Chapitre 8 - La répartition

8.1. Appelons revenu global la somme du revenu total des placements d'épargne et du revenu total du travail.

Ci-dessous, les arguments 1 à 8 sont communs avec ceux de la proposition 2.17.

1. N’appelons « revenu » que la contrepartie de l’échange d’une marchandise élémentaire.

La marchandise élémentaire est un service soit du travail soit du placement d’épargne.

Quand cette marchandise est le service du travail, sa contrepartie est un revenu génériquement dénommable « salaire ». Quand elle est le service du placement, sa contrepartie est un revenu constitué d’intérêts et, ou, de profits.

2. Les revenus du travail ne sont perçus que par des particuliers.

Assimiler à un « revenu » le produit des ventes d’une entreprise ou le produit des impôts fait perdre de vue ce que les revenus des particuliers ont de spécifique.

Dire d’une allocation perçue par un particulier qu’elle est un revenu (de transfert) a le même effet.

3. Seuls les particuliers et les associations non commerciales épargnent.

Assimiler à une « épargne » les réserves constituées par les entreprises fait perdre de vue ce que l’épargne des particuliers et des associations non commerciales a de spécifique.

4. Les revenus de l’épargne sont perçus par des particuliers et des associations non commerciales.

Par leur épargne des particuliers et des associations non commerciales se mettent en mesure de vendre le placement de cette épargne. Cette vente est celle d’une marchandise élémentaire.

Les chiffres d’affaires des entreprises proviennent de la vente de marchandises composées. Les recettes fiscales sont des transferts imposés et non pas des contreparties d’échanges marchands.

5. Rien de dû à un établissement financier, et plus largement à une entreprise, n’est un revenu.

Les intérêts payés par les établissements financiers à des particuliers ou des associations non commerciales sont, pour ces derniers, des revenus. Les cotisations encaissées par une association non commerciale, comme tout autre don ayant une valeur vénale, sont des transferts et non pas des revenus de cette association. C’est cohérent avec le fait qu’une famille est, en droit naturel et positif, une association non commerciale.

6. Un particulier ou une association non commerciale qui met en location un bien immobilier crée de ce fait une entreprise.

Les loyers,rents en anglais, constituent le chiffre d’affaires de cette entreprise. Le profit est égal au loyer diminué : 1) de frais directement générés par le fait de louer, 2) d’une dotation aux amortissements qui est destinée à pourvoir à la part de l’entretien du bien qui incombe à son propriétaire (si ce bien est uniquement un espace foncier non clos, il peut n’y avoir aucun amortissement à effectuer).

7. Aucune plus-value ne fait partie des revenus, aucune moins value ne réduit des revenus.

Les plus-values mobilières et immobilières, comme les moins-values, affectent la valeur vénale de patrimoines, font varier des capacités de placement, influent sur des montants de loyers. Parler à leur sujet, notamment en commentaire du niveau des cours de bourse, d’un « effet » d’enrichissement ou d’appauvrissement peut faire sens mais c’est à condition de bien garder présent à l’esprit que hausses et baisses du débit global de richesses marchandes n’en sont pas affectées.

8. Une réalité primordiale est liée aux revenus.

L’économie est faite pour les particuliers et leurs associations non commerciales et, en premier et dernier ressort, par eux. Attribuer à d’autres entités, entreprises comprises, les prérogatives de celles et ceux par et pour qui l’économie est faite déforme une réalité primordiale à laquelle l’existence des revenus est liée.

9. Le revenu global, RG, est, par définition, égal au revenu total des placements d’épargne, RP, et au revenu total du travail, RT.

Noter RG = RP + RT ne revient cependant pas à dire que c’est l’addition de RP à RT qui détermine RG.

10. Toute variation de RP par rapport à RG est accompagnée d’une variation en sens contraire de RT par rapport à RG.

Si, par exemple, le RP passe de 15 % à 10 % puis remonte à 20 % du RG, alors le RT passe de 85 % à 90 % puis redescend à 80 % du RG.

11. La répartition « classique » est entre trois classes sociales.

Ricardo l’a écrit dès le premier paragraphe de la préface de ses Principles of Political Economy and Taxation : « The produce of the earth (…) is divided among three classes of the community ; namely, the proprietor of the land, the owner of the stock or capital necessary for its cultivation, and the labourers [travailleurs] by whose industry it is cultivated. »

12. Quelle est l’évaluation économiquement la plus pertinente des « produits de la terre » ?

Ces produits sont pour Ricardo (les …) « –all that is derived from its [the earth] surface by the united application of labour, machinery, and capital ». Deux précisions manquent pour que l’ensemble de ces produits soit aussi défini qu’ils le sont en réalité. Il ne s’agit que de produits échangés à titre marchand. Ces échanges ne comportent pas ceux dont les coéchangistes sont deux entreprises alors que leur volume et leur importance sont très grands.

Tenir compte de ces observations conduit à tirer de la notion de production marchande, et par conséquent de production marchande et non marchande, le concept de « revenu » puis, comme cela est fait à la fin de ce chapitre, à voir que l’évaluation économiquement la plus pertinente des « produits de la terre » est la somme des revenus.

13. La répartition « classique » est dynamique.

Le deuxième paragraphe de la même préface commence par ce membre de phrase : « But in different stages of society, the proportions of the whole produce of earth which will be allowed to each of three classes, under the names of rent, profit, and wages, will be essentially different; (…). ».

14. Les dénominations « rente de situation » et « rente d’acheteur » sont malencontreuses.

Les « sciences économiques » enseignent qu’une « rente de situation » est un ajout « à la rémunération normale des facteurs de production » ; une « rente d’acheteur », le plus souvent dite « du consommateur », est un « gain implicite réalisé par qui était prêt à acheter plus cher ». La réalité de ces phénomènes n’est pas contestable. Prendre en compte leur existence dans ces termes n’en est pas moins malencontreux pour deux raisons.

15. Première raison : les gains ainsi appelés « rente » sont des captations de transferts.

Ces transferts obtenus ou supportés par des vendeurs augmentent ou diminuent des valeurs d’échange marchand, à savoir des prix. Les voir en usant du substantif « transfert » plutôt que du substantif « rente » aide à l’analyse de la problématique créée par la coexistence d’échanges marchands et de transferts de pouvoir d’achat.

16. Seconde raison : la connotation idéologique des rentes, au sens propre de ce mot en français, en est confortée.

Ce qui a été exposé dans le chapitre précédent sur l’emploi et ce qui va être indiqué plus avant sur les deux types de retraite viennent au premier rang de ce qui montre que c’est malencontreux.

17. Ce qui reste au propriétaire foncier qui loue est du profit, comme ce qui revient en échange à tout propriétaire d’une entreprise.

Quand cette entreprise, au lieu d’être une exploitation agricole ou forestière ou minière, est une manufacture ou un négoce ou un transporteur etc., le profit qu’elle procure est lui aussi de nature à procurer une rente, c’est-à-direun revenu périodique d'une propriété placée auprès d’un coéchangiste mis en devoir de procurer ce revenu autant que faire se peut. Cette réalité, qui est très loin de n’être apparue qu’avec la Révolution industrielle, impose le remplacement par deux rôles économiques des trois classes de la répartition « classique ».

18. Consultons nos dictionnaires.

Un revenu constitutif d’une rente est appelé en anglais annuity, pension, private income, alors que le sens propre et le plus courant de rent est « loyer ». L’anglais distribution a pour premier sens le français « répartition » : distribution of wealth se traduit, au plus près de la sémantique propre à ces deux langues, « répartition des richesses ».

19. Des « agents » jouent sur la scène économique plusieurs rôles.

Le développement économique accentue deux tendances. Le même individu est de plus en plus, durant une grande part de sa vie, salarié, épargnant, propriétaire d’au moins un bien-fonds, copropriétaire d’entreprises au pluriel, locataire de plusieurs objets, membre de plusieurs associations non commerciales ayant compte en banque, et, bien sûr, contribuable même quand il est exonéré d’impôt sur le revenu. Les deux rôles de salarié d’une entreprise et de copropriétaire de cette entreprise sont de plus en plus fréquents.

20. L’amalgame de ces deux rôles n’est pas justifié.

Les tentatives contraires, surtout dans le secteur dit en France de « l’économie sociale », le font ressortir. La logique des échanges marchands pousse à la distinction des rôles afin que du système ouvert comportant des autorégulations plus actives puisse en résulter. Cette poussée est nécessaire au progrès de la séparation des pouvoirs dans la sphère économique aussi.

21. Ricardo a considéré que la mise au jour les lois qui régissent la répartition du revenu global est ce que l’économie politique doit principalement s’efforcer de faire.

Le troisième paragraphe de la préface ci-dessus citée est on ne peut plus explicite : « To determine the laws which regulate this distribution, is the principal problem in Political Economy: much as the science has been improved by the writings of Turgot, Stuart, Smith, Say, Sismondi, and others, they afford very little satisfactory information respecting the natural course of rent, profit, and wages ».

22. Cette invitation de Ricardo reste à honorer.

Des syndicalistes, les uns d’une confédération salariale et les autres d’une confédération patronale, des économistes et des juristes, des électeurs et des élus, les uns et les autres de sensibilités politiciennes concurrentes, des magistères et des fidèles, des diplomates sur le front des dissensions internationales, des financiers et des industriels aimeraient se mettre d’accord sur le cours naturel de la répartition du revenu global en économie de marché. Quand ils y parviendront, ce sera sur ce qui fait une économie de marché principalement normale et anormale qu’ils se seront accordés. Pour eux, il y aura du neuf sous le soleil.

8.2. Le revenu total des placements peut être rendu suffisant.

1. La durée prise en considération est d’une génération au moins.

Cette durée minimale est égale à ce que les démographes et les actuaires appellent « l’espérance de vie », diminuée de l’âge moyen d’obtention d’un premier emploi. Ce qui est admis dans l’ensemble de ce chapitre vaut pour des périodes qui ont au moins cette durée et à l’échelle, dite ici « macronomique » (proposition 1.7), de l’ensemble d’une population.

2. Disons de ces périodes qu’elles sont longues.

Un long terme financier commence à partir de sept ans. La longue période que la pratique et la théorie économiques doit prendre en considération, toutes affaires financières et dispositions monétaires comprises, est aujourd’hui au minimum de quarante ans.

3. Le plein exercice de la relation EPCE est supposé.

Ce plein exercice, théorisé au chapitre précédent, est supposé non seulement jusqu’à la fin du présent chapitre mais aussi tout au long des suivants.

4. L’une des fonctions des revenus de placement est de procurer des rentes.

L’autre fonction, décrite dans le chapitre précédent, est propre aux profits.

La thèse de la suffisance possible des profits, par le truchement du plein exercice de la relation EPCE, n’est fondée que si la thèse de la suffisance de l’ensemble des rentes l’est. La cause en est que, proposition 7.10, la relation EPCE ne suffit pas à établir qu’un taux moyen suffisant de profit sur capital puisse constamment exister.

5. Sur la durée minimale prise en considération, les rentes sont objectivement suffisantes à une première condition.

La valeur de liquidation des placements doit avoir été, et rester, réajustée pour compenser l’érosion monétaire. En d’autres termes, assez doit avoir été fait et refusé, notamment en matière de finances publiques et de rigueur monétaire, pour éviter « l’euthanasie des rentiers ».

6. Sur cette même durée minimale, les rentes sont objectivement suffisantes à une seconde condition.

Soit un individu auquel aucune propriété ayant une valeur d’échange n’a été transférée mais qui a épargné et placé tout au long de sa vie professionnelle, en préparation de son ultime vie suivante sans retraite par « répartition ». Ses placements ont été suffisants, et leur rendement moyen le reste, quand cet individu peut, sa vie professionnelle terminée, jouir de rentes de même ordre de grandeur que ce qu’ont été ses revenus du travail pendant la deuxième moitié de sa vie professionnelle.

7. Ces suffisances sont empiriquement réglables par le corps social.

Soit F la fraction placée du revenu des ménages, R le rendement de ces placements. F est susceptible de se révéler insuffisant si R est trop faible. Mais, pour autant que des calculs, usant de la mathématique de l’accumulation exponentielle (« capitalisation »), alimentent le débat public, l’opinion se répand que des relèvements de F et de R sont nécessaires. Si la pression des opinions qui s’y opposent et des structures qui n’y ont pas intérêt est repoussée, ce relèvement se produit car il vient s’ajouter à l’aspiration primordiale dont la satisfaction est le motif de la volonté du plein exercice de la relation EPCE.

8. La suffisance des revenus de placement a le même statut que la relation EPCE.

Cette suffisance fait partie, comme cette relation, de ce qui est réalisable et non pas de ce qui est forcément réalisé dès lors que la liberté d’entreprendre à titre marchand prévaut. Tant, notamment, que l’opinion dominante chez les économistes ne comporte pas la prise en considération active de ces réalisables, ce sont en substitut d’autres idées auto-réalisatrices, différemment orientées, que cette opinion cultive et répand.

9. Une inévitable montée du rendement des placements sur longue période rendrait excessif le revenu total des placements.

Ce n’est pas fortuitement qu’une telle montée, touchant le rendement des placements et non pas les plus-values de liquidation, ne s’est jamais produite sur longue et très longue périodes. Sa probabilité future est nulle à cause des refus du corps social dont la proposition suivante fait état.

10. L’objectif de retraites par placement seulement est sensé.

Ce « seulement » implique que des retraites par « répartition » ne sont plus du tout nécessaires parce que des progrès assez substantiels ont été faits pour remplir les conditions indiquées ci-dessus (arguments 4 et 5). Ces progrès sont socialement sensés : 1) par ce qu’ils permettent d’obtenir en matière d’emploi, 2)  parce qu’ils favorisent la maximisation du revenu total du travail sous contrainte d’un revenu total des placements suffisant, nous allons voir comment.

11. Le « coût du travail » est-il le produit de deux répartitions ?

Le réel étant ainsi fait gardons présent à l’esprit, particulièrement quand nous articulons nos idées sur la théorie de la valeur et les formations des principales catégories de prix, que la marchandise primaire est le travail en tant queproduit d’une dépense d’énergie humaine – travail-ouvrage. Ricardo en a eu très manifestement conscience même s’il n’a pas su (avant de mourir prématurément d’une otite) : 1)  accorder son vocabulaire avec ce constat initial et final afin que la postérité voit que l’expression « valeur-travail », dont il n’use pas, est impropre alors que celle de « valeur objective d’échange marchand » est recevable chaque fois que le réel ou le réalisable dont il est question s’y prête ; 2) produire une réponse géométriquement impérative à la question : le revenu du travail, salarié par salarié, est-il le produit de deux répartitions dont l’une forme le revenu total du travail et l’autre règle l’inégalité des salaires ?

12. Ce chapitre et le suivant exposent les tenants et les aboutissants majeurs de cette réponse.

Ce que les « sciences économiques » appellent  « coût du travail », alors qu’il s’agit de salaire complet, est un prix et le seul prix à être formé de cette façon. David Ricardo n’aurait pas tourné sa courte préface tel qu’il l’a fait s’il n’en avait pas eu la prescience, ainsi que le confirme une lecture vraiment consciencieuse de ses considérations sur le salaire. Ayant fait une telle lecture et rendant compte de son enquête dans un ouvrage « foisonnant » (Raymond Barre), Paul Fabra a rouvert l’accès à cette élucidation capitale.

13. Il a fallu d’abord cheviller des réfutations elles-mêmes irréfutables.

C’était très évidemment ce qu’il fallait en premier lieu faire dès lors qu’on s’en accordait la liberté. Ce travail critique a notamment porté sur la « force de travail » selon Marx, l’universalité de la loi de l’offre et de la demande ; le profit dans le schéma général de l’échange. Cette production a dégagé un espace afin qu’on puisse y reconstruire « de fond en comble » (quatrièmes de couverture des deux éditions françaises du « livre foisonnant »).

Elle a également fourni du matériau de reconstruction. Cependant, il restait, et il restera toujours, à vérifier ce que cette fourniture, complétée par d’autres écrits dont plus d’un millier de chroniques, comporte en pas assez et en trop afin de pouvoir être enseignée sans que sous son apparente perpétuation sa perversion puisse être introduite et consommée, comme c’est arrivé à la théorie ricardienne de la valeur.

14. Le présent traité d’économie politique objective y contribue.

Mais c’est, hélas à plus d’un égard, sans presque rien assembler qui puisse être exploitable par les « sciences économiques » sans contradictions tolérables. L’idée, somme toute fort simple, de la relance permanente par de nouvelles mises en capital strictement dit remet en cause la relégation de la loi des débouchés de Say – loi formellement approuvée par Ricardo. Partant, la sortie de cette relégation va de paire avec l’entrée en relégation de la « macro-économie » et de la comptabilité nationale « dans un cadre keynésien standardisé » (l’origine de cette citation est indiquée dans le dernier développement de ce chapitre).

15. Pensons en plus à la bourse et à la banque et à la communication et aux concentrations et aux solidarités telles qu’on y joue aujourd’hui.

Mettons en face un schéma qui, par sa conception, prescrit de jouer autrement, certes pas complètement autrement mais bien sur du réel primordial autrement. On comprend que l’étude de ce schéma puisse être fort souvent bien plus insupportable que supportable. On comprend qu’opposer du silence à l’économie politique objective et à la politique économique qui en découle puisse être la meilleure défense contre ce qu’elles remettent en cause.

16. De 1974 jusqu’à présent, il en a été ainsi.

1974 est l’année de première parution du « livre foisonnant ». Bien qu’il ne soit pas du tout passé inaperçu, sous la poussée de la massification de la formation aux « sciences économiques » nous assistons depuis et jusqu’à présent au recul de la volonté de prendre à bras le corps la critique de l’état de la pensée économique et, par de la reconstruction sur des fondations restaurées et consolidées, les maux que seul un assainissement assez radical est de nature à soulager, voire pour certains à éradiquer.

8.3. Deux refus d’évolution sur longue période gouvernent la répartition du revenu global.

 

1. Ces deux refus sont le produit de la morale naturelle.

La création et la pérennité d’entreprises privées soumettent le corps social à un apprentissage qui le conduit à prendre des positions sur les mœurs économiques viables de génération en génération. Au fil du temps, le corps social intègre ces positions à ce que sa mentalité comporte de plus stable.

2. Le corps social refuse que les taux de rapport des placements d’épargne s’élèvent de génération en génération.

Si cela se produisait, l’égalité RG revenu global = RP revenu total des placements + RT revenu total du travail ferait que la part relative du RT dans le RG s’abaisserait tendanciellement. Les périodes de quelques années où cette baisse tendancielle paraît s’amorcer débouchent inexorablement sur des réactions du corps social qui ont pour effet de remonter la part relative du RT dans le RG.

3. Le corps social refuse que si le revenu global, RG, augmente, le revenu total du travail, RT n’augmente pas lui aussi.

Le sens commun sait, par le raisonnement et expérimentalement, que l’augmentation de RG a deux causes : assez de placements nouveaux pour qu’elle puisse être obtenue, assez de travail nouveau car il est indispensable pour donner cet effet aux placements.

4. Ces deux refus procèdent de deux volontés collectives.

L’une de ces volontés est de tenir le revenu total de placement, RP, pour possiblement suffisant. L’autre de ces volontés est de tenir le revenu total du travail, RT, pour irrémédiablement insuffisant.

5. L’assomption de ces deux volontés en fait des éléments explicites de contrat social.

La science économique contribue à cette assomption en faisant de ces deux volontés un pivot normatif de sa théorie de la répartition du revenu global.

6. L’augmentation de RT, le revenu total du travail, ne se décrète pas.

Un gouvernement qui veut forcer cette augmentation n’a pour moyen d’action que le niveau nominal des salaires. S’il oblige à une hausse de ce niveau, il prend le risque, d’autant plus certain que la hausse est importante, de déclencher la propagation d’une augmentation générale des prix nominaux qui a pour effet de laisser finalement revenir l’évolution du pouvoir d’achat du salaire moyen au cours qui aurait été le sien sans cet à-coup.

7. Il n’y a pas de limite assignable à l’augmentation, de génération en génération, du pouvoir d’achat du salaire moyen.

Pour qu’il y ait une telle limite, il faudrait qu’elle concerne d’abord l’élévation du rapport entre qualité et prix des services et des biens marchands en quoi consiste le revenu global, RG. Or c’est, concurrence aidant, cette élévation qui est sans limite assignable, malgré sectoriellement des baisses temporaires de qualité plus que proportionnelles à la baisse des prix.

C’est l’un des nombreux points à côté desquels Malthus est passé et qu’il faut aux encore très nombreux malthusiens se refuser à considérer pour le rester.

8.4. Le revenu total du travail tend à être ce qui reste du revenu global après constitution du revenu total des placements.

1. Puisque, par définition, RG = RP + RT, il n’y a que deux solutions possibles au problème de la répartition.

Solution 1 : la proportion RT / RG est celle qui détermine la proportion RP / RG. Solution 2 : la proportion RP / RG est celle qui détermine la proportion RT / RG.

2. Seule la seconde solution est cohérente avec ce que la proposition précédente indique.

Cette indication est celle des deux refus par lesquels le corps social gouverne la répartition du revenu global RG sur longue période.

3. Le statut méthodologique et politique de l’équation RT = RG – RP est le même que celui de la relation EPCE.

Il est aussi le même que celui de la possible suffisance du revenu total des placements.

4. Le profit (chapitre 6) procède, entreprise par entreprise, d’une différence entre les produits et les charges dont des salaires font généralement partie.

Mais cette détermination est à l’échelle mésonomique (proposition 1.7). La répartition du revenu global, RG, est un phénomène macronomique. Avec « = » signifiant « détermine », une relation de type A – B = C vraie à l’échelle mésonomique ou micronomique ne l’est pas forcément à l’échelle macronomique, et inversement. Une autre relation, de type A fois B = C, dont il est question à partir de la proposition suivante, ne fonctionne pas dans le même sens à l’échelle de la macronomie et aux échelles de la mésonomie et de la micronomie.

5. À échelle mésonomique, il y a échanges entre le service du placement en capital et les profits périodiques.

Simultanément, à échelle macronomique et pour autant que le plein-échange prévaille, il y a : 1) régulation du taux moyen de profit sur capital par l’état de l’emploi : relation EPCE ; 2) détermination du revenu du travail, RT, par ce qui reste du revenu global, RG, une fois déduit le total des profits et des intérêts constitutifs des autres revenus de placement : RT = RG – RP avec « = » signifiant « est déterminé par ».

6. Il est exact de considérer que les profits amputent d’autant les salaires à une première condition.

Cette condition est de voir que cela se passe à échelle macronomique. Là le total des profits participe d’autant à l’amputation du total des revenus du travail, revenus dont une partie est perçue par d’autres salariés que ceux des entreprises.

7. Les bénéfices réalisés par une entreprise, et partant les profits versés par elle, n’amputent pas forcément les salaires du personnel de cette entreprise.

Mais faisons bien attention. Là on est à l’échelle mésonomique. Les salaires payés par une entreprise peuvent avoir été et rester au niveau de ceux des employeurs qui rémunèrent le mieux leur personnel. Entreprise par entreprise, il n’y a pas davantage forcément d’amputation des profits, ni même des bénéfices, par n’importe quelle augmentation de la masse salariale.

Il y a évidemment, entreprise par entreprise, une relation entre la marge avant frais de personnel, les frais de personnel et les bénéfices. Des augmentations du poids, par rapport à cette marge, de ces frais sont susceptibles d’avoir pour conséquence une baisse de ces bénéfices ou une perte. Des réductions de ce poids sont susceptibles d’avoir l’effet inverse. Un manque croissant d’emplois, dans l’ensemble de l’économie, favorise ces réductions et, par elles, les augmentations de bénéfices et de profits qu’elles permettent.

La proposition macronomique « le revenu total de la propriété ampute d’autant le revenu total du travail » est juste. Les propositions mésonomiques « le bénéfice d’une entreprise ampute d’autant la masse salariale de cette entreprise » et « le profit perçu par le(s) propriétaire(s) d’une entreprise ampute d’autant la somme des salaires du personnel de cette entreprise » sont fausses.

8. Faire une généralité de la réduction du « coût du travail » pour augmenter la « compétitivité » n’est pas recevable.

La notion de « compétitivité » n’a un sens économique que si elle sert à désigner par un mot la comparaison de rapports entre qualité et prix (valeur d’usage et valeur d’échange) et non pas de prix seulement. Estimer que la comparaison des offres est sur les prix seulement revient à amputer la concurrence de l’une de ses dimensions. La règle générale est qu’il faut plus de qualité pour augmenter la compétitivité, afin que ce ne soit pas aux dépens d’autrui mais quitte à ce que ce soit au détriment de rendements plus élevés.

9. Il est exact de considérer que les profits amputent d’autant les salaires à une seconde condition.

Cette seconde condition est de nouveau macronomique. Elle consiste à reconnaître que, pour élever le total des salaires et le salaire médian plus que proportionnellement au revenu total des placements, RP, il faut qu’il y ait assez de profits pour drainer assez d’épargne vers son placement en titres de propriété d’entreprises afin de hisser et maintenir le stock national de capital à la hauteur nécessaire au plein-emploi.

10. Toute une part de ce qu’il revient, à la science économique d’installer de plus favorable au progrès social en découle.

Dans cette installation, il y a en premier lieu le profit vu en tant que contrainte imposée par la cybernétique des échanges marchands, au lieu du bénéfice vu en tant que raison d’être de l’entreprise standard – laquelle, quand elle n’est riche que de ses bénéfices est en réalité pauvre ainsi qu’inévitablement sa destinée finit par le prouver. Il y a en second lieu la relation EPCE. Il y a en troisième lieu la théorie de la répartition quand elle a pour pivots les deux refus indiqués par la proposition précédente et l’équation dont il va être maintenant question.

8.5. Une autre équation règle la répartition du revenu global.

1. La forme de cette autre équation est mathématiquement élémentaire.

Cette forme est, en effet, A = B fois C, chacun de ces trois termes étant un ratio entre deux variables parmi trois : x / y =  z / y fois x / z (ex : 8 / 100 = 400 / 100 fois 8 / 400 = 4 fois 2 %).

2. La règle de trois est centrale.

Quand des gestionnaires ont, forts de leur expérience, soutenu que « dans les affaires » l’opération la plus utilisée et utilisable est la règle de trois, ils n’ont vu qu’en partie juste. Cette opération se révèle être aussi centrale en science économique qu’en gestion.

3. Le découvreur de cette application de la règle de trois a été, à notre connaissance, l’américain Donaldson Brown.

Ce fût en 1906 ou 1907. Donaldson Brown a été un proche collaborateur – on dirait aujourd’hui un contrôleur de gestion en chef ou un directeur financier – de l’industriel Pierre Dupont de Nemours.

4. La formule de Brown n’est autre que celle des désormais fameux ROI et ROE.

ROI est l’acronyme de Return On Investment et ROE de Return On Equity. Il n’y a plus d’ouvrages nouveaux de gestion financière qui n’en traitent pas. Il y a cependant encore de récents traités de théorie économique qui n’en font explicitement aucun état.

5. Les conventions que posent les trois propositions suivantes aident beaucoup à bien formuler et assez complètement interpréter cette règle de trois.

La première et la troisième de ces conventions complètent ce qui a été précédemment admis au sujet de la rentabilité et de la profitabilité (proposition 6.7). La deuxième définit le concept de productivité.5

8.6. N’appelons « rentabilité » qu’un taux de revenu ou de marge sur stock.

1. Dans cette définition, « stock » est utilisé dans son sens économique le plus général.

C’est par distinction avec « flux », conformément à ce que la proposition 4.2 rappelle. Les bilans sont des comptes de stock. Les patrimoines et les dettes des particuliers sont des stocks.

2. La même distinction axiomatique entre stock et flux intervient dans deux définitions à suivre.

La première de ces définitions a pour objet la productivité, la seconde la profitabilité.

3. Utilisons, ci-après, la lettre G, de gain, pour désigner un revenu de placement ou une marge.

Les profits, tels qu’ici définis (chapitre 6), sont entièrement des revenus mais de placement. Les salaires sont également entièrement des revenus mais du travail.

L’usage est d’appeler « marge » la différence entre un flux de ventes à sa valeur-prix – le « chiffre d’affaires » – et ce même flux à une valeur-coût – un « prix de revient des ventes ». Ce qu’il est convenu d’appeler « valeur ajoutée » (proposition 3.7) est une marge. Aucun revenu, dont le profit, n’est, entre les mains de qui le perçoit, une marge. Plus généralement, tout montant d’une vente n’est pas une marge.

4. Des marges, parfois appelées « contributions », il faut de plus au moins savoir ceci :

Quand le « prix de revient des ventes » est le coût d’achat des marchandises revendues, la marge est fréquemment dite « brute ». Quand le coût considéré est « direct », il est conséquent de qualifier la marge de « directe ». Bénéfices et pertes sont eux aussi des marges. Il n’y a que dans certains secteurs industriels qu’appeler « contributions » des marges est estimé moins trivialement marchand...

5. Seul un ratio entre un revenu ou une marge G et un stock S est une rentabilité R telle que R = G / S.

Il résulte de cette définition qu’aucun rapport entre un revenu ou une marge et un flux n’est une rentabilité.

6. Un taux de profit sur capital est un ratio de la famille des rentabilités.

Le rapport entre le revenu de l’épargne placée et la valeur attribuée à cette épargne l’est également. Sont aussi, entre autres, des rentabilités les taux de marge brute sur stock moyen et les taux de marge directe sur actif direct.

7. Rendre logiquement homogène la famille des rentabilités évite des malentendus et des erreurs.

Ce point est de grande importance. Des exemples simples sur les taux de bénéfice et d’autres marges l’établissent.

8. X et Y appellent aussi bien « rentabilité » un taux de bénéfice sur ventes que sur capital.

X affirme qu’il existe, sur longue période, une tendance à la baisse de la rentabilité des entreprises. Y affirme que cette tendance est, au contraire, à la stabilité. Les deux peuvent avoir raison. Il suffit que quand X parle de rentabilité des entreprises, c’est de taux de bénéfice sur chiffre d’affaires dont il est question alors que pour Y c’est aussi de taux de bénéfice mais sur capital ou actifs.

9. La baisse tendancielle des taux de profit a été prédite par de très célèbres économistes.

De savantes discussions de ce point, crucial quant au jugement d’ensemble porté sur l’économie de marché, sont restées sans issue à cause de définitions qui n’en sont pas. Il peut très évidemment y avoir, sur longue période, baisse asymptotique de taux de profit sur ventes et oscillations autour de leur stabilité des taux de profit sur capital.

10. Soit une entreprise où, comme cela reste encore fréquent, on ne s’astreint pas à l’usage univoque du concept de rentabilité.

Son encadrement, patron en tête, estime que l’activité A est moins « rentable » que l’activité B. En fait, le taux de marge sur chiffre d’affaires de A est nettement inférieur à celui de B. Mieux vaut se défaire de l’activité A, estime cet encadrement, car cela renforcera la rentabilité de l’entreprise. En réalité, au sens univoque ici donné au concept de rentabilité, il se trouve que, comme souvent, c’est la rentabilité directe de l’activité A qui est plus grande que celle de l’activité B.

11. Beaucoup de décisions, lourdes de conséquences notamment sur l’emploi, sont prises eu égard à la rentabilité.

Ce n’est pas encore pour autant qu’il s’agit presque toujours d’un élément de l’ensemble des rentabilités quand cet ensemble satisfait ce qu’est une définition en logique mathématique (proposition 1.1). Tant à des fins théoriques que pratiques, c’est pourtant méthodologiquement nécessaire, faute de quoi le réel économique n’est sur un point clé ni observé ni traité pour ce qu’il est.

12. Usons sans retenue de ce que le français nous a légué d’économiquement perspicace.

En français, une « rentabilité » évoque la rente rapprochée de la valeur attribuée au placement qui procure cette rente. Ce rapprochement constitue une valeur relative, toujours exprimable en pourcentage à l’année. Cette valeur relative est, pour ainsi dire, la mère des rentabilités en économie politique objective (EPO) et en bonne gestion.

 

8.7. N’appelons « productivité » qu’un rapport entre un flux, autre qu’une marge, et un stock.

1. Les chiffres d’affaires des entreprises sont des montants monétaires de leurs flux de ventes.

De ces montants, on peut dire qu’ils sont à leur « valeur-prix ». Un flux de ventes par une entreprise est, en effet, aussi exprimable à une « valeur-coût », ce qui se fait beaucoup en gestion car c’est indispensable à la détermination de certaines marges.

2. Les revenus sont des flux de vente.

Dans la mesure où on accepte de convenir que seules les ventes de marchandises élémentaires – services du travail et du placement par les épargnants – procurent des revenus, le concept de « revenu » est défini (et l’expression « revenu de transfert » devient celle d’une contradiction, de même que l’usage du mot « revenu » pour désigner le chiffre d’affaires d’une entreprise devient à contre-emploi en français).

3. Seuls les revenus de placement sont en rapport avec le montant monétaire d’un stock.

Ce stock est, bien entendu, celui de l’épargne placée en vue de procurer ce type de revenu. Le stock et le flux d’énergie vitale d’un individu, comme plus généralement de la « ressource humaine », n’ont aucune valeur d’échange marchand et, en conséquence, ne sont pas des grandeurs économiques – des grandeurs spécifiques à la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges.

4. Seul un ratio entre un flux F, autre qu’une marge, et un stock S est une productivité P telle que P = F / S.

Il résulte de cette définition qu’une productivité P mesure ce qu’un stock S a produit ou est susceptible de produire ayant valeur marchande, l’expression de ce flux F de production et de ce stock S étant elle-même exclusivement monétaire.

5. La productivité ainsi définie est une « rotation ».

Ce dernier terme est, à juste titre, souvent utilisé dans ce sens en gestion et en analyse économique.

6. Un rendement par unité physique ou horaire n’est pas une productivité.

Un rendement à l’hectare, un chiffre d’affaires au mètre carré, un tonnage ou un nombre de pièces à l’heure, etc., ne sont pas des productivités au sens univoque ci-dessus attribué à ce concept.

7. Un rendement, mot qui en français évoque l’action de rendre, est un rapport entre un résultat et un moyen mis en œuvre pour l’obtenir.

Le numérateur et le dénominateur de ce rapport sont, bien entendu, différents selon qu’il s’agit, par exemple, du rendement d’une terre agricole, du rendement d’un placement, du rendement de tels gens dans telle activité, du rendement d’une chaudière ou d’un moteur, etc.

8. Un chiffre d’affaires par personne employée ou n’importe quelle autre quantité par tête n’est pas une productivité.

Que cette autre quantité soit monétaire ou physique n’y change rien. Ce que ce genre de ratio mesure est un rendement et non pas une productivité quand cette dernière est conforme à la définition ci-dessus.

9. Cette définition fait de la famille des productivités un sous-ensemble strict de l’infinité des rendements.

La « productivité » dont il est fait de nos jours le plus souvent état ne respecte pas cette définition. Il s’agit, en effet, de chiffre d’affaires ou de valeur ajoutée par personne employée.

10. Il existerait une productivité par « facteur de production ».

Il existe, en vérité, une infinité de rendements. Répétons que les productivités telles qu’ici définies sont un sous-ensemble strict de cette infinité.

11. Examinons le cas d’un agriculteur travaillant seul.

Dans le stock que le travail de cet agriculteur met productivement en œuvre, il y a des machines. Il y a également, parmi d’autres « facteurs de production », un fonds de salaire, partie du fonds de roulement, car l’agriculteur travaillant seul n’en est pas moins économiquement un salarié.

12. Interrogeons-nous.

Quelles parts de la production de cet agriculteur sont respectivement attribuables à son travail, aux machines qui instrumentent ce travail, aux variétés culturales, aux engrais utilisés, à la terre elle-même, au soleil, à l’eau, à telle ou telle masse du bilan, etc. ?

13. Il n’y a pas de réponse à ce genre de question.

Il n’y a pas, en effet, dans un processus de production, mise en œuvre de facteurs indépendamment les uns des autres. Il y a combinaison et c’est la combinaison qui est productive. Que la production considérée puisse ou ne puisse pas être qualifiée de marchande n’y change rien.

Les citations à suivre sont tirées de récents manuels d’économie.

14. Affirmer que la productivité est un « rapport entre un volume ou une valeur de production et une quantité de facteur » rend compte d’une acception.

Cette acception, valant pour tout rendement, n’est pas une définition au sens de ce concept en théorie des ensembles non flous. Le fait qu’aucune propriété spécifique aux rendements appelés « productivités » ne soit spécifiée en atteste.

15. Il est admis que « ce sont les gains de productivité qui permettent d’améliorer le niveau de vie de la population ».

Ces « gains de productivité » sont ceux « obtenus lorsque les entreprises produisent soit plus de biens sans utiliser plus de facteurs, soit autant de biens avec moins de facteurs de production ». Comme cela va être montré dans la suite de ce chapitre, « le niveau de vie d[‘une] population » dépend, en fait, du rapport entre son revenu global, RG, et le stock des placements, SDP, « facteur de production » du RG.

16. Une conception de la création de richesse marchande s’accorde mal avec ce « en fait ».

Dans cette conception, la quantité finie de ressources naturelles borne la production de richesse marchande, vue sous la forme des objets tangibles vendus par les entreprises – la forme des gigantesques entreposages portuaires de conteneurs empilés que le développement du commerce international lui donne.

17. Cette conception est faussée.

Les ressources naturelles sont en quantité limitée à l’exception d’une qui n’est négligeable que par nécessité idéologique : l’intelligence humaine. Qualité et quantité de ce « facteur de production » sont illimitées comme l’est l’utilité, ou valeur d’usage, susceptible de trouver preneur en contrepartie de valeur d’échange sonnante et trébuchante.

18. Une évidence capitale s’en trouve actuellement encore par trop laissée de côté.

Quand ces absences de limite sont prises en compte et quand la richesse marchande est vue sous la forme, non quantifiable à cause de son composant « valeur d’usage » et néanmoins ô combien réel, du pouvoir d’achat moyen par tête de valeur d’usage, cette évidence se dégage d’elle-même. Même en bornant la liberté d’entreprendre par de plus en plus de contraintes quant à l’emploi de toute autre ressource naturelle que l’intelligence humaine, il n’y a pas de limite à la production marchande, comme il n’y en a pas à la production non marchande.

19. La civilisation gagnera au remplacement d’une rengaine par une invitation.

Depuis plusieurs générations, il est seriné à tout bout de champ – et particulièrement à tout début de champ de culture économique et d’initiation au réalisme commercial – que les besoins des hommes sont infinis (et que la finitude des ressources naturelles fait de la rareté le deus ex machina de l’économie, assertion que l’argument précédent fait plus que nuancer). Le remplacement de cette rengaine par l’invitation à prendre acte et à tirer parti du fait que l’accumulation par les hommes de savoirs et de sagesse est sans limite sera une avancée de grande portée.

20. Ce changement de cap a des conséquences morales considérables.

Le constat suivant fait partie de l’accumulation qui vient d’être évoquée. L’économie politique objective tient debout sans que le truisme sur les besoins humains illimités et le sophisme de la rareté universelle en soient des fondations. La conséquence morale est considérable : les mœurs les plus typiques de la société de consommation et l’économisme, arrivé au point d’affirmer que le capitalisme est amoral, sont eux fondés sur ce truisme et ce sophisme.

21. Il revient à la science économique d’apporter une réponse claire à trois questions de fond sur ce qui rend un peuple économiquement prospère.

Ces trois questions sont étroitement liées. Question 1 : un « facteur de production » a-t-il un effet d’entraînement plus initial que les autres afin qu’il y ait élévation du « niveau de vie de la population » avec le minimum d’effets pervers ? Question 2 : un rendement est-il le plus déterminant de cette élévation ? Question 3 : la hausse du revenu total du travail a-t-elle pour plafond la hausse du rendement du travail ?

22. Un « facteur de production » a-t-il un effet d’entraînement plus initial que les autres afin qu’il y ait élévation du « niveau de vie de la population » avec le minimum d’effets pervers ?

Les trois chapitres précédents, successivement sur le capital, le profit et l’emploi, établissent que ce « facteur de production » est la mise en capital, ce dernier concept au sens univoque posé au début du chapitre 5.

23. Un rendement est-il le plus déterminant de l’élévation du « niveau de vie de la population » ?

Oui, poussent à répondre les « sciences économiques » : ce rendement est celui du travail. Cette réponse est aussi celle du patron qui s’échine à rendre le travail assez productif de vente et de marge. Cela ne suffit pas à garantir que cette réponse soit économiquement la plus pertinente.

24. La hausse du revenu total du travail a-t-elle pour plafond la hausse du rendement du travail ?

Non, poussent à répondre les « sciences économiques » : ce plafond est plus bas car le fruit des « gains de productivité », sous-entendu du travail, est à partager. En entreprise, ce partage est entre les clients, les salariés et l’entreprise car c’est cette dernière qui a instrumenté ces gains. Cela semble être de bonne justice distributive. Mais nous allons constater avant la fin de ce chapitre que l’économie de la répartition du revenu global, RG, fait que ce n’est pas commutativement juste.

25. Nombreuses sont les décisions, lourdes de conséquences notamment sur l’emploi, prises eu égard à « la productivité ».

C’est pourquoi il est, pour le moins, souhaitable de faire des productivités un ensemble conforme à ce qu’est une définition en logique mathématique (proposition 1.1). Tant à des fins théoriques que pratiques, c’est en fait méthodologiquement indispensable, faute de quoi toute une part du réalisable économique socialement le plus positif n’est ni observé ni traité pour ce qu’il est.

26. Quelle est, à l’échelle de la macronomie, la productivité qui a le plus grand effet ?

Anticipons sur ce qui va être établi par la suite de ce chapitre. Pays par pays, le ratio macronomique de la famille des productivités qui a le plus grand effet est celui dont le numérateur est le revenu global, RG, et le dénominateur le stock de placements, SDP – dont fait partie le stock national de capital (sur ce dernier concept, argument 1 de la proposition 7.3). Mais pour en arriver à ce qui donne le plus sûrement accès à ce constat, passer par la définition du concept de « profitabilité » s’impose.

8.8. N’appelons « profitabilité » qu’un taux de revenu ou de marge sur flux.

1. Le G de gain est de nouveau utilisé ci-dessous.

Il l’est déjà dans l’argumentation de la définition de la rentabilité, proposition 8.6. Il continue à désigner dans ce chapitre exclusivement un revenu de placement ou une marge, même quand elle est négative.

2. Notons P’ toute profitabilité.

L’argumentation de la proposition précédente attribue la notation générique P à la productivité.

3. Seul un ratio entre un revenu ou une marge G et un flux F est une profitabilité P’ telle que P’ = G / F.

Tout rapport entre un revenu ou une marge G et un stock S est une rentabilité R telle que R = G / S et non pas une profitabilité P’ telle que P’ = G / F.

4. Les montants monétaires qui déterminent ces trois ratios sont eux-mêmes au nombre de trois.

La conséquence, en sus d’être algébriquement évidente, x / y = z / y fois x / z, est économiquement de si grande portée qu’il y a du réel essentiel négligé dans une initiation à l’économie qui n’en fait pas état.

5. Les numérateurs, notés G, d’une rentabilité et de la profitabilité qui lui correspond sont les mêmes.

Le dénominateur d’une rentabilité, noté S, est le même que celui de la productivité qui lui correspond. Cette dernière a pour numérateur, noté F, le dénominateur de la profitabilité qui lui correspond. L’application de la règle de trois qui s’en trouve établie est, avec ces notations : G / S = F / S fois G / F.

6. Il y a une bonne habitude à prendre.

Elle consiste à se poser la question suivante. Dès qu’un ratio a pour numérateur un revenu, dont notamment du profit, ou une marge, dont notamment du bénéfice d’entreprise, s’agit-il, certainement ou probablement, d’une rentabilité ou d’une profitabilité ou, faute d’indication sur le dénominateur, des deux à la fois ?

7. Deux usages sont notamment à éviter.

L’un consiste à dire d’un taux de profit sur capital qu’il mesure une profitabilité au lieu de dire qu’il mesure une rentabilité. L’autre consiste, inversement, à dire d’un taux sur la valeur-prix ou la valeur-coût de ventes qu’il mesure une rentabilité.

8. L’économie n’est pas qu’une affaire de mots.

Elle en est cependant une aussi. Un petit nombre de mots clés utilisés de façon trop imprécise donnent le sentiment tantôt d’une complexité qu’une terminologie plus précise dissipe sur toute une série de points élémentaires, tantôt d’une simplicité dont la fausseté fait commettre des erreurs d’analyse et de politique économiques.

8.9. Appelons « relation RPP’ » le fait que toute rentabilité est égale à une productivité multipliée par une profitabilité.

1. Résumons les trois précédentes définitions.

Avec R pour rentabilité ; P pour productivité ; P’ pour profitabilité ; G, de gain, pour un montant exprimé en quantité de monnaie d’un revenu ou d’une marge ; S pour un montant exprimé en quantité de monnaie du stock ayant permis d’obtenir G ; F pour un montant exprimé en quantité de monnaie de vente, qui est un revenu de la propriété quand S est un placement effectué par un épargnant :1

R = G / S

P = F / S

P’= G / F

2. G / S = (F / S) * (G / F).

Toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée [*] par une profitabilité P’ et seule une rentabilité a cette propriété. Cet énoncé définit ce que nous proposons d’appeler la « relation RPP’ ».

3. La relation RPP’ est ce que met au jour de plus général la relation de Brown (3 de 8.5).

Postérieurement, l’économiste anglaise Joan Robinson a fait usage de cette relation. Mais ce fut hors du contexte de la théorie du capital et de la théorie du profit exposés aux chapitres 5 et 6, ainsi que sans entrer dans les considérations suivantes.

4. Aux trois étages de la pyramide des échelles économiques, la relation RPP’ est active.

L’étage du bas de cette pyramide est celui de la micronomie. L’étage intermédiaire est celui de la mésonomie. L’étage du haut est celui de la macronomie.

5. L’échelle de la micronomie est celle des produits vendus par les entreprises.

À cette échelle, les rentabilités R, les productivités P et les profitabilités P’ sont directes, c’est-à-dire avant toute répartition de coûts communs et, pour les rentabilités R et les productivités P, l’actif à prendre en considération est lui aussi direct (les concepts de marge directe et d’actif direct sont définis au chapitre 12).

6. L’échelle de la mésonomie est celle de l’entreprise.

À cette échelle, les rentabilités R sont celles du capital et de l’ensemble des actifs de l’entreprise. Les productivités P sont les rapports entre les ventes à valeur-prix (chiffre d’affaires) ou à valeur-coût (prix de revient) et le capital ou les actifs (numérateur identique dans les deux cas). Les profitabilités P’ sont celles de ces mêmes ventes.

7. L’échelle de la macronomie est celle du revenu global et de sa répartition.

Avec : RG revenu global ; RP revenu total des placements ; RT revenu total du travail = RG – RP ; SDP stock des placements ; RDP rentabilité des placements = RP / SDP ; PDP productivité des placements = RG / SDP ; P’RG profitabilité du revenu global = RP / RG ; à l’échelle de la macronomie nationale et régionale (supranationale, infranationale) la déclinaison de la relation RPP’ est :

RDP = PDP * P’DP

RP / SDP = (RG / SDP) * (RP / RG)

8. Les relations RPP’ sont myriades.

C’est en milliards, voire en milliards de milliards, que se compteraient, s’il était possible de procéder à un tel dénombrement, les relations RPP’ actives ou potentiellement actives dans l’économie d’un pays et d’une région supranationale.

9. Cela fait penser aux synapses d’un immense système nerveux stimulant et régulant les alvéoles d’un gigantesque poumon.

Aucun dirigisme, même équipé de toute la batterie d’ordinateurs et de bases de données qu’on voudra, ne peut être aussi régulateur et stimulateur dès lors que des soins assez diligents sont apportés au bornage de la liberté d’entreprendre par la liberté de choisir.

10. Toute rentabilité R est égale au produit d’une productivité P et d’une profitabilité P’ : R = P * P’.

Il n’en résulte pas que toute rentabilité R est complètement ou principalement déterminée par un tel produit.

11. Toute profitabilité P’ est égale au quotient d’une rentabilité R et d’une productivité P : P’ = R / P.

Il n’en résulte pas que toute profitabilité P’ est complètement ou principalement déterminée par un tel rapport.

12. Toute productivité P est égale au quotient d’une rentabilité R et d’une profitabilité P’ : P = R / P’.

Mais existe-t-il une seule productivité P qui soit complètement ou principalement déterminée par ce rapport ?

8.10. Trois variables déterminent le revenu total du travail : le revenu global, la rentabilité et la productivité des placements.

1. La détermination du revenu total du travail, RT, doit s’entendre pays par pays.

Cette limite géographique est une conséquence de la nature des variables de cette détermination. Tout ce qui rend une population plus ou moins adroitement industrieuse agit sur ce qu’est le revenu global par tête pour elle, ce revenu par tête étant toujours susceptible d’être peu ou prou différent d’un pays à l’autre.

2. Avec « = » signifiant « est déterminé par », nous avons montré que RT = RG – RP.

Rappelons que c’est la problématique, arguments 1 et 2 de 8.2, sur longue période de la répartition du revenu global qui est ici d’abord prise en considération.

3. Par définition de la rentabilité des placements, RDP, le revenu total des placements, RP, est égal à la multiplication de RDP par le montant du stock des placements, SDP.

RP = RDP * SDP

Comme par définition de la productivité des placements, PDP :

SDP = RG / PDP

RP = RDP * (RG / PDP)

4. Puisque RT = RG – RP :

RT = RG – (RDP * (RG / PDP))

le revenu total du travail, RT, est déterminé par une différence dont les variables sont le revenu global, RG, la rentabilité des placements, RDP, la productivité des placements, PDP. Cqfd.

5. De l’équation RT =RG – (RDP * (RG / PDP)) se déduisent tous les cas de progression, de stagnation et de régression du RT.

Il y a notamment une hausse du revenu total du travail RT, quand il y a hausse du revenu global RG, stabilité de la rentabilité des placements RDP, hausse de la productivité des placements PDP.

8.11. La tendance de longue période de la rentabilité des placements est à la stabilité.

1. Cette tendance a pour cause les refus indiqués plus haut.

Ce plus haut est la proposition 8.3. Le libéralisme politique, avec en particulier le droit reconnu aux salariés de se syndiquer et de faire grève, augmente les moyens de manifestation de ces refus.

2. La relation EPCE n’en fait pas moins osciller la RDP autour de sa tendance à la stabilité sur longue période.

Le raisonnement laisse attendre que le plein exercice de la relation EPCE, chapitre 7, réduit la durée entre les hauts et les bas des oscillations de la RDP autour de sa tendance à la stabilité.

3. Des décrochages de bande d’oscillations peuvent survenir.

Il y a un tel décrochage, en profil de marche de marche d’escalier, quand la tendance de longue période de la RDP passe de x % à y % avec y assez nettement supérieur ou inférieur à x.

4. Ces décrochages sont à raison d’une fonction des rentes.

Il résulte des arguments 6 et 7 de la proposition 8.2 que cette fonction est de nature à faire en sorte qu’il faille de la très longue période pour constater l’un de ces décrochages. Il en résulte aussi que cette fonction n’est pas de nature à compromettre la tendance à la stabilité sur longue période de la RDP. Les rentiers en tant que tels n’ont pas intérêt à ce que les salariés et les clients des entreprises, respectivement en tant que tels, voient se réduire comme peau de chagrin les revenus du travail : la montée du mécontentement qui en résulterait leur serait préjudiciable.

5. La tendance à la stabilité sur longue période de la RDP est relative.

Elle est relative à la tendance sur longue période de la productivité des placements, PDP, qui par le rapport RDP / PDP détermine la profitabilité du revenu global, P’RG.

[6. Une flèche horizontale, orientée vers la droite, représente trop approximativement la tendance de la RDP.

Mieux vaut que la tige de la flèche soit ondulée. Quand nous disposerons de ce dessin, il conviendra de le faire figurer dans le tableau qui, plus loin, se trouve en argumentation de la proposition 8.13.]

8.12. La tendance de longue période de la productivité des placements est à la hausse.

 

1. Les innovations techniques qui ont pour effet d’élever des rendements sont une cause de cette hausse.

C’est si connu et avéré qu’il n’est pas ici la peine d’y insister. Gardons cependant présent à l’esprit que parmi les techniques qui élèvent des rendements, il y a celles de commercialisation et d’administration, avec pour instruments des ordinateurs reliés par des réseaux… dont désormais un réseau de réseaux où Teilhard de Chardin aurait vu un nouveau grand instrument de « l’hominisation » qu’il a théorisée.

2. L’essor fulgurant de cette instrumentation a incité à faire grand cas de « l’économie de la connaissance ».

La pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges, à savoir l’économie telle que définie au premier chapitre de ce traité, exploite du savoir accumulé depuis qu’elle est apparue aux temps préhistoriques. L’accélération de cette accumulation ne change fondamentalement rien à ce qui rapproche ou éloigne l’économie pratiquée de l’économie de plein-échange.

3. Les améliorations de qualité contribuent à la hausse de la PDP.

Les besoins des chalands, et partant la concurrence entre les offreurs à titre marchand, portent sur les rapports entre qualités et prix. Les améliorations de qualité, plus que proportionnelles aux différentiels de prix des offres comparées, élèvent la PDP. Dans le numérateur qui détermine la PDP rentre, en effet, le revenu total du travail, RT. Plus de qualité nécessite plus de qualifications professionnelles que les entreprises ne parviennent à mobiliser qu’en procurant des salaires assez élevés à cette fin.

4. La hausse de la PDP s’accompagne de plafonnements de productivités mésonomiques.

Un exemple de ces plafonnements est la location d’un espace foncier. L’entreprise que cette location constitue a pour profitabilité P’ le rapport entre le profit qu’elle procure et le loyer ; pour productivité P le rapport entre le loyer et la valeur vénale du bien loué ; pour rentabilité R, le rapport entre le profit et la valeur vénale du bien loué. Quand l’assainissement permanent de l’économie de marché à laquelle cette entreprise appartient n’est pas trop déréglé, ces trois termes de la relation RPP’ sont stables.

5. Il en va de même de productivités micronomiques.

Des rotations de stock de marchandise vendue par des entreprises ont des limites physiques qui ne peuvent être éliminées qu’en supprimant le stock. Mais alors il en résulte des services qui, n’étant plus fournis, en viennent tôt ou tard à l’être par d’autres entreprises dont les prix de ces fournitures comportent le coût du stockage qu’elles rétablissent.

6. Les plafonnements de productivité ne touchent pas les entreprises qui exploitent un espace foncier.

Dans ces entreprises entrent celles qui sont d’exploitation agricole ou forestière. Dès lors que cette exploitation, avec ses propres bilans et comptes de résultat, se trouve dans un pays d’évolutions techniques qui font croître des rendements, sa productivité P est vouée à croître asymptotiquement et sa profitabilité P’ à décroître de même.

7. Les rendements décroissants ne freinent pas ipso facto la hausse de la productivité des placements, PDP.

Les rendements décroissants, en exploitation de gisements par exemple – fait différent des rendements qui croissent de moins en moins – augmentent, là où il est inévitable ou devenu viable de les assumer, des investissements à consentir et des augmentations de coûts. Diversifications de productions et de débouchés aidant, au moins un parallélisme entre ces augmentations et la hausse des prix de ces fournitures s’établit tôt ou tard. De plus, au mieux en contribution positive à la hausse générale de productivité telle qu’ici définie, des augmentations de qualité de ces fournitures par rapport à d’autres qui leur sont substituables sont obtenues ou finissent par l’être.

8. La concurrence ne fait pas que stimuler la hausse de rendements.

Elle stimule tout autant les diversifications et les ouvertures de débouchés. À leur moyen de nouvelles contributions au ralentissement ou à l’accélération de la hausse générale de productivité sont fournies.8

9. L’augmentation du pouvoir d’achat des salaires fait partie de l’aspiration primordiale (7.1).

C’est, en outre, avec un plus grand poids des bas et moyens salaires parce que c’est eux qui concernent le plus directement la plus grosse partie de la population tirant revenu de son travail.

10. Le désir de cette augmentation contribue à la hausse de la productivité des placements, PDP.

La causalité dont l’équation RT = RG – (RDP * (RG / PDP)) rend compte est connue des populations qui ont vécu, et continuent à vivre, le dépassement par les bas salaires de leurs niveaux si misérables que la durée de vie s’en trouve sensiblement réduite. Par cette expérience, ces populations sont disposées aux myriades d’initiatives entrepreneuriales qui contribuent à la hausse de la PDP.

11. « C’est nous qui faisons croître la productivité des placements ».

« C’est nous et tous les autres salariés des entreprises, au moyen des infrastructures publiques et d’autres fonctions régaliennes, sous l’aiguillon de la concurrence et pour le bien commun, qui sommes moteurs de la croissance de la productivité des placements ». Les entrepreneurs ont économiquement raison de penser ainsi et de le faire savoir alors qu’ils ont tort de croire et donner à croire que les entreprises sont créatrices de richesse marchande, et à plus forte raison les seules créatrices (la raison de ce tort est plus avant rappelé dans l’argumentation de la proposition 8.15).

12. La hausse de la PDP est pérenne sur très longue période.

Les causes multiples de hausse de la PDP ont pour conséquence que, dans les pays où le revenu par tête est le plus élevé, le remplacement sur longue période de la tendance à la hausse de la PDP par une tendance à la stabilité ou à la baisse est très peu probable.

13. Il y a cependant d’un pays à l’autre des pourcentages de hausse de la PDP pouvant aller temporairement plus que du simple au double.

On ne peut pas s’attendre, en économie ouverte, à ce que la PDP d’un pays A, où le revenu par tête est actuellement nettement plus élevé que dans un pays B, puisse ordinairement s’élever autant en A qu’en B. En tout état de cause, la même augmentation en équivalent monétaire du pouvoir d’achat du revenu par tête en A qu’en B fait un plus faible taux de croissance en A qu’en B. Sous l’effet d’une moindre hausse de la PDP le revenu par tête d’habitant du pays A ne peut ordinairement plus augmenter en pourcentage autant que celle du pays B dans sa phase d’émergence.

14. Le libre-échange en commerce international crée et entretient la tendance à l’égalisation vers le haut des PDP nationales.

Il le fait en exposant à d’autant moins de crises, dont des guerres, et d’incessantes interventions palliatives de déséquilibres exponentiels de balances commerciales, qu’il est placé en prolongement du plein-échange marchand à usage domestique.

Cette perspective n’implique pas l’uniformisation de toutes les mœurs. Au contraire, trop de cette uniformisation réduit la qualité et la variété de ce que le génie humain produit.

[15. Une flèche montante, orientée vers la droite, représente trop approximativement la tendance de la PDP.

Mieux vaut que la tige de la flèche soit ondulée. Quand nous disposerons de ce dessin, il conviendra de le faire figurer dans le tableau qui se trouve en argumentation de la proposition suivante.]

8.13. La tendance de longue période de la profitabilité du revenu global est à la baisse.

1. Cette baisse résulte des tendances respectives de la RDP et la PDP.

Puisque les équations :

RDP = PDP * P’RG

P’RG = RDP / PDP

sont toujours satisfaites par les définitions dont elles procèdent, la tendance à la stabilité de la rentabilité des placements, RDP, et la tendance à la hausse de la productivité de ces mêmes placements, PDP, ont pour conséquence la tendance à la baisse de la profitabilité du revenu global, P’RG. Cqfd.

2. Le tableau suivant illustre cette loi économique de toute première importance.

Tendances de longue période

Rentabilité
RDP
RP / SDP =

Productivité
PDP
(RG / SDP) *

Profitabilité
P’RG
(RP / RG)

Flèche
horizontale
à tige
ondulante,
pointe à droite

Flèche
montante
à tige
ondulante,
pointe à droite

Flèche
descendante
à tige
ondulante,
pointe à droite

 

3. Quand ces ratios sont exprimés en pourcentage, la P’RG est le complément à 100 du revenu total du travail, RT, rapporté au revenu global, RG.

Puisque, avec RP pour le revenu total des placements RT = RG – RT :

(RT / RG) *100 = 100 – ((RP / RG)*100)

Le pourcentage (RP / RG) * 100 étant une expression de la P’RG, il est le complément à 100 du pourcentage du RT par rapport au RG, (RT / RG) *100. Si par, par exemple, la P’RG est de 15 %, le RT est de 85 % du RG.

4. La baisse du pourcentage du RP par rapport au RG est compatible avec une hausse en valeur absolue du RP.

Il peut fort bien y avoir, notamment, une hausse du revenu total des placements, RP, moins que proportionnelle au revenu global, RG. Alors le poids du RP dans le RG baisse cependant que non seulement le poids du RT dans le RG augmente mais aussi que la hausse du RT est plus que proportionnelle à celle du RG.

5. Schématiquement, les évolutions respectives de RG, RP et RT en valeur absolue et relative sont normalement les suivantes.

[Ce schéma, destiné à prendre place ici, comporte l’un à côté ou au dessous de l’autre deux cercles. Le premier est le revenu global en début de longue période, le second le revenu global en fin de longue période. Les légendes l’indiquent.

La surface du premier cercle est plus petite que la surface du second : RG a augmenté. Deux traits joignent les centres de ces cercles à leur circonférence. Cela fait deux tranches très inégales dont l’une représente le RP et l’autre le RP. Celles de ces tranches qui représentent le RP en début et fin de période sont nettement plus petites que celles qui représentent le RT en début et fin de période. La surface de ces tranches est moins augmentée en fin de période que la surface des cercles. Les angles aigus qui ont pour sommets les centres des cercles sont plus petits en fin de période qu’en début.7

Un exemple numérique se trouve en argumentation de la proposition suivante.]

6. Cette normalité entretient une supériorité durable.

Cette supériorité est celle de l’augmentation du revenu total du travail, RT, non seulement par rapport à l’augmentation du revenu total des placements, RP, mais aussi à l’augmentation du revenu global, RG.9

7. Tourner le dos à cette normalité est fautif.

Il n’y a peut-être pas d’estimation économique fausse plus dommageable socialement que celle affirmant, explicitement ou implicitement : il est dans le cours naturel du capitalisme de maximiser le revenu du capital moyennant la compression du revenu du travail. Et il n’y a peut-être pas d’enseignement économique de plus grande portée politique que celui qui, démonstration à l’appui de ce qu’il en est, dénonce cette erreur.

Si le revenu total du travail s’approchait de trop près du revenu global, la stagnation puis la contraction de ce dernier faute d’assez de nouveaux placements entraînerait celle du premier. Cela se produirait avec la circonstance aggravante d’avoir à restaurer un revenu total des placements suffisant.

8.14. La dynamique de la répartition du revenu global rend possible la maximisation du revenu total du travail.

1. Quand y a-t-il maximisation ?

Tout au long du présent traité, il est convenu de dire qu’il y a maximisation d’un des termes d’une relation quand son augmentation tend à être normalement supérieure à celle de chacun des autres termes.

° Le modèle d'économie libérale issu des propositions de Léon Say

2. La productivité des placements, PDP, est le terme maximisé d’une relation.

Les trois précédentes propositions établissent qu’il y a normalement, notamment au moyen d’un assez ferme asservissement de la liberté d’entreprendre à la liberté de choisir, maximisation de la PDP relativement à la RDP et à la P’RG, avec leurs tendances de longue période respectivement à la stabilité et à la baisse;

3. L’argumentation de la précédente proposition démontre que la maximisation du revenu total du travail, RT, est possible.

Cette maximisation possible est non seulement par rapport au revenu total des placements, RP, mais aussi, contrairement à ce qui reste de nos jours souvent estimé, par rapport au revenu global, RG. Sa principale contrainte est la suffisance du revenu total des placements, RP.

4. Illustrons numériquement la dynamique de la répartition quand elle maximise le revenu du travail, RT.

Utilisons pour cette illustration numérique un tableau comportant le rappel de la signification des abréviations et des formules employées dans ce chapitre :

 

Année

Variation

 

 

 

en %

RDP

 

 

 

PDP

 

 

 

P’RG

 

 

 

SDP

 

 

 

RG

 

 

 

RP

 

 

 

RT

 

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

5

5. Considérons une période de 40 ans.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

 

 

 

PDP

 

 

 

P’RG

 

 

 

SDP

 

 

 

RG

 

 

 

RP

 

 

 

RT

 

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

 

6. Entrons quatre données relatives à l’année 1.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

 

 

 

PDP

 

 

 

P’RG

 

 

 

SDP

200

 

 

RG

300

 

 

RP

20

 

 

RT

280

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

Ces données sont cohérentes : 300 – 20 = 280.

7. Calculons les valeurs relatives de l’année 1.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

10,00 %

 

 

PDP

1,5

 

 

P’RG

6,67 %

 

 

SDP

200

 

 

RG

300

 

 

RP

20

 

 

RT

280

 

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

RDP % = (‘20 / 200) *100 ;

PDP = 300 / 200 ;

P’RG %= (20 / 300) *100.8

8. Renseignons la colonne « Année 40 ».

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

10,00 %

10,00 %

 

PDP

1,5

2

 

P’RG

6,66 %

5,00 %

 

SDP

200

250

 

RG

300

500

 

RP

20

25

 

RT

280

475

 

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

Les chiffres de l’année 40 sont aussi cohérents entre eux que ceux de l’année 1.

 

9. Calculons les variations de l’année 1 à l’année 40.

 

Année

Variation

 

1

40

en %

RDP

10,00 %

10,00 %

0

PDP

1,5

2

+ 33

P’RG

6,66 %

5,00 %

– 25

SDP

200

250

+ 25

RG

300

500

+ 66

RP

20

25

+ 25

RT

280

475

+ 70

– Abréviations et formules –

RDP : rentabilité des placements = (RP /SDP) * 100, PDP : productivité des placements = RG / SDP, P’RG : profitabilité du revenu global= (RP / RG)  * 100, SDP : stock des placements, RG : revenu global, RP : revenu total des placements, RT : revenu total du travail = RG – RP

Dans les revenus, la variation la plus importante est celle du revenu total du travail, RT.10

 

10. Dans deux cas la croissance du revenu global, RG, n’a plus qu’un seul moteur.

L’un est celui dans lequel, pour un quelconque complexe de raisons, la productivité des placements, PDP, est stagnante. Alors la croissance du RG n’est plus dépendante que de celle du stock de placements, SDP.

L’autre cas est inverse. Le SDP stagne alors que la PDP continue à croître.

 

11. La prescription de la croissance zéro du revenu global, RG, est liberticide.

Par définitions, le revenu global, RG, est égal à la multiplication du stock de placement, SDP, par la productivité des placements, PDP. Pour que sur longue période la croissance de RG soit nulle, un corps social qui a été apte à faire croître son revenu global doit être contraint par des privations de liberté ou à n’augmenter ni son SDP ni la PDP qui va avec ou à compenser la hausse de l’une de ces deux grandeurs par la baisse de l’autre.

12. La prescription de la décroissance du revenu global, RG, est encore plus liberticide.

La camisole de force passée au corps social doit être telle que le produit de la multiplication du stock des placements, SDP, par la productivité des placements, PDP, baisse. Le moyen le plus sûr d’y parvenir est de faire en sorte que les deux baissent. C’est terrifiant à cause de ce que cela suppose.

13. La maximisation du revenu total du travail, RT, ne peut se produire qu’au moyen de deux hausses et d’une suffisance.

Ces deux hausses sont celles de la productivité des placements, PDP, et du stock de placements, SDP. La suffisance est celle du revenu total des placements, RP : il lui faut être aussi élevé que le plein exercice de la relation EPCE et la fourniture de rentes le demandent.

14. La maximisation du revenu total du travail, RT, ne peut pas être concomitante à la maximisation du revenu total des placements, RP.

Sous-emploi et concentrations et déficits budgétaires aidant, la recherche réussie de toujours plus de rentabilité des placements, RDP, freine l’augmentation du revenu total du travail, RT, voire la renverse en une diminution. Ce freinage ou cette diminution sont d’autant moins brefs et plus sévères que l’exercice de la relation EPCE est entravé lourdement et probablement plus que par un endettement public exponentiel.

15. La prémisse du maximum de profit est incohérente avec ce que la dynamique de la répartition rend possible.

Cette prémisse fait entrer dans une pétition de principe qui ferme à la reconnaissance de ce que la relation EPCE et la dynamique de la répartition rendent possible. Si ce n’était pas le cas, il faudrait attribuer au hasard le fait que cette reconnaissance non seulement soit encore si peu répandue mais aussi qu’elle a nettement reculé depuis la première guerre mondiale.

16. Tant que cette prémisse aura cours, on ne répétera jamais trop qu’elle est pseudo libérale.

Elle est pseudo libérale car elle attribue d’office aux propriétaires et dirigeants d’entreprises « capitalistes » une motivation à laquelle ils ne sont pas forcément enclins et qui, en tout état de cause, relève de leur libre-arbitre – de leur responsabilité qui n’a pas à être atténuée par le colportage depuis le café du commerce d’un déterminisme tenu intangible par idéologie (enfermement dans une vue partielle et partiale et pétrie d’imaginaire du réel).

17. Tant que cette prémisse pseudo libérale aura cours, on ne répétera aussi jamais trop qu’elle est boiteuse.

Elle est boiteuse car quand des patrons, cadres et administrateurs de société ont en vue un maximum de ce genre, il porte non pas sur les « dividendes », ou leur équivalent dans les entreprises en nom propre, mais sur les bénéfices d’où ils peuvent tirer de substantiels intéressements qui augmentent la rémunération de leur travail – les jetons de présence en sont.

18. Tant que cette prémisse pseudo libérale et boiteuse aura cours, on ne répétera enfin jamais trop qu’elle est non discriminante.

Elle est non discriminante parce que tous les travailleurs ont dans leurs buts des salaires plus élevés, comme tous les acheteurs ont dans les leurs du moins cher à qualités identiques. C’est le B A BA : 1) en économie de marché bien réglée, les buts des coéchangistes sont tenus à parité ; 2) en économie politique objective, ces buts ne sont pas principalement pris en considération parce qu’ils ne sont pas spécifiques aux échanges marchands : l’appétit de pouvoir d’achat est de même nature que l’appétit de pouvoir tout court ; pour se faire de l’argent, il y a les transferts qu’on se fait accorder ou qu’on s’octroie par divers moyens dont le jeu et le vol ; nos impulsions et nos répulsions ont les mêmes ressorts dans toutes nos activités ; l’économiste en tant que tel ne trouve pas dans sa discipline, quelle qu’en soit la version, des lumières sur la condition humaine cachées à d’autres investigations ou inaccessible par d’autres spéculations.

19. Une politique économique maintenue, au prétexte de la prétendue loi d’airain du maximum de profits, sous la coupe des idéologies qui vont avec est entachée de paralogismes et de sophismes.

Ces fautes de raisonnement, commises de bonne foi (paralogisme) ou généralement de mauvaise foi (sophisme), poussent vers une représentation inversée ou obscurcie de la dynamique normale de la répartition du revenu global. Cette inversion ou cet obscurcissement, exploitable à des fins idéologiques gauchères ou droitières, n’ayant pas de fondement objectif, la politique économique qu’elle inspire lèse, par son manque de pertinence, des intérêts légitimes du peuple qui en retour dégrade l’estime dans laquelle il tient les politiques et la politique.

20. Les évolutions divergentes du RT et du RP sont expérimentalement vérifiées.

Dans un pays comme la France métropolitaine, le salaire moyen ou médian, exprimé en kilos de pain de ménage ou en nombre de consultations d’un médecin généraliste, respectivement en 1800 et en 2000, approche de près ce qu’y a été en deux siècles la variation du revenu total du travail, RT. Cette variation positive est sans commune mesure avec ce qu’a pu être celle, pour autant qu’elle ait été positive, de la rentabilité des placements, RDP, sur la même période. Pour que ce ne soit pas le cas, il faudrait que si, par exemple, le salaire moyen ou médian exprimé en kilos de pain de ménage ou en nombre de consultations d’un médecin généraliste a été multiplié par 50, la RDP soit de 1800 à 2000 passé de 3, 5 ou 7 % l’an à un ordre de grandeur de 150, 250 ou 350 % l’an.

21. La maximisation du revenu total du travail, RT, participe à la satisfaction de l’aspiration primordiale.

Le capital, les autres sortes de placements rémunérés de l’épargne, les entreprises, les marchés, les impôts à raison de leurs emplois régaliens, sont des moyens de donner plus grand effet au travail humain. Le corps social sera d’autant plus prêt à l’admettre complètement que ses économistes s’accorderont enfin sur le fait que la maximisation du revenu total du travail est un résultat normal de l’économie de marché.23

22. La marchandise primaire étant le travail en tant que produit d’une dépense d’énergie humaine, une normalité en découle.

La théorie de la répartition ci-dessus exposée dégage du fouillis des faits tout un pan de cette normalité. Le plein jeu des échanges marchands maximise le revenu total du travail, sous contrainte de la suffisance du revenu total des placements. Il le fait d’autant mieux que sa compréhension par ceux qui ont le pouvoir de participer à sa configuration procède davantage de celle cultivée par l’économie politique objective que par sa parente collatérale fondamentalement subjective, axée sur des comportements que les hommes adoptent dans toutes leurs activités au lieu de l’être sur ce qui est spécifique à la pratique des échanges marchands et des transferts de termes de ces échanges.

23. La thèse qu’il n’y a globalement justice commutative qu’à une condition générale paraît pouvoir être soutenue.

Cette condition est l’installation de la répartition du revenu global dans son cours normal, par toute une série de mesures d’organisation économique, dont des démantèlements. Faute, en effet, que ces mesures aient été assez complètement prises – l’argument 4 de la proposition suivante renvoie à des prescriptions concrètes et systémiques –, le travail contre rémunération, globalement considéré, reste trop exposé à une spoliation par la propriété procurant du revenu, elle aussi globalement considérée.

24. Une autre source de spoliation pose un problème de justice distributive.

Au nom de la solidarité nationale, les revenus sont exposés à un alourdissement chronique des impôts qui directement et indirectement les frappent. La dynamique normale de la répartition ne justifie pas cet alourdissement chronique. Comme nous allons le voir au chapitre suivant, une autre répartition, elle du revenu total du travail en salaires individuels, ne le justifie pas davantage, pour autant que cette autre répartition soit expurgée des illusions qui masquent sa réalité et bloquent sa gestion lucide.

25. L’aversion pour le rentier est contreproductive.

Exploitée par Keynes, restant jusqu’à présent à tout instant idéologiquement exploitable, cette aversion conduit à se tromper beaucoup sur l’emploi, la répartition du revenu global, la répartition du revenu total du travail en salaires individuels (chapitre suivant). Le résultat est que là où, avec les rentiers que cela implique et qui sont désormais par ailleurs en règle générale travailleurs rémunérés pendant tout un long temps de leur vie, – là où il faudrait plus de capital, il n’y en a pas assez, principalement dans les petites et moyennes entreprises. Beaucoup de néfaste financièrement et socialement en résulte.

26. La retraite par « répartition » est nommable autrement.

Dans l’économie dite de la retraite par « répartition », il y a transferts provenant des cotisants et allant aux pensionnés en faisant de ces derniers une sorte de rentiers à titre viager. C’est pourquoi il est plus conforme aux faits de parler de retraite par transferts – tout en reconnaissant, c’est plus qu’un détail, que ce type de retraite procure à ses bénéficiaires un vrai revenu de la simulation de placement que les cotisations payées pour acquérir ce droit ont constituée.

27. À ce type de retraite, on oppose la retraite dite « par capitalisation ».

Mais elle aussi peut être plus exactement désignée. On veut dire qu’elle est par accumulation au moyen de placements, lesquels ne sont pas forcément tous en capital (chapitre 5) bien que rien d’anti économique ne s’y oppose. On veut aussi signifier que ce type de retraite se constitue possiblement par accumulation exponentielle – possiblement car dans une société où on fait grand cas des responsabilités individuelles, c’est à qui constitue sa rente de disposer librement de ses fruits.

28. Il y a plus simple : parler de retraite par placements.

C’est plus homogène avec ce qu’enseigne l’économie politique objective sur le capital, le profit, l’emploi, la répartition du revenu global, le salaire.

29. Les disparités d’enrichissement par héritage sont atténuées par l’impôt sur les successions.

Il faut le rappeler au sujet des retraites par placements. Ces derniers et les rentes qui vont avec sont transmissibles par legs alors que les retraites par transferts sont viagères. Mais ce que peut représenter de socialement nécessaire l’impôt sur les successions n’enlève évidemment rien aux règles à respecter pour réduire le risque d’un prélèvement fiscal global trop élevé.

30. L’une de ces règles est de voir dans tout impôt – toute taxe – un élément d’une masse de recettes finançant une masse de dépenses.

Voir dans un impôt, tel que celui sur les successions, une recette affectable à telle ou telle dépense publique s’en trouve écarté. Quand on veut bien réfléchir à ce que cette mise à l’écart implique en matière d’annonces et d’actes politiques, on s’aperçoit que son importance est considérable.

31. Le potentiel de bienfaits sociaux des retraites par placements est supérieur à celui des retraites par transferts.

Outre que les transferts obligatoires exposent à un alourdissement du fardeau fiscal et « social » que la justice distributive ne légitime pas (argument 24 ci-dessus), les placements en capital strictement dit sont le moyen le plus sain de créer de l’emploi (chapitre 7) et d’installer solidement dans une répartition du revenu global qui maximise le revenu total du travail. Bien des sociétés, dont la française, rechignent par atavisme à le reconnaître. Un remède de bonne médecine est pour elles d’oser se projeter dans l’économie de plein-échange.

32. La théorie de la répartition du revenu global ci-dessus exposée instrumente cette projection.

Elle le fait au moyen d’un appareil terminologique cohérent avec ce qui la précède et la suit dans ce traité – dans « terminologique », il y a le suffixe « -logique » qui sert à former des adjectifs relatifs à une science ou à une façon de parler : c’est beaucoup car il faut à une science digne de ce nom un « langage bien fait » comme avec une grande clairvoyance Condillac l’a vu – un langage brodé dans le droit fil de l’étymologie qui lui est propre et de la philologie que ses plus beaux écrits déclinent. Cela permet à ceux qui veulent en faire l’effort de se projeter dans l’économie seule à même de procurer le plus possible de satisfaction de l’aspiration primordiale (proposition 7.1).

33. Cette économie est de plein-échange.

Les considérations ci-dessus sur la retraite par placements, donc par échanges marchands, versus la retraite par transferts, font partie de celles qui conduisent à constater que, contrairement à la réputation souvent au moins en partie sulfureuse bien au-delà des cercles altermondialistes du « capitalisme » (pas au sens proposé en 5.11), cette économie est riche d’un potentiel social encore trop peu exploité parce qu’elle est ourdie de justice commutative et distributive.

34. Cette trame vaut aussi à l’international.

L’étude de cette économie pousse à se demander si autant que possible de libre-échange loyal entre pays et groupes de pays se peut sur longue et très longue période sans que leurs économies respectives convergent vers des pratiques identiques ou très proches des principes du plein-échange marchand, et ce quand bien même au départ les revenus par habitant sont très différents. Plus avant dans le présent ouvrage, le chapitre sur la monnaie examine cette question dont il est inutile de souligner l’importance commerciale, géopolitique et humanitaire.

 

8.15. Le revenu global vient au premier rang des agrégats macronomiques les plus significatifs.

1. N’appelons pas ça « revenu ».

Le ça est la pseudo définition qui se trouve dans des précis de vocabulaire économique à : « Revenu. Ressources monétaires nouvelles qui permettent de consommer sans s’appauvrir, à patrimoine constant ». C’est ainsi qu’on en vient à faire l’amalgame des revenus et des transferts, notamment en usant de la dénomination « revenu de transfert », contradictoire en français manié en fonction des réalités qui l’on façonné.

2. En économie politique objective, c’est par définitions qu’un revenu n’est pas un transfert.

C’est aussi par définition que, contrairement à ce que donne à entendre la citation ci-dessus, tout ou partie d’un revenu peut être par troc. Un cas dans lequel cela se pratique encore couramment est celui des fractions de salaire entier qui sont des « avantages en nature ».

3. Des échanges marchands sont inévitablement vecteurs de transferts sous la forme de plus-values et de moins values.

Parmi ces échanges, outre ceux qui portent sur des tableaux de maître et d’autres (collections de) raretés, il y a les transactions immobilières et boursières. Notons que pour ces dernières, c’est jusqu’à présent comme s’il était inscrit dans le marbre des tables des lois économiques que les dividendes ne suffisent pas à rendre attractif le placement en capital de sociétés dont les titres de copropriété sont cotés en bourse.

4. Ce marbre est à cet endroit de l’ardoise.

Après un coup d’éponge, un nouveau « paradigme » peut y être aisément inscrit. Les prescriptions en matière de publicités organiques des chapitres 5et 6et en matière de distribution de bénéfices, proposition 6.5, le montrent. Il suffit de les supposer suivies pour s’apercevoir que le marché du capital et, par ricochet, le marché de l’immobilier peuvent par ces réformes systémiques être faits moins générateurs de transferts et plus stimulateurs de spéculations fastes du point de vue de l’intérêt général (sur les deux sortes de spéculation financière, arguments 10 à 13 de la proposition 5.5).

5. Faire état des « revenus primaires » est superflu.

Le « revenu primaire », indique le précis ci-dessus cité, est l’ « ensemble des revenus perçus par les ménages comme contrepartie à leur activité productive » – perçus en produits de leur vente de marchandise élémentaire. L’adjectif « primaire » pour qualifier du revenu n’aurait sa raison d’être que s’il existait des « revenus secondaires ». Les autres « ressources monétaires nouvelles » proviennent sans exception de transferts dont n’importe quelle plus-valuefait partie.

6. Le titulaire d’un prétendu « revenu » de solidarité est allocataire.

En dernier ressort, c’est seulement au moyen des revenus que des transferts de cette sorte peuvent être alloués.

7. Le « revenu national » est la « somme de tous les revenus primaires perçus par les ménages ».

C’est ce qu’on lit dans le précis ci-dessus cité, comme en bien d’autres manuels et sur le site de l’Insee. Autrement dit, le « revenu national » est le revenu global, RG, probablement d’aussi près qu’il est statistiquement possible de l’évaluer.

8. Ce qui se dit de plus court et exact sur l’état actuel de l’art des « comptes de la nation » conduit à se poser une question.

Ce plus court et exact se trouve, dans le précis déjà cité, à : « Comptabilité nationale. Ensemble des comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé » (le soulignement est notre fait ; comptabilité nationale et comptabilité publique sont distincts). En quoi un « produit national » et un « produit intérieur » ont un sens économique et civique ?

9. Avant d’instruire cette question, faisons une remarque inquiétante.

Dans la comptabilité nationale, standardisée comme il vient d’être dit, il y a non seulement des agrégats de « produit » mais aussi de « production ». Laissons pour l’instant de côté ce qui conduit à spécifier que la « production nationale s’oppose à la production intérieure ». Pour la simple raison qu’il n’y a pas de production sans produit et inversement, du spécieux est à soupçonner.

10. Qu’est-ce donc que la « production » dans ce contexte ?

C’est « l’activité socialement organisée destinée à créer des biens ou des services habituellement échangés sur un marché et/ou obtenus à l’aide de facteurs de production s’échangeant sur un marché. ». Cet « et/ou », souligné par nous, fait la différence entre « produit » sans lui et « production » avec lui… mais pas toujours car on a vite fait de s’y perdre. Les considérations suivantes font apparaître qu’est ainsi introduit dans les comptes de la nation du non conforme au réel à proprement parler économique.

11. Un « produit national » agrège à la « valeur ajoutée » par les entreprises une évaluation du « produit » des administrations publiques et de tout autre emploi.

Cela se fait en prenant notamment en compte « les services rendus par les salariés des administrations publiques nationales évalués d’après les salaires et les prestations qui leur sont versées et les cotisations sociales payées pour eux » (ce « pour » est façon de laisser entendre que les cotisations dites patronales ne sont pas salariales ; c’est faux, nous y revenons au chapitre suivant).

12. L’idée même d’évaluer en unité monétaire le « produit » des administrations publiques n’est pas économiquement pertinente.

L’unité monétaire est celle de la mesure de la valeur d’échange marchand. La production des administrations publiques a une valeur d’usage. Ce n’est pas pour autant qu’elle a une valeur d’échange marchand. Le fait même qu’elle ne soit pas vendue la prive d’une telle valeur.

13. Dans un « produit intérieur », il n’y a pas le « produit » des administrations publiques.

La masse salariale des administrations publiques n’en est pas moins une somme de revenus du travail et partant une création de richesse marchande – accès à plus sur ce point en 13 ci-dessous. Que cette masse soit considérée « nationale » mais pas « intérieure » est abscons.

14. De la base 100 opaque s’en trouve mise en circulation.

En qualité d’informés par des références aux agrégats les plus utilisés des « comptes de la nation présentés dans un cadre keynésien standardisé », électeurs et élus désirant comprendre quel sens a dans ces statistiques la notion de « produit », et ce qui la différencie éventuellement de la notion de « production », s’y perdent et dans leur très grande majorité y renoncent. Cela fait incontestablement d’un « produit intérieur », qu’il soit brut ou net, ou d’un « produit national », idem, une base 100 opaque mais, panurgisme aidant, quand même intensivement exploitée sous la forme du souverain « PIB », le « produit intérieur brut », venu au monde en anglais sous le nom de GDP, Global Domestic Product.

15. La production de richesse marchande n’a que deux origines.

L’une de ces origines est le service du travail, l’autre le service du placement d’épargne, quand l’un et l’autre sont en contrepartie d’un revenu, comme indiqué plus haut dans ce passageet cet autre.

16. Qui ou quoi crée produit : une création est une production, une production est une création.

Les expressions « création de richesse marchande » et « production de richesse marchande » désignent très exactement le même phénomène. Le reste de la production humaine, dont celle des fonctions publiques régaliennes qui coûtent de l’argent comme coûte de l’argent de faire vivre une famille, est par définition non marchande, non pas seulement sur le papier mais d’abord dans la réalité. Il en va de même de toute la production naturelle hors la production humaine.

C’est à se demander s’il faut être économiste pour ne pas le voir puis pour passer à côté de ce qu’il en résulte d’à proprement parler économique.

17. La production de richesse marchande n’a qu’une destination.

Du revenu et rien que du revenu est la destination commune des deux origines de la création de richesse marchande. Cela provient du fait que les marchandises ne sont échangées que contre les marchandises, proposition 2.1, bien que ce soit le plus souvent par monnaie interposée et étant entendu : 1)qu’il s’agit exclusivement de la marchandise définie et répartie en catégories homogènes au chapitre 2, 2) que les entreprises sont les seules entités qui doivent tout ce qu’elles possèdent, comme en prend acte au chapitre 3 l’une des propositions.18

18. Ces deux origines et cette unique destination ne sont pas incorporables aux « sciences économiques ».

La théorisation néoclassique et la macroéconomie, afin de voir dans la monnaie une marchandise comme les autres (presque ou complètement selon les auteurs) ne peuvent comporter, sans contradiction avec ses affirmations subjectivistes sur l’échange marchand, ni la définition de la marchandise ni la répartition en catégories homogènes qui lui est logiquement associée, ni une conception de l’entreprise asservie à cette que cet « agent économique » a d’objectivement spécifique – comme plus généralement elles ne peuvent pas, sans se renier, s’astreindre à la discipline de la définition au sens de ce concept rappelé en 1.1. Leur champ d’étude s’en trouve expurgé de faits élémentaires créés par la pratique des échanges marchands indépendamment de toute subjectivité. Les origines et la destination de la création de richesse marchande faisant partie de ces faits, force est de substituer à leur réalité une version qui en tient lieu : ce sont les entreprises qui créent les richesses marchandes et c’est d’elles que la diffusion de cette création part.

19. Ce bon sens apparent conforte les idéologies pourvoyeuses de la raison d’être de cette famille d’approches de l’économie.

Dans le minimum à savoir de l’histoire de la pensée économique, il y a que la parade bourgeoise à l’attaque idéologique de Marx a, sous couvert du recours aux mathématiques des dérivées, été elle-même idéologique et a, sous couvert de continuation, contredit sans vraiment réfuter .ce que Ricardo a justement tenu pour primordialement intangible sur la question de la valeur. L’Anticapitalisme est, à notre connaissance (Contrepoint, Lonjon, Mattret, Michaut… Rocard), le livre qui établit le plus solidement ce point de toute première importance quant aux idées qui ont fait et continuent à faire des politiques économiques nationales et internationales ce qu’elles persistent à être, avec des ruptures trop partielles et désordonnées pour éviter d’aller de crise en crise.

20. Ce qu’il a été universitairement convenu d’appeler « sciences économiques » est le terreau de la science économique.

Les « sciences économiques » usent de notions dont sont extractibles des concepts constitutifs des articulations de la science économique. Cette extraction a pour effet de faire passer du registre des notions, dont l’imprécision ne fournit pas de raisons objectives pour repousser la précision des concepts, au registre des concepts dont la précision fournit des raisons objectives pour repousser l’imprécision des notions.

21. Une fatalité en résulte.

Le rempart du silence s’impose aux « sciences économiques » pour se tenir à l’abri de ce que l’économie politique objective prescrit de remplacer. Entre ces « sciences » et cette économie politique, il y a ce qui est justement appelé en histoire des savoirs exacts une « rupture épistémologique ».

22. Un résultat d’une des origines et de la destination unique de la création de richesse marchande concerne les fonctionnaires.

Les fonctionnaires et autres salariés de la fonction publique, tout comme les employés de maison entre autres, participent au côté des salariés des entreprises à la création de richesse marchande.

23. Quelle a été l’évolution de la contribution du pays P à la création de richesse marchande ?

Au vu des constats qui viennent d’être exposés, la réponse coule de source : l’évolution de la somme, pour le pays P, des revenus de ses ressortissants et, à raison de leurs placements, de leurs associations non commerciales.

24. Il y a et il faut plein d’individus et d’organes improductifs de marchandise composée.

Il n’y a cependant pas d’individus et d’organismes qui soient improductifs de valeur d’usage. Monnaie mise à part car sa valeur d’usage est réduite au fait d’avoir une valeur d’échange – sous sa forme de billets avec lesquels il est interdit de refuser un paiement au moins jusqu’à un certain montant pour des raisons fiscales, elle n’est pas faite pour tapisser les murs et au demeurant la loin interdit également cet usage –, toute production possède une valeur d’usage et rien qu’une marchandise a en sus une valeur d’échange marchand. Il n’en résulte évidemment pas que toute production est, même potentiellement, celle de marchandise.

25. C’est notamment le cas de la production de beaucoup d’idées, de dévouements, de chefs d’œuvre.

Le fait que personne ne produise et n’use que de choses achetées s’ajoute à ces considérations. Une idée n’est pas en soi une marchandise. Ci-dessus, la proposition 1.5et le chapitre 2sont logiquement indispensables à l’analyse primitive de faits dès qu’il est question d’économie.

26. Il est normal que les dépenses publiques aient pour plafond un pourcentage du revenu global, RG.

Pour que la discussion de ce plafond, qui est un choix collectif évidemment de grande importance, soit ouverte à tous, mieux vaut que le total des impôts soit également rapproché du revenu global, RG. Que cet agrégat soit appelé « revenu global en <nom de pays> » ou autrement pourvu que le concept de revenu soit utilisé dans cette désignation est, bien sûr, très accessoire par rapport au fait que ce qu’il comporte, ayant sa réplique dans la vie familiale, se comprend bien par tout quidam.

27. Il en va de même de l’endettement public.

La réalité n’est pas approchée au plus près quand l’expression en pourcentage de l’endettement public n’a pas elle aussi pour base 100 le revenu global, RG. Quand un prêteur a besoin de mesurer le poids de l’endettement d’une famille, c’est par rapport aux revenus de cette famille qu’il le fait à juste titre d’abord et souvent uniquement.

28. Le statut économique d’une nation est celui d’une famille.

Un individu, une famille et une nation ont en commun de ne pas exister que pour la pratique d’échanges marchands, au contraire des entreprises. Il en résulte que les « produits intérieurs » (PIB, PIN) et les « produits nationaux » (PNB, PNN), ne seraient des agrégats économiquement pertinents que s’ils avaient leurs répliques, tout aussi économiquement pertinentes, dans une famille.

29. Que vaut l’idée d’évaluer en unité monétaire le plus possible de la production d’une famille, tous ses membres compris ?

Cette idée est économiquement insensée pour la simple raison que beaucoup de cette production, et souvent l’essentiel selon le point de vue qu’on adopte puisque les relations familiales et amicales sont des productions, n’a pas de valeur d’échange marchand. La velléité d’évaluer de la même façon du bien être et du patrimoine sans valeur vénale est encore plus saugrenue, jusqu’à devenir franchement absurde quand on y prétend aux « prix de marché ».

30. La sanctuarisation du PIB n’a été adossée ni à une théorie claire de la répartition du revenu global, RG, ni à un remède efficace au chômage de masse.

La sanctuarisation du RG peut être adossée d’une part à une théorisation claire des évolutions normales du revenu total des placements, RP, et du revenu total du travail, RT. Elle peut l’être d’autre part à une politique de l’emploi axée sur la levée des entraves au plein exercice de la relation EPCE (chapitre précédent).

31. Cela ne peut pas aller sans un grand effet sur la substance donnée au contrat social par ses parties prenantes.

Mais cela contrevient substantiellement à l’absolutisme des rapports de force en matière de relations sociales en général et économiques en particulier ; d’où, dès le stade de l’intuition, de la résistance à de l’opposition farouche à ce progrès de civilisation.

32. Les évolutions du revenu global et de sa structure font partie des publicités organiques.

Le corps social en a besoin pour mesurer un aspect de la satisfaction de son aspiration primordiale. Le corps social en a également besoin à cause de ses deux refus d’évolution sur longue période de la répartition du revenu global.

33. Privilégier, parmi les agrégats macronomiques exprimables en unité monétaire, le revenu global est un message envoyé à ses compatriotes.

C’est, de la part d’un gouvernement, de l’administration publique, d’un syndicat, etc., une attestation : « L’évolution des revenus vient, aussitôt après l’emploi, au premier rang de nos préoccupations économiques. » C’est aussi une prise de position en rupture avec le technocratisme qui a produit le culte opaque du PIB : «  La production de richesse marchande de notre pays, c’est la somme de nos revenus et de ceux des placements de nos associations non commerciales, rien de plus, rien de moins. ».