance devenant cependant de moins en moins inconfortable grâce à l’élévation des rendements du travail ; cette élévation étant elle-même provoquée, circularité suspecte, par la recherche incessante du maximum de profit. Bien que la relation entre l’élévation des rendements du travail et celle du pouvoir d’achat des salaires soit réelle,[2] ce préjugé est une pétition de principe. Il tient, en effet, pour vrai que la recherche du maximum de profit est une loi économique sans que cela soit non seulement démontré mais aussi démontrable.[3]

Toute théorie générale de l’économie est elle aussi un système qui est un schéma partiel de régime social. Considérer que la finalité majeure de la théorie économique est sociale convient aussi bien que de dire qu’elle est politique.

Si, tout au moins en français, l’expression « économie sociale » n’était pas aussi idéologiquement connotée qu’elle l’est, l’économie politique pourrait être aussi bien dénommée « l’économie sociale »... ce qui renvoie au doute sur ce que cette dernière expression désigne de généralisable quand son point d’appui conceptuel n’est pas une théorie générale de l’économie aussi complètement articulée qu’une économie politique doit l’être.

Il y a lieu de craindre que préférer l’emploi de l’adjectif « sociétal », pour qualifier le schéma que constitue une théorie générale de l’économie et la finalité majeure de cette théorie, vise à perpétuer un déni de réalité. Ce déni consiste à entretenir l’identité « n’est vraiment social que ce qui est non marchand », voire non économique, ce qui va à l’encontre du fait que tout ce qui est relatif aux rapports des hommes entre eux est à proprement parler social. Tant que ce déni perdure, on ne répète jamais assez que les échanges marchands sont tout aussi sociaux que les transferts publics et privés. Une vulgate qui entretien le préjugé d’une supériorité qualitative du don sur l’échange est, sur ce point, pernicieuse.

S’il est possible de tirer de la notion de démocratie le concept de démocratie économique, il y a lieu de s’attendre à ce qu’une économie politique atemporelle – non asservie au temps présent ou à un époque révolue – soit la plus appropriée pour y parvenir.

Des indices manifestes donnent à penser que cette possibilité existe. Un usage sine qua non de la démocratie politique est la mise en concurrence alors que toute une part de la vie économique exploite le même principe d’organisation. Un bulletin de vote glissé dans l’urne est un choix entre plusieurs annonces alors que des actes économiques sont des choix entre plusieurs annonces, qu’il s’agisse, par exemple, de « faire son marché », de trouver un employeur ou un employé, de souscrire un placement, de donner à une œuvre plutôt qu’à une autre. Le constat de ce parallélisme suggère deux observations dont le développement trouve sa place dans une enquête approfondie sur la pratique des échanges marchands et des transferts de termes d’échange marchands. Le concept de démocratie économique est définissable en extension : démocratie fiscale, démocratie financière, démocratie salariale,[4]démocratie industrielle (ventes et achats des marchandises non rares commercialisées par les entreprises). Chaque sorte de démocratie économique paraît bien pouvoir faire l’objet d’une définition en compréhension par l’énoncé des normes qui l’établissent. Or le socle de la science économique digne de ce nom est l’écriture de ces normes car toutes les stipulations de la loi systémique de l’offre en échange de l’offre en font partie.

Une économie politique atemporelle est comme un compas (une boussole) qui indique le nord constamment, y compris au milieu des pires dépressions. Ce n’est pas le cas d’une pensée économique asservie à la mentalité et aux usages du lieu et du temps de son élaboration. L’art de la politique économique et des réformes qu’elle étaye consiste beaucoup à prendre appui sur une pensée économique atemporelle. Une pratique plus accomplie de la démocratie en dépend.

« Définitivement » s’emploie à bon escient à la place de « scientifiquement » alors que « scientifiquement » et « actuellement » ne s’emploient pas à bon escient de façon interchangeable. Quand le site internet de Météo France annonce que « les situations météorologiques ne sont pas scientifiquement prévisibles à plus de 10 jours », la démonstration scientifique de cette impossibilité existe ou n’existe pas. Si elle existe, « scientifiquement » est, dans cette annoncé, employé à bon escient et « définitivement » le serait aussi. Si elle n’existe pas, « scientifiquement » est utilisé fallacieusement pour signifier « actuellement ». Ce qui vaut, à cet égard, pour la météorologie et le météorologue vaut pour l’économie et l’économiste.

L’atemporalité dont il vient d’être fait état est une propriété d’autant plus précieuse que la finalité politique de la théorie économique expose cette dernière à être manipulée pour donner en représentation des illusions qui font obstacle au plus possible de démocratie économique et de prospérité générale de la population.

Le moral et la morale d’une population font partie de sa prospérité générale. Cette partie n’a rien d’accessoire pour ce qui est de la qualité de vie des individus et des collectivités dont ils sont membres. Garbage in, garbage out [5] répètent volontiers les informaticiens pour signifier que les défauts de qualité font système. Il faut être enfermé dans une adulation quasi obsessionnelle de la modernité pour ne pas éprouver, encore plus aujourd’hui qu’hier semble-t-il, de l’inquiétude quant à l’évolution de la morale et du moral qui se respirent dans l’air du temps, ainsi que pour balayer d’un revers de main l’existence des causes et des conséquences économiques de cette évolution.

L’une des illusions encore beaucoup trop donnée en représentation est celle de la prétendue vertu, quand un bas conjoncturel s’amorce, du déficit budgétaire creusé en faisant financer des dépenses publiques de fonctionnement [6]par de l’emprunt. La preuve qu’il s’agit d’une illusion est à portée de main de qui veut bien s’en emparer. Il existe, en effet, en complément du théorème de différence (page 21) et du théorème de réduction (page 22), le théorème du temps économiquement perdu – ce temps ne se rattrape jamais – et le théorème des relances illusoires – toute autre relance que par davantage de financement permanent d’entreprises et secondairement de dépenses publiques d’équipement est illusoire. Que ce soit pour un particulier ou pour l’ensemble des particuliers d’un pays, un temps économiquement perdu est celui pendant lequel la différence entre le flux de ses revenus et le flux de ses dépenses, tous débours fiscaux compris, est moins positive (ou plus négative) que ce qu’il aurait pu être. En conséquence son patrimoine net – sa situation nette de toute dette – est moindre que ce qu’il aurait pu être. Au terme de n’importe quelle période suivante, ce patrimoine net restera inférieur à ce qu’il aurait été s’il y avait eu moins de temps économiquement perdu. Les ruines déblayées par les reconstructions restent à jamais les pertes économiques qu’elles ont été. Dans ces conditions, toutes les relances macronomiques qui ont pour effet d’augmenter du temps économiquement perdu sont illusoires pour ce qui est de leur contribution à terme à l’augmentation du patrimoine, net de tout endettement, de l’ensemble du secteur privé et public d’un pays. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait que le temps économiquement perdu puisse se rattraper, ce qui est impossible. Seule une sorte de relance macronomique ne présente pas ce défaut. Des observations exposées plus loin dans cet ouvrage, particulièrement dans son chapitre quatrième sur le capital, le profit et l’emploi, établissent que cette sorte consiste avant tout en davantage de financement à proprement parler permanent d’entreprises. Quitte à ce que ce soit au moyen de davantage d’épargne des particuliers. Ce davantage, quand sa plus grosse part est placée en fonds propres d’entreprises, lesquelles utilisent ces placements pour financer leurs fonds de roulement et des dépenses d’équipement, et quand sa plus petite part est placée en emprunts finançant des dépenses publiques d’équipement, lesquelles alimentent les ventes d’entreprises, 1) n’est pas une cause de dépression du niveau général d’activité, 2) ou bien engendre une augmentation de la masse des revenus des particuliers, 3) ou bien atténue la décroissance de cette masse.

On est alors loin de l’illusionnisme qui donne à croire qu’un gouvernement privé du financement par l’emprunt public d’une augmentation des dépenses publiques de fonctionnement ne dispose plus d’une marge de manœuvre conjoncturellement indispensable. Surtout quand un bas de conjoncture s’amorce, ce qu’est une politique économique digne de ce nom (loi dite des 20/80, page 20) fait obligation à un gouvernement de concentrer son action avant tout sur la levée structurelle des entraves, notamment fiscales et entrepreneuriales, à l’augmentation du stock de capital proprement dit (fonds propres des entreprises) – et, qui plus est, à l’augmentation de la partie « qualité retraite » de ce stock. Autre diagnostic, autre pronostic, autre pharmacopée.

Cette autre médecine nécessite une cohérence conceptuelle dans laquelle la relance par la consommation, les subventions aux entreprises et la négligence de l’évidence du désamorçage (page 23) font, entre autres, partie de ce qu’il ne faut pas faire pour servir au mieux l’intérêt général. Même quand l’opinion publique est enfumée d’illusions, l’intérêt de la population est que l’instauration puis la conservation d’un haut degré de démocratie économique ne fasse pas l’objet d’incessantes procrastinations pour cause de manipulations conjoncturelles.  La résistance à ces manipulations et à d’autres défauts des pilotages du système de l’offre en échange de l’offre n’en apparaît que plus remarquable mais il est inconcevable que ces défauts ne participent pas à ceux de notre qualité de vie. Garbage in, garbage out : du défaillant en entrée fait du défaillant en sortie qui, lui-même, etc.  



[1]L’expression « sciences humaines » ne prend, en l’absence de sciences inhumaines, un sens franc que s’il est sous entendu qu’il s’agit des sciences des mœurs humaines. La science économique est une branche des sciences des mœurs humaines.

[2]Mais ce n’est pas la hausse de la prétendue « productivité du travail » qui détermine l’élévation du revenu global du travail, nous le constaterons au chapitre 5.

[3]Chapitre 3.

[4]Salariale et non pas sociale. Pas une seule des autres branches de la démocratie économique ici énumérées ne peut être, comme l’économie elle-même dans tous ses composantes, asociale et, point discuté un peu plus loin, amorale.

[5]Garbage : ordures, déchets, détritus. Du défaillant en entrée fait du défaillant en sortie. Partout dont en analyses économiques.

[6]La distinction entre dépenses de fonctionnement, ou « charges » en terminologie comptable, et dépenses d’équipement, ou « actifs » dans cette même terminologie, est beaucoup moins incertaine que cela se dit. Les premières sont des flux, les secondes des constitutions de stocks à prendre en compte dans tout inventaire sincère. Exemple : le « coût du travail » des enseignants, à savoir leurs salaires complets, est un flux de dépenses de fonctionnement cependant que la construction et le gros entretien d’une école sont des dépenses d’équipement. Prétendre que ces salaires sont en réalité des dépenses d’équipement de la nation parce qu’elles contribuent à la constitution d’un « capital humain » (sic) est une histoire à dormir debout dont ceux qui la racontent ne font rien de moins que prescrire une authentique malversation comptable, contre productive socialement et culturellement – quand tout est possible, plus rien de sensé ne le devient – et notoirement immorale (proposition suivante et son commentaire).

 

1.9. L'ensemble des pratiques économiques amorales est, comme l'ensemble des pratiques scientifiques et des techniques amorales, vide.

Le sujet des rapports entre la morale et l’économie reste si souvent maltraité sur le fond que trois mises au point s’imposent dans l’observation la plus globale de ce qu’est l’économie.

  • L’ensemble des pratiques scientifiques et des techniques amorales est, comme l’ensemble des pratiques économiques amorales, vide.
  • Une doctrine économique comportant l’affirmation que son amoralité et sa scientificité sont gages l’une de l’autre doit, au constat de cette seule de ses caractéristiques, être présumée idéologique, ascientifique et immorale.
  • Le plus possible d’objectivité dans les considérations et les décisions économiques suffit complètement à pourvoir à leur moralité.

Le dialogue sur la morale et l’économie, appendice C1.9, commente ces trois points et tire de ce qu’il passe en revue le constat que l’économie politique objective est un instrument indispensable au progrès moral.

1.10. Il faut que l'assainissement de l'économie soit permanent.

Pour que l’assainissement de l’économie puisse ne pas être permanent, il faudrait que la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges soit pilotée par des conceptions entièrement et définitivement assainies et que tout l’environnement des activités économiques reste stable.

Rien de cela n’étant possible, la permanence de cet assainissement s’impose. L’art du pilotage politique de l’économie à l’échelle d’un pays ne consiste pas seulement à faire en sorte qu’il y ait au moins non appauvrissement et au mieux enrichissement du pays. Il consiste également à faire en sorte qu’il y ait le plus sainement possible tantôt cet au moins et tantôt cet au mieux.

Tout comme les salariés d’une organisation à but commercial (entreprise) ou non commercial (administration, association) ne sont pas spontanément opposés à la rigueur de gestion de cette organisation, le corps électoral n’est pas spontanément hostile à la rigueur de la politique économique et de la gestion des affaires publiques.

Pourvu que le vrai motif de cette rigueur soit l’élévation qui vient d’être dite et non pas un habillage d’un renforcement de pouvoirs. Tant dans les affaires économiques que dans les autres, les familiales et les scolaires comprises, la rigueur pour la rigueur est une perversion mais le refus de la rigueur en est une aussi dont les conséquences sont à, la longue, au moins aussi néfastes. L’art du pilotage politique de l’économie à l’échelle d’un pays consiste pour beaucoup à ne pas faire à la souveraineté populaire l’offense du non recours à la rigueur de la politique économique et de la gestion des affaires publiques.

1.11. Le progrès économique est qualitatif.

Le progrès économique s'entend comme le progrès de la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges; , c’est-à-dire conformément à la définition de l’économie ici retenue. Le forçage des performances quantitatives expose à une dégradation de la qualité des échanges et des transferts. Certes il faut des performances quantitatives, notamment en matière d’emploi et d’élévation du pouvoir d’achat des salaires. Mais il est malencontreux que ce soit moyennant une dégradation de la qualité des échanges et des transferts. Quand c’est le cas, le dommage est double. La qualité de la vie sociale et la protection de l’environnement s’en trouvent desservies. Les performances quantitatives à terme les plus nécessaires s’en trouvent compromises. Ce qui contribue à qualité des échanges et des transferts sont la simplicité et l’objectivité. Ces deux plus contribuent à une vie sociale plus apaisée et moins compartimentée – la société ouverte de Karl Popper. En appendice, Lettre ouverte à Dieu et au Diable, objet : l’économie. Appendice C111.

[Ci-dessous, notes complémentaires en vue d'une reformulation de l'argumentation de la proposition 1.11]

Depuis plusieurs générations, les technèmes, c’est-à-dire les éléments techniques minimaux, qu’il faut posséder pour entrer de plain pied au rez-de-chaussée de la science économique ne présentent pas plus de difficulté à enseigner et à mémoriser que les règles les plus utilisées de l’arithmétique, de la géométrie et de l’algèbre élémentaires. Désormais le courrier électronique facilite grandement la mise en circulation et la propagation de textes à visée scientifique et didactique maintenus ouverts à l’amélioration de leur lisibilité. Au premier rang des éléments techniques minimaux qu’il faut posséder pour entrer de plain pied au rez-de-chaussée de la science économique, il y a les technèmes de la comptabilité commerciale. Le chapitre 4 sur l’entreprise en comporte un exposé. La manière dont des extraits du présent ouvrage sont publiés, tout en res-tant ouverts à l’amélioration de leur lisibilité, sous la forme de documents transmissibles par courrier électronique illustre le fait que les techniques in-formatisées de circulation et de stockage de documents met à la portée d’un large public une participation active à des sociétés, de fait et savantes, d’économie politique objective.

1.12. La baisse tendancielle des taux de croissance est normale.

1. La croissance macronomique a pour base 100 la somme des revenus.

Ces revenus sont ceux du travail et des placements, toutes pensions viagères incluses, rendement des placements des associations non commerciales compris.

Opposer à la croissance la décroissance revient au même qu’opposer à l’expansion la récession. En revanche, prendre pour base 100 de ces accélérations et décélérations un autre agrégat que celui des revenus ne revient pas au même, notamment en ce qui concerne la clarté de l’information statistique fournie à la population.

2. Un total de revenus qui, pour un pays, passe de 100 à 110 est équivalent au même total qui, pour un autre pays, passe de 1 000 à 1 010.

Dans le premier cas, le taux de croissance est de 10 %. Dans le second cas, il est de 1 %. Dans les deux cas, le pouvoir d’achat des populations concernées a été augmenté du même nombre d’unités monétaires.

Si, sur l’année considérée, les populations de ces deux pays sont, comme le pouvoir d’achat domestique de leurs monnaies, restées stables ou ont évoluées dans les mêmes sens et proportions, ce même supplément de pouvoir d’achat est aussi par habitant.

3. Un taux moyen annuel de croissance stable de décennie en décennie fait une croissance exponentielle.

L’arithmétique de ce scénario est celui des intérêts composés, c’est-à-dire de l’accumulation exponentielle.

Considérer que cette arithmétique est aussi celle de « la capitalisation » expose à prendre un mirage pour du réel. En ce qui concerne les patrimoines et leurs revenus, « la capitalisation » n’a jamais fonctionné au plus et à plein régime que quelques générations durant. Il paraît hautement probable que, pour bien des raisons, il continuera à en aller ainsi.

4. La croissance exponentielle du pouvoir d’achat par habitant ne se peut pas.

Pour qu’elle se puisse, il faudrait que la courbe du plus en quantité ne croise pas tôt ou tard celle du moins en qualité. Autrement dit, il faudrait que le plus en quantité ne se puisse pas au moyen de moins en qualité.

Une fois le croisement des deux courbes manifestement dépassé, le rapport qualité/prix reste un critère autour duquel la concurrence gravite. Mais c’est alors la demande de plus de qualité qui prend plus ou moins progressivement le pas sur l’offre de plus de quantité à moindre prix.

5. L’impôt sur les successions n’est pas, dans son principe, une entrave à l’économie de plein-échange.

Mais cela ne se voit bien qu’après avoir assez complètement observé ce qu’est, pour l’essentiel et à raison de ce qu’elle comporte de plus objectif, la cybernétique d’une telle économie.