Chapitre 2 - La marchandise

En science économique, l’emploi du mot « marchandise » est préférable à l’emploi du mot « produit » pour la simple raison que seuls les produits marchands, c’est-à-dire les produits mis en vente, font l’objet d’échanges marchands.

2.1. Toute marchandise est le produit d'une dépense d'énergie humaine.

Il n’y a marchandise que quand il y a mise en vente. Même lorsque la marchandise à vendre n'a rien coûté, il reste le coût de sa mise en vente. Autrement dit, toute marchandise est le produit d’une dépense d’énergie humaine, ne serait-ce qu’à raison du travail nécessité par sa mise en vente. On peut aussi bien dire : toute marchandise est le produit d’un travail humain. Mais il faut alors préciser que, dans un tel énoncé, le mot « travail » est utilisé dans l’une de ses trois significations principales. Le mot «travail» désigne en effet soit:

  • Une dépense d’énergie.
  • Le produit d’une dépense d'énergie
  • L'emploi d'une personne en tant que travailleur.

C’est surtout entre le travail en tant que dépense d’énergie et le travail en tant que produit élaboré au moyen de cette dépense qu’il y a le plus grand risque de confusion. Précison enfin qu'énoncer que « toute marchandise est un produit du travail humain» ne permet pas de conclure :

  • 1) que toute marchandise n’est que le produit du travail humain.
  • 2) que tout produit du travail humain – tout ouvrage – est une marchandise. Ainsi, chacun peut jardiner sans pour autant chercher à vendre les produits de son jardin.

2.2. Le travail en tant que dépense d'énergie humaine n'est pas une marchandise.

Le travail, en tant que dépense d’énergie humaine, est et restera un moyen indispensable à l’échange de toutes les marchandises. Le vendeur, le chaland et l’acheteur dépensent de leur énergie et de leur temps dans l’exercice de leurs fonctions respectives.

Ce moyen indispensable n’est cependant jamais lui-même une marchandise pour la raison suivante : c’est un produit – un résultat – d’une dépense d’énergie et de temps qui est échangé, contre de l’argent ou directement contre un autre produit – un autre résultat – d’une dépense d’énergie et de temps.

Travail (dépense d’énergie) et travail (ouvrage)

DÉFINITION : Travailleur

Personne exerçant une activité dans le cadre d’une organisation afin de produire un ouvrage aussi appelé produit du travail.

Attirons de nouveau l’attention sur le fait que les expressions « prix du travail » et « coût du travail » ne veulent rien dire quand il s’agit du travail en tant que dépense d’énergie humaine. Elles ne prennent un sens que quand il s’agit du travail en tant qu’ouvrage fourni en contrepartie d’un salaire.

Précisons par un exemple la distinction entre le travail en tant que dépense d’énergie humaine et le travail en tant que produit échangeable :

Une très grande pièce montée est commandée à un pâtissier. Ce dernier entreprend la fabrication la veille au soir du jour de livraison. Il y passe toute la nuit, au sous-sol car c’est là que se trouve son laboratoire. Le matin, le client qui a passé cette commande arrive à la boutique. La femme du pâtissier le lui dit depuis le haut de l’escalier. Le pâtissier, qui venait de s’assoupir, se réveille en sursaut et entreprend de monter à la boutique le produit de son travail. Mal réveillé et trop fatigué par sa nuit de labeur, il rate une marche, la pièce dévale l’escalier, le chien qui a déjà fait de forts bons goûters en se tenant de préférence au bas du dit escalier, engloutit illico une grosse part de la pièce de toute façon défoncée par sa chute et jonchée de débris de porcelaine. Résultat ? Il y a bel et bien eu dépense d’énergie humaine mais il n’y a plus, pour l’heure, de produit de cette dépense en échange de son paiement par le client.

La non distinction, entre travail (ouvrage) et travail (dépense d'énergie) a eu des conséquences prodigieuses en économie et en politique. C'est sur cette base que Marx a monté toute sa théorie de l'exploitation avec les conséquences que l'on sait. De même, les néo-classiques parlant de "facteurs de production" mettent sur le même plan le "travail", le capital et les ressources naturelles.
C'est ainsi la place même de l'homme qui est en question dans le circuit de la production et de l'échange marchand.

2.3. La marchandise primaire est le travail en tant que produit d'une dépense d'énergie humaine.

Les produits du travail, en échange desquels les travailleurs perçoivent des salaires, sont les marchandises primaires qui entrent dans la composition du plus grand nombre des marchandises vendues par les entreprises et de bien d'autres productions.

Echange marchand : salaire
 

DÉFINITION : Salaire
Prix du produit du travail dans le cadre d’une relation d’échange marchand entre un travailleur salarié - offreur de marchandise primaire - et l’organisation marchande (entreprise, administration,…) qui l’emploie..

La marchandise primaire entre également dans la production des administrations publiques et des associations à but non commercial. Toutes les organisations, familles comprises, qui emploient du personnel achètent de la marchandise primaire. Tout titulaire d’un revenu du travail tire ce revenu de la vente de la marchandise primaire, y compris quand ce titulaire n’a pas conscience d’être, économiquement parlant, un marchand.

Hiérarchie des marchandises élémentaires

Des nombreux reproches adressés à l'économie marchande perdraient de la force s'il était perçu que la rémunération de nos travaux fait de chacun de nous des marchands. Pour donner l’exclusivité à la pratique de la subvention (du don), il faut interdire la pratique de l’échange marchand. Il faut donc interdire le salariat même, sous toutes ses formes. C'est porter très lourdement atteinte à l’exercice des libertés fondamentales.

2.4. Une marchandise comprend toujours la fourniture d'un service et parfois d'un bien.

L’expression « biens et services » est souvent utilisée à la place du mot « marchandises » ou de la notion de « production marchande ». L’expression « services et biens » serait même encore plus adéquate. La marchandise primaire, résultat d’une dépense d’énergie humaine mettant en œuvre des outils de production, est, en effet, un pur service.

Il est souhaitable que l’on ne considère plus les marchandises sous le seul aspect des produits finis de l’industrie. La prestation de service payée à la tâche d’un manœuvre est plus représentative de ce qu’est une marchandise. Une marchandise, c’est bien souvent :

  • la consultation d’une messagerie vocale,
  • le nettoyage de votre véhicule,
  • une livraison à domicile,

mais aussi

  • une  activation,
  • une facturation,
  • une assistance de dépannage automobile,
  • une assurance,
  • une réparation.

Une marchandise s’appuie très souvent sur un bien pour être délivrée, comme dans le cas du téléphone portable pour l’accès au service de communication. Cependant, depuis la toute première pratique des échanges marchands, aucun bien n’a été à lui seul une marchandise. Il en est ainsi parce qu’il a toujours fallu le service de la mise en vente.

Les biens possèdent des caractéristiques dont les services sont dépourvus. Ils sont stockables et transmissibles. C’est pourquoi la richesse est spontanément associée d’abord à la possession de biens. Mais ce qui fait la richesse du propriétaire d’un bien immobilier hors du commun n’est pas cette seule propriété. C’est aussi le nombre et la variété des personnes employées à servir ce propriétaire et sa famille ainsi qu’à travailler à l’entretien et à l’embellissement de la propriété.

2.5. Une marchandise possède une valeur d'usage et une valeur d'échange.

La valeur d’usage d'une marchandise correspond à son utilité. La valeur d’échange d'une marchandise correspond à son prix. L’expression « valeur d’échange » et le mot « prix » sont utilisés pour désigner très exactement la même chose. Un prix n’est pas seulement une quantité d’argent.

DÉFINITION : Prix
Un prix est un rapport de quantités échangées à titre marchand;. Un pain vaut deux poissons, ce qui est équivalent à deux poissons valent un pain.
L’usage le plus commode et, le plus répandu est d’exprimer un prix sous la forme d’une quantité d’argent.

La distinction entre la valeur d’usage et la valeur d’échange a été introduite dans la pensée économique par Adam Smith dans les termes suivants :

« Il faut observer que le mot valeur a deux significations différentes : quelquefois il signifie l’utilité d’un objet particulier, et quelquefois il signifie la faculté que donne cet objet d’acheter d’autres marchandises. On peut appeler l’une valeur en usage et l’autre valeur en échange. ».

Smith ajoute immédiatement, en réfutation de toute théorie de la valeur fondée sur l’utilité en tant que cause des prix :

« Des choses qui ont la plus grande valeur en usage n’ont souvent que peu ou point de valeur en échange. Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter : à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises. ».

Représentation graphique - valeur d'usage et valeur d'échange

Il existe une autre distinction majeure entre valeur d’usage et valeur d’échange : les valeurs d’échange marchand sont universellement commensurables entre elles alors que les valeurs d’usage ne le sont pas.
Cela fait partie de la nature et de la raison d’être des valeurs d’échange puisqu’il s’agit de prix, c’est-à-dire de rapports d’échange. Il convient aussi de remarquer que les marchandises ont presque toujours plusieurs utilités – plusieurs valeurs d'usage. L'eau sert non seulement à désaltérer hommes et bêtes mais aussi à laver, à faire cuire ou chauffer, à refroidir, à générer de la vapeur, à produire de l’énergie motrice, etc. La pluralité des utilités d’une marchandise ne s’accompagne pas nécessairement d’une pluralité en conséquence de ses valeurs d’échange.

Il n’y a pas de marchandise dépourvue de valeur d’usage. Pour autant, ceci ne fait pas de l’utilité (valeur d’usage) la cause des prix (valeur d’échange). En effet, .les marchandises n’ont pas pour propriété spécifique d’être utiles. Ce sophisme est très redoutable car il conduit à l’économisme, c'est à dire à considérer que tout ce qui est utile a un prix, donc tout est économique. Selon cette logique, la spiritualité et la sexualité seraient des marchandises, puisqu’elles sont utiles à l’homme. (Voir la proposition 2.10 pour la liste propriétés intrinsèques d’une marchandise).
 

2.6. Les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises.

Une monnaie ayant cours est constituée de signes qui n’ont d’utilité que parce qu’ils ont un pouvoir d’échange contre n’importe quelle marchandise, là où cette monnaie est acceptée par les vendeurs. La valeur d’usage des monnaies ayant cours est réduite au fait qu’elles ont une valeur d’échange. C’est pourquoi les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises.

Des billets et des pièces qui n’ont plus cours deviennent des marchandises quand ils sont mis en vente auprès de collectionneurs.

Une conception de l’économie qui admet que les monnaies ayant cours sont des marchandises comme les autres repose sur une transformation pas ou mal entreprise de la notion de marchandise en un concept proprement dit.

Ces observations complètent ce qui est admis au chapitre précédent sur la monnaie (l’argent) et répondent définitivement par la négative à la question : la monnaie est-elle une marchandise ?
 

2.7. Les moyens élémentaires de toute production humaine sont : du savoir accumulé, des ressources naturelles, du travail nouveau.

Énoncé

Du savoir accumulé

Il s’agit du savoir, accumulé et rectifié et parfois redécouvert de générations en générations. En d’autres termes, des connaissances de tout ordre.
On y trouve, par exemple, les techniques enseignées aux apprentis ainsi que les tours de main et les initiations à n’importe quelles activités. De même, toutes les théories sont des moyens de production; les théories économiques ne font pas exception.

Des ressources naturelles

Les ressources naturelles exploitées par l’homme lui procurent de l’énergie et des matériaux. Parmi ces ressources on trouve notamment l’énergie hydraulique, l’énergie éolienne, l’énergie nucléaire et le rayonnement solaire.

Par la dépense de sa propre énergie physique et mentale, l’homme tire de l’énergie et des matériaux notamment de la flore, des terres arables, de la faune, de sous-sols, du vent et de l’eau. Il faut à l’homme comme à tous les vivants la consommation incessante de ressources naturelles pour continuer à vivre et, dans le cas de l’homme, modifier ses conditions de vie.
Au musée des ressources naturelles fameuses dans l’histoire de la pensée économique, on trouve l’air, l’eau et le diamant, l’or. L’air à cause de sa gratuité, dans les circonstances ordinaires, alors que son utilité est vitale. L’eau potable et le diamant à cause de la bien moindre cherté de l’eau alors que son utilité est vitale et que celle du diamant ne l’est pas. L’or à cause de son utilisation, actuellement abandonnée, pour étalonner par son propre prix toutes les autres valeurs d’échange marchand.

Au palmarès des ressources naturelles dont les exploitations intensives ont considérablement contribué à modifier les conditions de vie des hommes on trouve le charbon, le pétrole, le gaz et l’énergie nucléaire. Il faut ajouter un défi qualitatif et quantitatif du futur humain concernant la production d’énergie par une combinaison de ressources naturelles inépuisables et au moyen de procédés de bout en bout écologiquement propres. C’est l’un des domaines de recherche puis d’aide à l’industrialisation qui doit et devra faire l’objet de très importantes subventions publiques avant la mise en exploita-tion commerciale des techniques prototypées au stade de la recherche.

Du travail nouveau

Du travail nouveau, c’est-à-dire, ici, une nouvelle dépense d’énergie humaine.
Dans la vie quotidienne, le travail est opposé aux loisirs. C’est inévitable mais cela ne doit cependant pas faire illusion. Les activités de loisir nécessitent aussi du travail, en tant que dépense d’énergie et exposition à la fatigue de celui qui s’y livre. Souvent leur résultat n’est pas seulement l’agrément qu’elles procurent: des biens y sont aussi produits. Dans de nombreux cas, le travail et la production de l’amateur et du professionnel sont très comparables et parfois identiques.

2.8. Aucun des moyens élémentaires de production n'est une marchandise.

Le travail, en tant que dépense d’énergie, n’est pas une marchandise

Ce point a été traité dans la proposition 2.2.

Le savoir n’est pas une marchandise

Le savoir n’est pas en lui-même une marchandise parce qu’il ne suffit jamais d’en posséder pour être en mesure d’en faire un objet de commerce. Il faut toujours y ajouter du travail nouveau, ne serait-ce que pour trouver un acheteur et pour lui fournir la chose convenue.

Supposons, pour exemple, une personne dont le bagage de connaissances soit hors du commun ainsi que l’art d’en tirer des exposés particulièrement clairs et convaincants. Cette personne ne peut tirer des revenus de ses connaissances et de son art que si elle publie, professe ou conseille. Toutes ces activités nécessitent de sa part un travail nouveau.

Réciproquement, un savoir ne s’achète pas ; il s’acquiert par un effort personnel. Bien sûr, cette acquisition peut passer par l’achat d’une prestation d’enseignement, mais cet achat ne garantie pas par lui-même l’acquisition du savoir. Joseph E. Stiglitz, dans Un autre monde (Fayard, 2006, pages 160 et 161)  indique que : « …le savoir est ce que les économistes appellent un "bien public"  : potentiellement, tout le monde peut en bénéficier. (…) ».
Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, l’a dit de façon bien plus poétique en assimilant le savoir à une bougie : « …quand elle en allume une autre, sa lumière ne diminue pas. »
Cette expression est non seulement plus poétique mais aussi moins équivoque que l’appellation « bien public ». L’image de la bougie souligne que le savoir en lui-même ne peut même pas faire l’objet d’un échange puisque sa possession ne se transfère pas d’un co-échangeur à un autre. Il peut encore moins être l’objet d’un échange marchand.

Les ressources naturelles ne sont pas des marchandises

Une ressource naturelle n’est pas en elle-même une marchandise. Sa présence ne suffit jamais pour être en mesure d’en faire un objet de commerce. Même s’il n’y a qu’à cueillir ou pêcher puis à mettre en vente, encore faut-il le travail nouveau de la cueillette ou de la pêche puis de la mise en vente.

Supposons, pour exemple, un pittoresque village situé au seul endroit qui permet d’admirer un paysage naturel exceptionnel. Les villageois s’avisent qu’ils pourraient tirer de substantiels revenus de ce don que la nature leur a fait. Au terme d’une homérique bagarre juridique avec les autorités de tutelle de leur commune, ils obtiennent l’autorisation d’installer et de faire fonctionner des péages aux entrées de leur village. Après plusieurs années pendant lesquelles il fallut amortir d’une part les notes d’honoraires des avocats qui gagnèrent la bataille juridique, d’autre part l’investissement nécessité par l’installation des postes de péage, leur entreprise commune devint bénéficiaire. Le paysage exceptionnel se révéla être une ressource naturelle qui, comme toute autre ressource naturelle, n’était pas en elle-même suffisante pour en faire un objet de commerce.    

2.9. Une marchandise est un objet qui a été mis en vente et qui n'a pas encore trouvé preneur.

Un objet qui peut être vendu mais qui n’est pas mis en vente n’est pas une marchandise et ne le deviendra peut-être jamais.

Un objet qui après avoir été mis en vente a trouvé preneur n’est plus une marchandise, sauf, bien entendu, quand son achat a été effectué alors que la décision de sa nouvelle mise en vente est déjà prise.

Plus la pratique des échanges marchands est intense, plus grande est la quantité et la variété des objets qui sont des marchandises, l’ont été ou sont susceptibles de le redevenir temporairement.

2.10. En résumé, une marchandise est un objet qui a quatre propriétés.

Ces quatre propriétés sont :

  • être le produit d'une dépense d'énergie humaine.
  • comprendre toujours la fourniture d'au moins un service et parfois d'un bien.
  • avoir une autre valeur d'usage que de posséder une valeur d'échange.
  • ne pas être un moyen élémentaire de production.
  • avoir été mis en vente et de ne pas avoir encore trouvé preneur.

Chacune des propositions 2.1, 2.4, 2.5, 2.8 et 2.9 énonce un critère d’appartenance à l’ensemble des marchandises. Au moyen de ces cinq critères, la proposition 2.10 définit en compréhension la marchandise. Cette définition est complétée de quatre exclusions qui permettent d’éviter de préciser le champ de la sphère marchandes et d’éviter ainsi que graves erreurs de science économique et de politique économique :

  • Le travail en tant que dépense d’énergie humaine n’est pas une marchandise et n’a pas de prix.
  • Les monnaies ayant cours ne sont pas des marchandises mais ont une valeur d’échange marchand.
  • Les ressources naturelles ne sont pas des marchandises et n’ont pas de prix.
  • Le savoir, ou si l’on préfère la connaissance, n’est pas une marchandise et n’a pas de prix.

Illustration 1 : économie de la connaissance

Ce qu’il est aujourd’hui bien porté d’appeler « l’économie de la connaissance » n’indique en rien que la connaissance est devenue une marchandise. La proposition 2.7 a indiqué que, par nature, la connaissance ne pouvait en être une.

L’économie de la connaissance n’est rien d’autre qu’une augmentation de la proportion du nombre de marchandises dont l’élaboration et la commercialisation, ainsi qu’assez souvent l’utilisation, ont été rendus possibles par la dématérialisation de l’information et la mise en place de « réseaux sociaux ».
Ces deux facteurs multiplient les échanges possibles à pro-pos du savoir. Enseigner, publier, conseiller ont trouvé des nouveaux supports et ouvrent la porte à de nouvelles possibilités d’échange. La loi systémique de l’offre en échange de l’offre ne s’en trouve pas modifiée. En revanche, il y a augmentation des besoins de financement permanent pour les entreprises voulant prendre part à ces échanges.
 

Illustration 2 : économie de la santé

L’expression « économie de la santé » a, elle aussi, un tout autre sens que celui dans lequel elle est désormais quasi officiellement utilisée. Il s’agit, en fait, de l’économie des soins médicaux et paramédicaux au moyen de la pra-tique d’échanges marchands dont un terme est la fourniture de cette sorte de soins.

La santé n’est effectivement pas une marchandise. Elle n’est pas transmissible et ne peut faire l’objet d’aucun échange. Elle n’a donc pas de prix (valeur d’échange). .Les prestations médicales, quant à elles, ont bien un prix, hors les cas dans lesquels elles sont fournies bénévolement (aux indi-gents le Serment d’Hippocrate y oblige).

Elles sont donc aussi, pour ce qui est de leur aspect économique, des marchandises. Le progrès dans la fourniture des soins médicaux et même paramédicaux fait que les besoins de financement permanent des entreprises de ce secteur d’activité s’en trouvent, eux aussi, augmentés.
 

Plus largement …

L’éducation n’est pas non plus une marchandise. La justice n'est pas une marchandise. Etc.
 

2.11. Les marchandises ne sont échangées que contre d'autres marchandises bien que, le plus souvent, par monnaie interposée.

Si seul le troc était pratiqué, toute marchandise ne s’échangerait immédiatement que contre une autre ou plusieurs autres marchandises. Une vente en contrepartie d’une quantité de monnaie ou un achat au moyen d’une quantité de monnaie ne font qu’introduire une commodité et un délai. Cette commodité, ce délai et les autres usages des monnaies modifient la pratique des échanges marchands. Les affaires monétaires ont été, sont et resteront au moins potentiellement à l’origine de désordres, voire de catastrophes. Cela ne change rien au fait que les marchandises ne sont échangées que contre d’autres marchandises (voir aussi l'interview à l'express de Paul Fabra).

Dire que « les marchandises ne sont échangées que contre d’autres marchandises » conduit à trois observations importantes.

Première observation

Les subventions sont des transferts des pouvoirs d’achat qui proviennent nécessairement de la vente de marchandises. Pour qu’il y ait des achats, il faut qu’il y ait d’abord eu des ventes.
Il faut apporter ici une précision de vocabulaire : « Demande » signifie « achats » et « Offre » signifie « ventes ».

Pour qu’il y ait de la demande, il faut d’abord qu’il y ait eu de l’offre. Plus précisément, pour qu’il y ait de la demande de produits finis, il faut qu’y ait d’abord eu l’offre de la marchandise primaire, c’est-à-dire d’emplois contre salaires. Encore plus précisément, pour qu’il y ait davantage de demande de produits finis, il faut avant tout qu’il y ait davantage d’offres d’emplois procurant un pouvoir d’achat lui-même orienté à la hausse. Ceci correspond à la loi de Say, dite aussi loi des débouchés : l’offre crée la demande.

Deuxième observation.

L’augmentation durable du volume et de la qualité des échanges marchands dépend de l’augmentation elle-même durable du volume et de la qualité des échanges de marchandise primaire.
Il n’y a véritablement croissance économique que quand il y a au moins autant de créations que de disparitions d’emplois privés stables et que le pouvoir d’achat des salaires augmente (voir le chapitre 5). 
Pour arriver à cette fin, il faut mettre en place une politique économique fondée sur une théorie cohérente des prix des marchandises. C’est ce que nous établirons au chapitre 4 en étudiant la formation du prix du placement en capital dans une conception de l’économie débarrassée du postulat du maximum de profit.
 

Troisième observation.

Les parties prenantes aux échanges marchands sont toutes à la fois offreuses et demanderesses. Cela apparait plus clairement encore dans le cas du troc. Cela reste vrai quand l’un des deux termes de l’échange marchand est une quantité de monnaie. Dans ce dernier cas, pour l’une des deux parties, l’offre est d’une marchandise et la demande est d’une quantité de monnaie. Pour l’autre partie, c’est l’inverse : l’offre est d’une quantité de monnaie et la demande d’une marchandise.
Qui sont, l’offreur et le demandeur dans le cas de l’employeur et de l’employé ?
L’employeur est demandeur d’un service et offreur d’un salaire. L’employé est demandeur d’un salaire et offreur d’un service.
L’usage mettant davantage l’accent sur le salaire que sur sa contrepartie, on considère que l’offreur est l’employeur et le demandeur l’employé ou le chercheur d’un emploi. Mais cet usage est partial et il le resterait s’il était inversé.

2.12. ll existe, en première division, deux sous-ensembles de marchandises : les marchandises élémentaires, les marchandises composées.

Les marchandises élémentaires sont les marchandises de base à partir desquelles les autres marchandises sont composées. Les marchandises élémentaires ne sont vendues que par les particuliers.

Une marchandise est dite composée lorsqu’elle correspond à l’usage courant qui est fait de ce mot : denrée, produit, article, cargaison.

Hierarchie - marchandise élémentaire et marchandise composée

2.13. Il y a deux catégories de marchandises élémentaires, les unes fournies par des épargnants, les autres par des travailleurs.

Des épargnants fournissent le service de placements en échange de la rémunération de ce service. Des travailleurs fournissent le service de leurs prestations en échange de la rémuunération de ce service. Ces deux sortes de services font l'ensemble des marchandises élémentaires.

 Tout prêt ou toute prise de participation d’une banque ou d’une autre sorte d’entreprise est une marchandise composée et non pas une marchandise élémentaire.

Hiérarchie des marchandises élémentaires

La « création de richesse » et la « création de valeur » sont assurées par les individus qui tirent un revenu de leur travail et qui placent la partie épargnée de leurs revenus. Ce sont les individus qui, en étant directement et indirectement créateurs incessants des marchandises élémentaires, sont les « créateurs de richesse » et les « créateurs de valeur ».

Les entreprises sont, certes, des moyens indispensables pour que cette création perdure et s’amplifie, mais il ya aussi d’autres organisations comme les administrations qui participent à cette création. En dernier ressort, ce sont les aptitudes industrieuses d’une population qui sont à l’origine de sa prospérité.

Pour ce qui est du travail en tant qu’ouvrage fourni, la précision « en contrepartie d’un salaire » n’est comprise dans toute son extension que si le concept de salaire est sorti du cadre juridique où, aujourd’hui encore, il est tronqué. Toutes les dénominations données aux rémunérations du travail sont des salaires, économiquement parlant.
Les gages, les jetons de présence, les piges sont des salaires. Les honoraires des professions libérales sont, eux, du chiffre d’affaires. Un médecin, un avocat, un architecte, etc. affecte une partie de ce chiffre d’affaires à la rémunération de son travail, c’est-à-dire à son salaire. L’employeur d’un travailleur « à son compte » est son entreprise.

Certains salariés sont aussi employeurs de personnel domestique. Leur rôle d’employeur reste distinct de leur rôle de salarié. D’autres salariés sont aussi actionnaires. Leur rôle d’actionnaire n’en est pas moins distinct de leur rôle de salarié.
Sur la scène économique, les acteurs jouent plusieurs rôles. Or la confusion entre les acteurs et les rôles fait commettre des fautes d’analyse et inspire des politiques inappropriées.
Par exemple, il a été approximativement conforme à la réalité sociale du XIXème siècle de distinguer la classe des propriétaires fonciers de celle des capitalistes et des travailleurs. Quelques générations après, il s’est révélé inapproprié d’affecter l’exclusivité de ces rôles à des catégories particulières de la population.

2.14. Production des marchandises composées et marchandise primaire

Énoncé

Les marchandises composées ont pour propriété commune d'avoir été produites au moyen de l'achat de plusieurs marchandises dont l'une est toujours l'ouvrage fourni par au moins un individu en contrepartie d'une rémunération.

Commentaires

L’élaboration de toute marchandise composée inclut l’achat de la marchandise primaire que constitue le service du travail fourni en contrepartie d’un salaire.

2.15. Les entreprises ne vendent que des marchandises composées.

Un bien meuble ou immeuble mis en vente par le particulier qui en est propriétaire est une marchandise composée. Mais aussi ce particulier crée une entreprise que fait naître sa décision et à laquelle le règlement de la vente met fin.

Alors que, hors de cas de ce genre, les entreprises achètent un mélange de marchandises élémentaires et de marchandises composées, elles ne vendent toutes que des marchandises composées.

2.16. Les marchandises élémentaires ne sont vendues que par les particuliers.

Assimiler à un revenu le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Parallèlement, l’assimiler à une épargne les réserves constituées par les entreprises ou les excédents de recettes sur les dépenses des budgets publics fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers a de spécifique.

C’est pourquoi une bonne convention consiste à dire que seuls les particuliers perçoivent des revenus et épargnent.
Les revenus des particuliers sont la contrepartie en échange de la vente de marchandises élémentaires. Par leur épargne les particuliers se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne, ce placement étant alors une marchandise élémentaire. Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des subventions imposées et non pas des contreparties d’échanges marchands.
L’économie est faite pour les particuliers et, en premier et dernier ressort, par eux – par et pour les gens, les individus, les familles. Attribuer à d’autres organisations, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par qui et pour qui l’économie est faite revient à s’affranchir de ce précepte.
 

2.17. Seuls les particuliers et les associations non commerciales perçoivent des revenus et épargnent.

1. N’appelons « revenu » que la contrepartie de l’échange d’une marchandise élémentaire.

La marchandise élémentaire est un service soit du travail soit du placement d’épargne.

Quand cette marchandise est le service du travail, sa contrepartie est un revenu génériquement dénommable « salaire ». Quand elle est le service du placement, sa contrepartie est un revenu constitué d’intérêts et, ou, de profits.

2. Les revenus du travail ne sont perçus que par des particuliers.

Assimiler à un « revenu » le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Dire d’une allocation perçue par un particulier qu’elle est un revenu (de transfert) a le même effet.

3. Seuls des particuliers et des associations non commerciales épargnent.

Assimiler à une « épargne » les réserves constituées par les entreprises fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers et des associations non commerciales a de spécifique.

4. Les revenus de l’épargne sont perçus par des particuliers et des associations non commerciales.

Par leur épargne des particuliers et des associations non commerciales se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne. Cette vente est celle d’une marchandise élémentaire. Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des transferts imposés et non pas des contreparties d’échanges marchands.

5. Rien de dû à un établissement financier, et plus largement à une entreprise, n’est un revenu.

Les intérêts payés par les établissements financiers à des particuliers ou des associations non commerciales sont, pour ces derniers, des revenus. Les cotisations encaissées par une association non commerciale, comme tout autre don ayant une valeur vénale, sont des transferts et non pas des revenus de cette association. C’est cohérent avec le fait qu’une famille est, de fait, une association non commerciale.

6. Un particulier ou une association non commerciale qui met en location un bien immobilier crée de ce fait une entreprise.

Les loyers,rents en anglais, constituent le chiffre d’affaires de cette entreprise. Le profit est égal au loyer diminué : 1) de frais directement générés par le fait de louer, 2) d’une dotation aux amortissements qui est destinée à pourvoir à la part de l’entretien du bien qui incombe à son propriétaire (si ce bien est uniquement un espace foncier non clos, il peut n’y avoir aucun amortissement à effectuer).

7. Aucune plus-value ne fait partie des revenus, aucune moins value ne réduit des revenus.

Les plus-values mobilières et immobilières, comme les moins-values, affectent la valeur vénale de patrimoines et, par ricochet, influent sur des montants de loyers.

8. Une réalité primordiale est liée aux revenus.

L’économie est faite pour les particuliers et leurs associations non commerciales et, en premier et dernier ressort, par eux. Attribuer à d’autres entités, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par et pour qui l’économie est faite déforme une réalité primordiale à laquelle l’existence des revenus est liée.

2.18. L'ensemble des marchandises élémentaires constitué par des placements d’épargne comporte deux sous-ensembles qui ont respectivement pour contrepartie des intérêts et des profits.

Premier cas : le particulier P prête une somme d’argent ou une autre sorte d’objet moyennant l’engagement pris par l’emprunteur de restituer à P le prêt à l’échéance convenue.
Deuxième cas : le particulier P apporte à l’entreprise E une somme d’argent ou une autre sorte d’objet qui lui procure la propriété partielle ou totale de l’entreprise E.

Hiérarchie des placements

Dans les deux cas, il y a placement. Dans les deux cas, P reste propriétaire de ce qu’il a placé. Dans les deux cas, il n’y a échange marchand que si le service fourni est rémunéré.
Dans le premier cas, il y a placement limité dans la durée et sous engagement de restitution par l’emprunteur de la chose prêtée.
Dans le deuxième cas, il y a placement illimité dans la durée et sans engagement de restitution de la chose apportée.
Parler de prêt dans le premier cas et d’apport en capital ou en fonds propres dans le deuxième cas paraît être la convention de vocabulaire la plus spontanément utilisée pour rendre compte de cette différence. Tenons-nous en à cette convention, quitte à la compléter si le besoin s’en fait sentir.

Un prêt peut être sans intérêt et l’est souvent dans la vie privée. Cette gratuité en fait un acte non marchand. Le remboursement de la somme d’argent prêtée ou le rendu de l’autre sorte d’objet prêté n’est pas la contrepartie d’un échange marchand. C’est une restitution à son propriétaire de ce qui lui appartient et n’a pas cessé de lui appartenir.
Pour qu’il y ait échange marchand, il faut qu’il y ait deux objets (deux termes) dont chacun donne lieu à cession en échange de l’autre objet (l’autre terme). Le service d’un prêt ne devient le terme d’un échange marchand que quand l’autre terme est un intérêt proportionnel, en valeur absolue, au montant du principal et à la durée du prêt.

Echange marchand : prêt 

Les dons volontaires et imposés, dont les vols, ne sont pas des échanges marchands. Ils restent cependant des actes économiques en tant que transferts de pouvoir d’achat.
Changer une quantité de monnaie en une autre quantité de monnaie est aussi un acte économique qui n’est pas un échange marchand, mise à part l’éventuelle commission prélevée par le changeur.

Le prêt d’un principal devient un terme d’échange marchand dès lors qu’il a une contrepartie sous forme d’intérêts périodiques, payés par l’emprunteur au préteur. Prêt et intérêts périodiques sont ainsi les deux termes d’un même échange marchand.

Anticipons sur la théorie du capital et du profit : l’apport en capital devient un terme d’échange marchand dès lors qu’il a une contrepartie sous forme les profits périodiques versés par l’entreprise aux actionnaires. Apport en capital et profits périodiques sont ainsi les deux termes d’un même échange marchand.
Voir dans le profit le terme d’un échange marchand, permet d’inscrire le profit dans la discipline de l’échange auquel le salaire et le prêt contre intérêt sont eux-mêmes astreints.
 

2.19. Il y a deux sortes de marchandises composées : les marchandises rares et les marchandises industrielles.

Il y a des marchandises dont aucune industrie humaine ne peut augmenter la quantité et il y en a d’autres qui sont, au contraire, productibles à volonté par l’industrie humaine. Cette distinction a été introduite dans la théorie économique par David Ricardo dès les premiers paragraphes du premier chapitre Des principes de l’économie politique et de l’impôt.

There are some commodities, the value of which is determined by their scarcity alone. No labour can increase the quantity of such goods, and therefore their value cannot be lowered by an increased supply. Some rare statues and pictures, scarce books and coins, wines of peculiar quality, which can be made only from grapes grown on a particular soil, of which there is a very limited quantity, are all of this description. Their value is wholly independent of the quantity of labour originally necessary to produce them, and varies with the variying wealth and inclinations of those who are desirous to possess them.

These commodities, however, form a very small part of the mass of commodities who are daily exchanged on the market. By far the greatest of part of those goods which are are the objects of desire, are procured by labour ; and they may be multiplied, not in one country alone, but in many, almost without any assignable limit, if we are disposed to bestow the labour necessary to obtain them.

Il y a des marchandises dont la valeur d’échange n’est déterminée que par leur rareté. Nul travail ne peut augmenter la quantité de tels biens et leur valeur d’échange ne peut pas baisser par suite d’une augmentation de leur offre. Des statues et des peintures fameuses, des livres et des médailles rares, des vins de grande qualité qui ne peuvent être faits que de raisins cultivés sur des sols particuliers dont il n’existe qu’une très petite quantité, sont tous de cette sorte. Leur valeur d’échange est entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été originellement nécessaire pour les produire et dépend des inconstantes fortunes et envies de ceux qui ont le désir de les posséder.

Ces marchandises, cependant, constituent une très petite part de la masse de celles qui sont quotidiennement échangées sur le marché. De loin le plus grand nombre des marchandises qui sont l’objet de nos désirs procèdent d’un travail [tel qu’elles] peuvent être multipliés, non  dans un seul pays mais en beaucoup, à peu près sans aucune limite assignable quand on est disposé à y consacrer le travail nécessaire à leur obtention.

Les marchandises composées dont aucune industrie ne peut augmenter la quantité forment le sous-ensemble des marchandises rares.
Symétriquement, les marchandises composées qui sont produites ou dupliquées en série par l’industrie humaine forment le sous-ensemble des marchandises industrielles.

Hiérarchie des marchandises composées

Certaines théories des prix – dont celle de la théorie néo-classique - ont été élaborées comme s’il n’existait que des marchandises composées rares (voir la définition de science économique).
Dans la réalité l’ensemble des marchandises composées comporte un petit sous-ensemble de marchandises rares et un énormément plus grand sous-ensemble de marchandises industrielles.

Parmi les exemples de marchandises rares que donne Ricardo – citation en commentaire de la proposition 7. 1 –, on trouve des tableaux et des statues, des vins fins, des livres.
Presque tous les objets de collection deviennent, quand ils sont mis en vente, des marchandises rares.
L’espace foncier est une marchandise rare qui a joué et continue à jouer un grand rôle.

2.20. Les marchandises industrielles sont pour les unes produites en série et pour les autres dupliquées en série.

Les livres publiés, les copies de films, les exemplaires du même logiciel, du même numéro d’un journal, de la même livraison d’une revue, etc., font partie de l’ensemble des marchandises industrielles, c’est-à-dire des marchandises que l’industrie humaine peut produire sans limite assignable pour autant qu’elle s’en donne les moyens. Mais leur nature fait qu’il est possible d’en reproduire un grand nombre d’exemplaires par un procédé de duplication.
Un moyen de distinguer les deux catégories de marchandises industrielles consiste à constater que les unes sont produites en série alors que les autres sont dupliquées en série.

Hiérarchie des marchandises industrielles

Pour produire dix mille voitures automobiles ou dix mille ordinateurs, il faut construire dix mille fois une automobile ou un ordinateur, après les études et les essais qui ont conduit à l’élaboration du modèle. Pour produire dix mille exemplaires du même logiciel, il faut produire ce logiciel puis le dupliquer en dix mille exemplaires, comme pour produire dix mille exemplaires d’un livre broché, il faut un jeu d’épreuves puis faire imprimer et brocher dix mille exemplaires.

Toute marchandise est un objet cessible en ce sens que sa vente transfère un droit de propriété auquel son vendeur renonce.
Cela n’empêche pas que, dans le cas de certaines marchandises dupliquées en série, le droit transféré est strictement limité à l’usage du produit.

Pour illustrer ce point, comparons ce que sont les droits de l’acheteur d’un livre et les droits de l’acheteur d’un logiciel. L’acheteur d’un livre n’a pas le droit d’en faire une copie intégrale mais a le droit de revendre ce livre. L’acheteur d’un logiciel a le droit d’en faire une copie à son seul usage mais n’a pas le droit de revendre l’usage qui lui est concédé non plus que l’exemplaire ou une copie de l’exemplaire qui lui a été fourni.

Pour une marchandise industrielle dupliquée en série, la notoriété que les prescripteurs les plus influents sur cette sorte de produit lui confèrent joue un rôle beaucoup plus important que pour une marchandise industrielle produite en série.
Comparer, pour exemples, ce qui se passe dans le cas des logiciels et des livres d’une part, des ordinateurs et du mobilier d’autre part. Pour les logiciels et les livres, la quantité qui en est vendue est fortement dépendante de l’appréciation des prescripteurs les plus influents. Le prix, pour autant qu’il reste inférieur au niveau jugé excessif par ces prescripteurs, n’a plus qu’une influence faible sur la quantité vendue.
 

2.21. L'ensemble des marchandises comporte six sous-ensembles homogènes.

La présentation graphique suivante résume la division de l’ensemble des marchandises en six sous-ensembles homogènes :

Taxonomie des marchandises

Tableau des catégories de marchandises
Marchandises  élementaires Marchandise composées
(1) Travail (ouvrage) en contrepartie d'un salaire Placement d'épargne
 

(2) Placement d'épargne en capital

(3) Placement d'épargne en crédit

(4) Marchandises rares Marchandises industrielles
 

Marchandises industrielles produites en série (5)

Marchandises industrielles dupliquées en série (6)

2.22. L'ensemble des échanges marchands comporte autant de sous-ensembles homogènes que l'ensemble des marchandises.

La nomenclature des échanges marchands découle, par définition, de la nomenclature des marchandises qui sont impliquées dans ces échanges marchands.
Les prix étant un rapport entre les termes d’un échange marchand, il en découle de même que la nomenclature des prix correspond aussi à celle des marchandises.

Les prix de chacune des catégories de marchandise.élémentaire ont une dénomination particulière :

  • Dans le cas de l’échange de marchandise primaire, cette dénomination est « salaire ». 
  • Dans le cas de l’échange d’apport en capital (financement permanent d’une entreprise), cette dénomination est « profit » ou « bénéfice ». 
  • Dans le cas de l’échange de prêt (prêt à terme ou à vue), cette dénomination est «intérêt ».

Une différence entre le capital (avance permanente) et le crédit (facilité temporaire ou révocable) est que seul le premier est un financement indispensable, économiquement et pas seulement juridiquement, à la création et au fonctionnement d’une entreprise. Une véritable théorie de la formation des prix doit donc comporter :

  • Une théorie de la détermination du taux normal (objectif) de profit par rapport au capital, avance permanente dont (le service de) la fourniture est rémunérée par le profit (tout ou partie du bénéfice d’une entreprise, à voir de plus près).
  • Une théorie de la détermination des salaires
  • La détermination du prix objectif (normal) de chacune des marchandises non rares vendues par les entreprises afin de vérifier sa cohérence interne et, par cela même, être en mesure de faire des propositions de politique économique.

La logique des échanges marchands, déterminée par la coexistence des six catégories de marchandises et de leurs prix courants respectifs, comporte deux branches, la logique de l’excès marchand et la logique de l’inexcès marchand. Voir, à ce sujet, le commentaire de la proposition 4.1, note 11, sur les plus-values et les moins-values.
 

2.23. C’est après avoir étudié les mécanismes de formation des prix de chacune des six catégories homogènes de marchandises qu’il convient de chercher si tous les prix ont davantage en commun que d'être des valeurs d'échange marchand.

La nécessité de la prise en compte de ce très important point de méthode est, dans le présent ouvrage, indiquée dès le premier chapitre, dans les termes suivants. Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite (page 13), de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

Si tous les prix n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange, alors il n’y a pas d’autres faits essentiels à répertorier dans une théorie économique de la valeur que ceux observés dans ce chapitre. La marchandise primaire et élémentaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, ce travail étant instrumenté par le commerce de l’autre marchandise élémentaire qu’est le placement d’épargne effectué en contrepartie de la rémunération du service rendu. Distinction entre la valeur d’usage de tout objet qui a été ou qui sera temporairement une marchandise et sa valeur d’échange marchand, c’est-à-dire sa valeur vénale. Indépendance de ces deux valeurs, en règle la plus générale. Détermination de la valeur d’échange des marchandises industrielles en grande partie par la valeur d’échange de la marchandise primaire, c’est-à-dire par le travail en tant que produit échangeable d’une dépense d’énergie humaine.

L’argent est empiriquement perçu comme étant le moyen le plus nécessaire à la prospérité et à la qualité de vie d’une population et de chacun des individus qui la composent. Or, en dernier ressort, cette prospérité et cette qualité de vie dépendent elles-mêmes, certes non exclusivement mais bel et bien principalement, de la quantité et de la qualité du travail fourni par les membres de cette population.

En tout état de cause, le travail des hommes est le fait général auquel il semble le plus réaliste, le plus objectif et le plus socialement sain d’associer non seulement l’argent mais aussi, plus largement, la vie économique.

C’est pourquoi un renouveau publiciste de la « théorie de la valeur » admise par David Ricardo est souhaitable pour, cette fois, en extraire le soubassement d’une économie politique et d’un contrat social plus objectifs et, ce faisant, mieux armés pour réduire la pauvreté.

Dans beaucoup de propos, dont de nombreux écrits, ainsi que dans la vie courante, l’idée même d’argent n’est pas du tout ou très faiblement associée au travail des hommes. Il serait réaliste et raisonnable que cette association soit rendue plus fréquente. Toute somme d’argent constitue, de toute façon et d’abord, un pouvoir d’achat élaboré par des hommes – un pouvoir d’achat produit du travail des hommes. Il n’y a là rien d’idéologique (page 26). Ce n’est pas le cas de la mise à l’écart du constat de ce que l’argent constitue.

Le marché créateur de valeur (d’échange) ? Ou l’entreprise ? Premièrement et finalement, le travail dans tous les sens du mot car il faut qu’il y ait la dépense d’énergie humaine et l’emploi pour qu’il y ait produit échangeable.

Un grand problème politique que la solution donnée au problème économique de la « théorie de la valeur » d’échange marchand est celui de la salubrité du point de vue adopté. Qu’est-il préférable d’ancrer dans la mentalité d’une population afin de la mettre en mesure de pourvoir à sa prospérité et à sa sérénité ? Est-ce une causalité à dominante subjective des valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire des prix ? Est-ce une causalité à dominante objective ? Quel choix est le plus favorable à plus de raison publique ? Et à la prospérité de cette population ainsi qu’à sa qualité de vie ?

Quel choix est le plus favorable au remembrement des constats objectifs susceptibles de constituer le commencement d’une science économique, méthodologiquement recevable en tant que telle ? Pourquoi le bon sens populaire s’en tient, en dépit de ce que tant et tant de docteurs continuent à soutenir sur la causalité subjective des valeurs d’échange marchand, aux faits ci-dessus rappelés ? Qu’y a-t-il d’authentiquement scientifique et de socialement viable à opposer à ce bon sens, pourtant rompu à la pratique quotidienne des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat, pour le convaincre qu’il fait erreur ? Est-il, ce bon sens, si mal dégrossi qu’il est prêt à se laisser aller à la personnalisation abusive « du marché » ou « des marchés » ayant « toujours raison » ? Le scepticisme politique du corps électoral serait-il ce qu’il est devenu sans autant de maltraitance de ce bon sens ? En serions-nous là si la théorisation de l’économie aujourd’hui quasi exclusivement enseignée avait opté pour une causalité à dominante objective des valeurs d’échange marchand ? Pourquoi les dénonciateurs du « fanatisme de marché » (Stiglitz) ne remontent pas à cette origine ? Que vaut une médecine qui ne s’attaque pas à la racine du mal ? Etc.

La nécessité de la prise en compte de ce très important point de méthode est, dans le présent ouvrage, indiquée dès le premier chapitre, dans les termes suivants. Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite (page 13), de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

Si tous les prix n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange, alors il n’y a pas d’autres faits essentiels à répertorier dans une théorie économique de la valeur que ceux observés dans ce chapitre. La marchandise primaire et élémentaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, ce travail étant instrumenté par le commerce de l’autre marchandise élémentaire qu’est le placement d’épargne effectué en contrepartie de la rémunération du service rendu. Distinction entre la valeur d’usage de tout objet qui a été ou qui sera temporairement une marchandise et sa valeur d’échange marchand, c’est-à-dire sa valeur vénale. Indépendance de ces deux valeurs, en règle la plus générale. Détermination de la valeur d’échange des marchandises industrielles en grande partie par la valeur d’échange de la marchandise primaire, c’est-à-dire par le travail en tant que produit échangeable d’une dépense d’énergie humaine.

L’argent est empiriquement perçu comme étant le moyen le plus nécessaire à la prospérité et à la qualité de vie d’une population et de chacun des individus qui la composent. Or, en dernier ressort, cette prospérité et cette qualité de vie dépendent elles-mêmes, certes non exclusivement mais bel et bien principalement, de la quantité et de la qualité du travail fourni par les membres de cette population.

En tout état de cause, le travail des hommes est le fait général auquel il semble le plus réaliste, le plus objectif et le plus socialement sain d’associer non seulement l’argent mais aussi, plus largement, la vie économique.

C’est pourquoi un renouveau publiciste de la « théorie de la valeur » admise par David Ricardo est souhaitable pour, cette fois, en extraire le soubassement d’une économie politique et d’un contrat social plus objectifs et, ce faisant, mieux armés pour réduire la pauvreté.

Dans beaucoup de propos, dont de nombreux écrits, ainsi que dans la vie courante, l’idée même d’argent n’est pas du tout ou très faiblement associée au travail des hommes. Il serait réaliste et raisonnable que cette association soit rendue plus fréquente. Toute somme d’argent constitue, de toute façon et d’abord, un pouvoir d’achat élaboré par des hommes – un pouvoir d’achat produit du travail des hommes. Il n’y a là rien d’idéologique (page 26). Ce n’est pas le cas de la mise à l’écart du constat de ce que l’argent constitue.

Le marché créateur de valeur (d’échange) ? Ou l’entreprise ? Premièrement et finalement, le travail dans tous les sens du mot car il faut qu’il y ait la dépense d’énergie humaine et l’emploi pour qu’il y ait produit échangeable.

Un grand problème politique que la solution donnée au problème économique de la « théorie de la valeur » d’échange marchand est celui de la salubrité du point de vue adopté. Qu’est-il préférable d’ancrer dans la mentalité d’une population afin de la mettre en mesure de pourvoir à sa prospérité et à sa sérénité ? Est-ce une causalité à dominante subjective des valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire des prix ? Est-ce une causalité à dominante objective ? Quel choix est le plus favorable à plus de raison publique ? Et à la prospérité de cette population ainsi qu’à sa qualité de vie ?

Quel choix est le plus favorable au remembrement des constats objectifs susceptibles de constituer le commencement d’une science économique, méthodologiquement recevable en tant que telle ? Pourquoi le bon sens populaire s’en tient, en dépit de ce que tant et tant de docteurs continuent à soutenir sur la causalité subjective des valeurs d’échange marchand, aux faits ci-dessus rappelés ? Qu’y a-t-il d’authentiquement scientifique et de socialement viable à opposer à ce bon sens, pourtant rompu à la pratique quotidienne des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat, pour le convaincre qu’il fait erreur ? Est-il, ce bon sens, si mal dégrossi qu’il est prêt à se laisser aller à la personnalisation abusive « du marché » ou « des marchés » ayant « toujours raison » ? Le scepticisme politique du corps électoral serait-il ce qu’il est devenu sans autant de maltraitance de ce bon sens ? En serions-nous là si la théorisation de l’économie aujourd’hui quasi exclusivement enseignée avait opté pour une causalité à dominante objective des valeurs d’échange marchand ? Pourquoi les dénonciateurs du « fanatisme de marché » (Stiglitz) ne remontent pas à cette origine ? Que vaut une médecine qui ne s’attaque pas à la racine du mal ? Etc.

La nécessité de la prise en compte de ce très important point de méthode est, dans le présent ouvrage, indiquée dès le premier chapitre, dans les termes suivants. Faire l’inventaire des grandes sortes de contrepartie en échange d’une quantité de monnaie divise l’ensemble des marchandises en sous-ensembles. Cette division est accessoire dans la pratique des échanges marchands si le déterminant principal de n’importe quel prix, ou valeur d’échange, est toujours le même. Dans le cas contraire, le déterminant principal varie d’une grande sorte de marchandise à l’autre. Pour s’en assurer, une méthode s’impose : postuler le cas contraire quitte à devoir conclure que le déterminant principal est toujours le même. Donc ne pas s’attarder à la question : d’où vient la valeur (d’échange) de toute chose qui se vend et s’achète ? Lui préférer : d’où vient la valeur (toujours d’échange) de chaque grande sorte de chose qui se vend et s’achète ? Donc en se gardant de toute pétition de principe dont celle, remarque en a déjà été faite (page 13), de la loi de l’offre et de la demande en tant que régisseuse principale de la formation de tous les prix.

Si tous les prix n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange, alors il n’y a pas d’autres faits essentiels à répertorier dans une théorie économique de la valeur que ceux observés dans ce chapitre. La marchandise primaire et élémentaire est le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, ce travail étant instrumenté par le commerce de l’autre marchandise élémentaire qu’est le placement d’épargne effectué en contrepartie de la rémunération du service rendu. Distinction entre la valeur d’usage de tout objet qui a été ou qui sera temporairement une marchandise et sa valeur d’échange marchand, c’est-à-dire sa valeur vénale. Indépendance de ces deux valeurs, en règle la plus générale. Détermination de la valeur d’échange des marchandises industrielles en grande partie par la valeur d’échange de la marchandise primaire, c’est-à-dire par le travail en tant que produit échangeable d’une dépense d’énergie humaine.

L’argent est empiriquement perçu comme étant le moyen le plus nécessaire à la prospérité et à la qualité de vie d’une population et de chacun des individus qui la composent. Or, en dernier ressort, cette prospérité et cette qualité de vie dépendent elles-mêmes, certes non exclusivement mais bel et bien principalement, de la quantité et de la qualité du travail fourni par les membres de cette population.

En tout état de cause, le travail des hommes est le fait général auquel il semble le plus réaliste, le plus objectif et le plus socialement sain d’associer non seulement l’argent mais aussi, plus largement, la vie économique.

C’est pourquoi un renouveau publiciste de la « théorie de la valeur » admise par David Ricardo est souhaitable pour, cette fois, en extraire le soubassement d’une économie politique et d’un contrat social plus objectifs et, ce faisant, mieux armés pour réduire la pauvreté.

Dans beaucoup de propos, dont de nombreux écrits, ainsi que dans la vie courante, l’idée même d’argent n’est pas du tout ou très faiblement associée au travail des hommes. Il serait réaliste et raisonnable que cette association soit rendue plus fréquente. Toute somme d’argent constitue, de toute façon et d’abord, un pouvoir d’achat élaboré par des hommes – un pouvoir d’achat produit du travail des hommes. Il n’y a là rien d’idéologique (page 26). Ce n’est pas le cas de la mise à l’écart du constat de ce que l’argent constitue.

Le marché créateur de valeur (d’échange) ? Ou l’entreprise ? Premièrement et finalement, le travail dans tous les sens du mot car il faut qu’il y ait la dépense d’énergie humaine et l’emploi pour qu’il y ait produit échangeable.

Un grand problème politique que la solution donnée au problème économique de la « théorie de la valeur » d’échange marchand est celui de la salubrité du point de vue adopté. Qu’est-il préférable d’ancrer dans la mentalité d’une population afin de la mettre en mesure de pourvoir à sa prospérité et à sa sérénité ? Est-ce une causalité à dominante subjective des valeurs d’échange marchand, c’est-à-dire des prix ? Est-ce une causalité à dominante objective ? Quel choix est le plus favorable à plus de raison publique ? Et à la prospérité de cette population ainsi qu’à sa qualité de vie ?

Quel choix est le plus favorable au remembrement des constats objectifs susceptibles de constituer le commencement d’une science économique, méthodologiquement recevable en tant que telle ? Pourquoi le bon sens populaire s’en tient, en dépit de ce que tant et tant de docteurs continuent à soutenir sur la causalité subjective des valeurs d’échange marchand, aux faits ci-dessus rappelés ? Qu’y a-t-il d’authentiquement scientifique et de socialement viable à opposer à ce bon sens, pourtant rompu à la pratique quotidienne des échanges marchands et des transferts de pouvoir d’achat, pour le convaincre qu’il fait erreur ? Est-il, ce bon sens, si mal dégrossi qu’il est prêt à se laisser aller à la personnalisation abusive « du marché » ou « des marchés » ayant « toujours raison » ? Le scepticisme politique du corps électoral serait-il ce qu’il est devenu sans autant de maltraitance de ce bon sens ? En serions-nous là si la théorisation de l’économie aujourd’hui quasi exclusivement enseignée avait opté pour une causalité à dominante objective des valeurs d’échange marchand ? Pourquoi les dénonciateurs du « fanatisme de marché » (Stiglitz) ne remontent pas à cette origine ? Que vaut une médecine qui ne s’attaque pas à la racine du mal ? Etc.

2.24. La dynamique que la pratique des échanges marchands tend à établir résulte de la formation des prix de chacune des six catégories homogènes de marchandises.

Les principaux effets dynamiques que la mécanique générale des échanges de marchandises tend à entretenir sont nécessairement des résultats de l’interaction entre l’évolution d’au moins deux prix. L’identification méthodique de ces interactions n’est possible qu’au cours de l’étude de la formation des prix de chacune des catégories économiquement homogènes de marchandises.

Les divergences des conceptions, sur ce que sont les principaux effets dynamiques que la mécanique générale des échanges marchands tend à instaurer et à entretenir, jouent un rôle politique et syndical éminent. Les faits constatés après coup aplanissent très peu ces divergences, voire pas du tout : chacun fait dire aux faits ce qu’il a envie d’entendre. Pour améliorer la convergence des actions, il faut le préalable de la convergence des conceptions sur les mécanismes de formation des prix, profits et salaires en tête, ainsi que sur la dynamique qui en résulte. Toutes les autres élucidations que la théorie économique est susceptible de produire paraissent bien être secondaires.

2.25. Clarifications sur l'usage des mots «prix» et «coût»

Il est commode d’utiliser le mot « prix » pour désigner la valeur d’échange d’une marchandise selon les dires et dans les comptes de son vendeur et le mot « coût » pour désigner la valeur d’échange de la même marchandise ou d’une autre selon les dires et dans les comptes de son acheteur.

Le vocabulaire de la comptabilité commerciale et du contrôle de gestion utilisent cette commodité. Ce n’est pas systématique mais c’est fréquent. Il en va de même dans la vie courante.

Les prix des vendeurs font les coûts des acheteurs. La valeur d’échange demandée par le vendeur est la valeur d’échange acceptée par l’acheteur, quand la transaction s’établit et se dénoue de cette façon. La valeur d’échange offerte par l’acheteur est la valeur d’échange acceptée par le vendeur, quand la transaction s’établit et se dénoue de cette autre façon.

Qui observe que tels prix de marchandises composées sont ou tendent à être essentiellement des sommes de coûts augmentées de rémunérations du capital ne dresse pas un constat vide de sens : ces prix ne sont pas arbitraires ou, comme cela se dit justement de manière familière, « à la tête du client », c’est-à-dire subjectifs, ou tout au moins ne le sont que résiduellement. Cela étant, ce constat n’est qu’un début d’explication. D’où viennent ces coûts qui sont eux-mêmes des prix ? Qu’est-ce qui détermine les taux de rémunération du capital, ces taux étant eux-mêmes des prix ? Sur ce dernier point et sur celui des salaires, quoi d’objectif ? Pour que l’explication prenne corps, il faut qu’elle comporte la production de deux élucidations, l’une relative à la formation des valeurs d’échange de la marchandise élémentaire et primaire qu’est le travail en tant que produit en contrepartie d’un salaire, l’autre relative à la formation des valeurs d’échange de la marchandise également élémentaire qu’est le placement en capital en contrepartie de sa rémunération.

Mais là se pose un problème d’ordre. D’abord l’élucidation de la formation des salaires ou d’abord l’élucidation de la formation des profits ? Dans le prix de la plupart des marchandises composées, les salaires sont en beaucoup plus grosse proportion que les profits. La recherche dont le présent ouvrage rend compte établit qu’il convient d’abord d’observer le phénomène du profit et de l’emploi de salariés par les entreprises – chapitre 4 – pour ensuite tirer au clair le phénomène de la répartition et du salaire – chapitre 5.

2.26. Toute valeur d’échange, en contrepartie marchande, étant ce qu’il est convenu d’appeler un prix, tout salaire et tout profit est un prix.

Les salaires sont en contrepartie d’une fourniture et c’est pourquoi ils sont des prix. Les intérêts dus par un emprunteur à un prêteur sont en contrepartie d’une fourniture et c’est pourquoi ils sont des prix. Les profits sont également en contrepartie d’une fourniture et c’est pourquoi ils sont également des prix.

Même si l’usage se trouve être de ne jamais parler de salaires ou de profits en tant que prix, le fait est que l’ensemble des valeurs d’échange marchand comporte ces deux prix.

Pour l’heure, l’usage est de faire fréquemment cas des salaires en tant que prix et plus rarement, ou jamais dans certains milieux, des profits en tant que prix. Un changement, sur de dernier point, de discours des entrepreneurs, en prélude ou en accompagnement d’un changement de gestion du profit, sera de très grande portée (chapitres 4 et 5 principalement mais aussi chapitres 6 et 7).

Une théorie des prix qui comprend une analyse de la détermination de la hauteur et de l’évolution des salaires mais pas des profits n’est pas seulement incomplète. Ce qu’elle admet d’incompatible avec le fait que les profits sont des prix est faux, de même qu’est faux ce qu’elle admet d’incompatible avec les déterminants effectifs de la hauteur et de l’évolution des profits.