Chapitre 11 - Les prix

Version 2013-2014

11.1. Ne font l’objet de ce chapitre que les prix, autres que des intérêts, auxquels les entreprises vendent.

1. Le chapitre précédent traite de l’intérêt, prix du service du crédit.

Auparavant, deux autres chapitres traitent également d’un prix. Le profit, quand ce mot désigne la rémunération du placement en capital, est le prix d’un service. Le salaire, à savoir la rémunération du travail, est aussi le prix d’un service.

2. Ces prix ont des déterminants et des fonctions qui leur sont propres.

Les rémunérations de placement, selon qu’ils sont en capital ou en crédit, ont des déterminants propres aux prix qu’ils constituent. Leurs fonctions régulatrices et stimulatrices leur sont aussi propres. Les rémunérations du travail ont aussi des déterminants propres aux prix qu’ils constituent. Leur fonction distributive leur est également propre.

3. Les prix, autres que les intérêts, auxquels les entreprises vendent ont également des déterminants et des fonctions qui leur sont propres.

Le présent chapitre situe ces déterminants et fonctions. Ce faisant, il met au jour la solution du problème, réputé sans solution objective, de la répartition des coûts communs. Une loi réductrice de l’arbitraire des prix auxquels les entreprises vendent est, du coup, mise au jour en même temps. L’implication politique n’a rien de mineur : un choix de régime économique n’est bien instruit qu’en tenant compte de cette loi.

11.2. Les rapports immédiats entre offre et demande ne régissent que certains de ces prix.

1. Les marchés d’ajustement immédiat entre l’offre et la demande par les prix sont de deux sortes.

Pour une part, ce sont les marchés où les entreprises ne sont souvent que des intermédiaires dans l’organisation des transactions. Sur d’autres de ces marchés, il n’y a que des entreprises qui vendent et achètent des marchandises sur lesquelles ces transactions portent.

2. Sur le marché immobilier et sur le marché boursier, des entreprises ne sont souvent que des intermédiaires dans l’organisation des transactions.

Il en va de même des marchés de collections prestigieuses et de plus en plus fréquemment d’occasion. Ce que ces entreprises vendent est alors une prestation de service dont le prix est susceptible d’être régulé par les rentabilités des entreprises. Les prix des objets sur lesquels les transactions portent sont eux principalement ou exclusivement régis par le rapport immédiat entre l’offre et la demande, sans autre régulateur que la vente au mieux disant.

3. Sur des marchés de matière première, notamment d’origine agricole ou minière ou forestière ou halieutique, la vente interentreprises au mieux disant est également pratiquée.

Les prix qui résultent de ces ventes sont eux aussi régis par le rapport immédiat entre l’offre et la demande. Ils n’en ont pas moins un autre régulateur de leur niveau. Les vendeurs y sont en effet des entreprises. Quand les rentabilités d’une de ces entreprises ou d’un secteur constitué par ces entreprises se révèlent sensiblement et durablement plus élevées que le TMNP et quand l’entrée dans ce secteur est maintenue ouverte, la concurrence des nouveaux entrants a pour effet de rapprocher les rentabilités du TMNP.

4. Sur les autres marchés approvisionnés par les entreprises, la concurrence élimine la vente au mieux disant.

Quand sur l’un de ces autres marchés les prix sont fixés par les vendeurs et que les acheteurs sont en mesure d’opter pour l’une des offres concurrentes, il est plus avantageux pour les vendeurs et les acheteurs que les prix fassent l’objet d’abord de moins de marchandage puis d’aucun : le temps pris par les transactions s’en trouve réduit, la défiance des acheteurs à l’égard des vendeurs est moindre, le commerce peut se faire plus industriel. Les entreprises qui font de ces avantages des caractéristiques de leur offre en viennent à être plus rentables que celles qui s’attardent à la vente au mieux disant là où des concurrents ont établi que son abandon est avantageux.

5. Le plus gros des ventes des entreprises se font sur des marchés où la concurrence a éliminé la vente au mieux disant.

Par cette élimination, les prix pratiqués sur ces marchés ne sont pas régis par un rapport immédiat entre l’offre et la demande. Alors des rentabilités deviennent, pour autant que la concurrence soit organisée à cette fin, plus étroitement régulatrices de ces prix, comme nous allons l’établir dans la suite de ce chapitre.

6. Il n’y a que fallacieusement les marchés par excellence et les autres.

Postuler que toutes les valeurs d’échange marchand ont davantage en commun que d’être des prix, puis le tenir pour certain sans l’avoir vraiment démontré est aussi fautif que toute autre pétition de principe. Cette erreur, par inadvertance (paralogisme) ou délibérée (sophisme), conduit à juger que dans les marchés certains le sont par excellence. L’accréditation du postulat de l’offre et de la demande en tant que régulateur principal de tous les prix a notamment pour conséquence que les bourses de valeur et les salles de vente aux enchères sont vues comme étant davantage que la plupart des autres de vrais marchés. Or ces prétendus marchés par excellence ont une caractéristique normalement absente d’autres marchés de grande importance, dont celui du travail et ceux de la plupart des produits vendus par les entreprises : ils donnent accès à la réalisation de plus-values. Alors, par faute de raisonnement et négligence d’observations objectives, la porte est grande ouverte à l’assimilation de l’économie de marché tout entière à du mercantilisme de plus-value[1].

7. La régulation par les rentabilités du plus grand nombre des prix auxquels les entreprises vendent est potentiellement beaucoup plus fine qu’admis jusqu’à présent par la théorie économique.

Peu de mots suffisent à énoncer la loi de cette régulation. Mais cet énoncé est ésotérique avant d’avoir exposé les faits et les définitions qui lui donnent son sens. Indiquons pour l’instant que la concurrence entre les entreprises et les arbitrages que rendent leurs clientèles n’activent complètement cette loi que si la concurrence entre les entreprises est organisée à cette fin par le législateur et les institutions à qui le législateur confie l’application de ses directives. Par exemple, l’interdiction faite aux banques commerciales d’être à la fois « de détail » et « d’investissement » répond à une nécessité qui ne leur est pas propre et qui, quand elle devient enfin explicitement prise en compte, renforce beaucoup la viabilité systémique de l’économie de marché.



[1] Paul Fabra a particulièrement bien montré que cette assimilation procède, somme toute, d’un anticapitalisme. C’est pourquoi dans bien des contextes, opposer au capitalisme de rendement l’anticapitalisme de plus-value plutôt que le mercantilisme de plus-value convient mieux.  Léon Walras, dès les premiers chapitres de ses Éléments d’économie politique pure — la magna carta de la science économique affirme Mark Blaug ainsi que la plupart des économistes universitaires continuent à l’enseigner — admet que la façon dont le cours d’une action en bourse se forme vaut pour n’importe quel prix, sans noter que c’est à démontrer. Il en résulte que la magna carta est en réalité celle d’une pseudoscience.

 

11.3. Une entreprise juridiquement constituée comporte presque toujours une arborescence d’entreprises dans l’entreprise.

1. Les différentes sortes d’entreprises juridiquement constituées, ou entreprises de droit, sont bien connues.

Les entreprises auprès desquelles se contractent les ventes de leurs fournisseurs (dont salariés et financeurs), et les achats de leurs clients, sont pour les unes en nom personnel et pour les autres des personnes morales, depuis les sociétés en nom collectif jusqu’aux plus complètement anonymes en passant par les coopératives et mutuelles entre autres. À toute entreprise contractuelle, parce que juridiquement constituée, est associée une enseigne et, quand elle est une personne morale, une raison sociale. C’est non seulement « la maison » avec laquelle des vendeurs et des acheteurs font affaire mais aussi le périmètre d’exercice d’une direction générale ainsi que de tenue d’une comptabilité générale normalisée.

2. Les ventes d’une entreprise juridiquement constituée sont aussi, le plus souvent, des ventes par les entreprises dans l’entreprise.

Dès qu’une entreprise vend plusieurs fournitures[1], chaque classe homogène de ces fournitures détermine l’existence d’une entreprise de fait dans l’entreprise de droit. Cette observation est complètement établie après avoir montré qu’à ces classes appartiennent directement une fraction non seulement des ventes de l’entreprise contractuelle mais aussi des coûts et des actifs de cette même entreprise. Dans un premier temps, remarquons que la classification homogène des fournitures d’une entreprise contractuelle s’obtient par décompositions en allant du général au particulier et, autant que besoin, en s’y reprenant afin que l’inventaire soit exhaustif.

3. Les entreprises dans l’entreprise forment une arborescence d’appartenances multiples.

Dans le grand commerce de détail, comme en bien des commerces de gros, le premier niveau de décomposition est entre départements ; le deuxième niveau en rayons au sein de chaque département ; le troisième en familles au sein de chaque rayon ; le quatrième et dernier en articles au sein de chaque famille. Dans toute autre entreprise contractuelle, tantôt avec moins de quatre niveaux de décomposition et tantôt avec davantage, une classification complète de ce genre est utilisée ou le deviendra pour le traitement automatisé de l’information de gestion. Ces classifications, depuis leurs premiers niveaux jusqu’à chacun de leurs avant-derniers, spécifient des arborescences d’appartenances multiples : dans l’exemple donné, la vente d’un article augmente les ventes d’une famille, d’un rayon, d’un département et de l’entreprise contractuelle chez laquelle cet article a été acheté.

4. Il n’y a donc pas que les entreprises contractuelles, parce que juridiquement constituées, qui soient de même appartenance.

Les entreprises contractuelles appartiennent à l’ensemble des entreprises auprès desquelles des achats et des ventes sont faits et c’est en ce sens que leur appartenance est la même — le réseau aux innombrables connexions de ces entreprises. Chaque entreprise dans l’entreprise a elle également la même appartenance que ses sœurs et elles seules. Selon la terminologie ci-dessus donnée en exemple, deux rayons de départements différents ne sont pas de même appartenance, comme deux familles de deux rayons différents et deux articles de familles différentes. Pour les raisons qui vont être exposées dans la suite de ce chapitre, le concept d’appartenance identique — même appartenance — permet de dégager une loi générale de tendance. La réduction des écarts de rentabilité entre les entreprises contractuelles, sous l’effet de la concurrence quand elle est assez réelle pour avoir promptement cet effet, n’est que le plus haut niveau d’application de cette loi.

5. Appelons « service général » un autre composant de la structure des entreprises contractuelles.

À la tête d’une entreprise contractuelle se trouve au moins une personne ou une instance pouvant comporter, outre la tenue d’assemblées générales des sociétaires, un conseil d’administration et son président ainsi qu’une direction générale et ses délégataires de premier rang. Au moins une partie de cette tête constitue un service général. La comptabilité, le contrôle de gestion, l’administration du personnel, l’informatique et d’autres fonctions sont également souvent, au moins pour leurs parties centralisées, des spécialisations assumées par autant de services généraux. D’une façon ou d’une autre et à différentes fins (fixations d’objectifs de marge, calculs de prix de revient unitaire), les coûts de service général, souvent vus comme étant « de structure », doivent être répartis.

6. Appelons « atelier » un troisième composant que la structure des entreprises comporte souvent.

Une partie constitutive d’une entreprise contractuelle est susceptible de n’être ni une entreprise dans l’entreprise car ce n’est pas elle qui vend, ni des services généraux par la nature technique de ce qu’elle produit. Elle prend parfois la forme d’une usine tout entière, divisible en sections homogènes de coûts. Quand elle est interne à une entreprise dans l’entreprise, ses coûts entrent complètement dans les charges directes de l’entreprise dont elle est une division. Quand elle fournit plusieurs entreprises dans l’entreprise, ses coûts doivent être répartis.

7. Depuis la présente proposition jusqu’à la fin de ce chapitre, la comptabilité analytique et le contrôle de gestion en entreprise font l’objet d’un apport conceptuel qui les rend plus pertinents.

Des pétitions de principe, par des postulats tenus pour démontrés sans l’avoir été[2], ont fait fonction de théorie générale des valeurs d’échange marchand, comme s’il était forcément irréaliste que toutes ces valeurs puissent n’avoir en commun que d’être des prix ayant des déterminants différents selon les catégories de marchandise et les circonstances. Ces constructions ont détourné de l’observation de la pleine portée de l’équation de Brown, autrement dit de la relation RPP’. En conséquence, le lien entre les prix auxquels les entreprises vendent et les vrais coûts unitaires complets, profit suffisant inclus, a été encore plus distendu que naguère. C’est au préjudice non seulement des clients et des salariés mais aussi de beaucoup d’actionnaires, nous allons expliquer pourquoi.



[1] Toute fourniture vendue est une marchandise par définition, entre le moment où elle est mise en vente et celui où elle trouve preneur. Chaque fourniture vendue par une entreprise comporte toujours celle d’au moins un service, la vente, mais pas forcément celle d’un bien. Dans ce chapitre, nous désignons par le mot « fourniture » ce que les entreprises vendent, étant bien entendu mais c’est évident, que les entreprises n’ont pas pour exclusivité d’être des fournisseurs, notamment en matière de prestations de service échangées contre leur rémunération.

[2] Prétendue rareté universelle, maximum de profit élevé au rang d’impératif s’imposant à toute entreprise contractuelle autre que « sociale », sociétés commerciales dont les statuts excluent ce maximum vues comme un épiphénomène économiquement négligeable, notamment.

 

11.4. Comme les entreprises juridiquement constituées, les entreprises dans l’entreprise ont des coûts directs et dégagent une marge directe.

1. Appelons, à ce niveau d’analyse, « mère » l’entreprise contractuelle et « fille » chacune de ses divisions productrices de vente.

Appelons également « mère » toute fille qui vend plusieurs fournitures aux clients de l’entreprise contractuelle, parce que juridiquement constituée. Les filles sœurs sont de même appartenance directe.

Par exemple, une entreprise contractuelle a pour plus haut niveau de ventilation de ses ventes les sections A à G. Chacune de ces sections a elle-même pour plus haut niveau de ventilation de ses ventes des sous-sections. Désignons par les lettres AA et GC deux de ces sous-sections.

  • Les sections A à G ont la même mère et sont de même appartenance directe.
  • Les sous-sections AA et GC n’ont pas la même mère et donc ne sont pas de même appartenance directe.

2. Au sein d’une entreprise contractuelle, le nombre d’appartenances directes peut être très grand.

Chaque référence de l’assortiment vendu est, en effet, la fille d’une mère, elle-même fille d’une mère, autant de fois que ce chemin de l’arborescence des entreprises dans l’entreprise comporte de niveaux.

Désormais, ces appartenances sont enregistrées dans des fichiers informatiques. Le plus possible des autres données de gestion le sont également. Les exemplaires du tableau dont il va être question sont devenus des requêtes sur écran dont les résultats ne donnent qu’exceptionnellement lieu à des impressions sur papier.

3. Le nombre d’appartenances directes est aussi celui des exemplaires du tableau gigogne situés sur le même chemin.

  • Sur un exemplaire de ce tableau se trouve le chiffre d’affaires de la fille identifiable par une référence de l’assortiment — un article — et le chiffre d’affaires du plus petit regroupement qui est la mère de cette fille, comme ceci avec plus de deux filles autant que nécessaire :
     

 

A

B

C

 

Fille 1

Fille 2

Mère

Chiffre d’affaires

500

400

900

  • Sur un exemplaire de plus haut niveau de ce même tableau se trouve le chiffre d’affaires du plus petit regroupement, fille du plus immédiatement grand regroupement qui est sa mère, de nouveau avec autant de filles que nécessaire.
  • Etc. jusqu’au tableau où le plus grand regroupement est l’entreprise contractuelle, mère de l’arborescence des entreprises dans l’entreprise.

4. Filles et mères ont des coûts directs.

Les coûts directs d'une entreprise contractuelle sont l’ensemble de ses charges, telles que la comptabilité générale en établit le montant.

Les coûts directs d’un sous-ensemble d’une entreprise contractuelle sont ceux qui seraient supprimés ou autrement employés si ce sous-ensemble était supprimé. Les prix d’achat des produits revendus en l’état sont, entre autres, des coûts directs. Le salaire entier d’un chef de département ou de rayon est un coût direct du département ou du rayon. Des amortissements d’immobilisations font partie de certains coûts directs. Il n’y a en économie aucun organe sans coût direct.

5. La somme des coûts directs des filles de la même mère n’est pas forcément égale aux coûts directs de la mère.

Sur un chemin d’appartenances, les coûts directs sont eux aussi gigognes. Par exemple, les salaires entiers des chefs de rayons d’un département sont des coûts directs du département mais dans ces derniers il y a de plus le salaire entier du chef de département. Il en va de même pour d’autres coûts.

C’est pourquoi dans le tableau ci-dessous, puis dans ses tracés plus complets, en cellule 3C (ligne 3, colonne C) le montant est précédé du caractère { signifiant : ceci n’est que la somme des montants figurant à gauche sur la même ligne et non pas forcément le montant des coûts directs de la mère :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

En règle générale, le montant des coûts directs de la mère est supérieur à la somme des montants des coûts directs des filles.

6. L’existence de coûts directs détermine celle de marges directes.

Une marge directe est la différence entre un chiffre d’affaires et des coûts directs :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

En cellule 4C (ligne 4, colonne C), le caractère { signifie également : ceci n’est que la somme des montants figurant à gauche sur la même ligne et non pas forcément le montant de la marge directe de la mère. En règle générale, le montant de la marge directe de la mère est inférieur à la somme des montants des marges directes des filles. C’est ainsi que les marges directes, souvent dites « brutes », font par agrégations et soustractions successives de coûts la marge de plus bas niveau qu’est le résultat bénéficiaire ou déficitaire de l’entreprise contractuelle.

7. Dans le tracé complet du tableau gigogne, le montant des coûts directs de la mère ne figure pas.

Ce n’est pas nécessaire. Montrons-le en reprenant l’exemple des départements et des rayons. En allant du général au particulier :

  • Sur le tableau où la mère est l’entreprise contractuelle, les filles sont les départements et les montants de leurs coûts directs s’y trouvent.
  • Sur chacun des tableaux où la mère est un département et les filles les rayons dans ce département, les montants des coûts directs de ces rayons se trouvent.
  • Etc.

8. La suite de ce chapitre complète le tableau gigogne en plusieurs étapes.

Après un complément d’analyse sur les coûts directs du fait de l’éventuelle existence d’ateliers internes fournissant plusieurs centres producteurs de marge frères ou cousins (proposition suivante), l’étape suivante de construction du tableau gigogne prend en compte l’existence de coûts communs qui participent généralement à la détermination de la marge directe de la mère :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

 

8

Coûts communs

360

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

             

9. Cette modélisation de la formation du résultat final d’une entreprise contractuelle ne prend pas en compte une réalité pourtant primordiale.

Ce qui est laissé de côté trouvera sa place en ligne 1. Il fait que seul l’un des trois ratios de la relation de Brown, ci-dessus appelée RPP’, est estimable (en se prêtant à des erreurs de jugement, nous rappellerons plus avant pourquoi) : les profitabilités P’, en l’occurrence rapports entre chacune des marges directes et le chiffre d’affaires correspondant comme en ligne 7 ci-dessous.

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/7, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

             

En cellule 7C (ligne 7, colonne C), le caractère { signifie : la valeur relative qui suit est la moyenne pondérée (360/900) de celles qui se trouvent à gauche sur la même ligne. La profitabilité directe, P’, de la mère est dans cet exemple numérique de 6,7 % (60 en 9C / 900 en 2C).

11.5. La répartition des coûts directs d’un atelier interne au prorata de quantités physiques est objective.

1. Considérons de nouveau le haut du tableau gigogne d’analyse :

 

Fille 1

Fille 2

Mère

  • Les filles sont les entreprises dans l’entreprise mère.
  • Une mère a toujours au moins deux filles et le plus souvent davantage.
  • Une entreprise juridiquement constituée est mère de filles qui sont elles-mêmes mères, etc., si bien qu’en chaque cas d’espèce le jeu complet des tableaux gigognes comporte au minimum trois exemplaires et, selon la largeur et la profondeur de l’assortiment vendu, jusqu’à des dizaines de milliers.
  • Mères et filles sont des sections productrices de marge et aucune autre division faisant partie d’une entreprise contractuelle n’est une section de cette sorte.

2. Le tableau gigogne est aussi d’analyse des coûts des sections productrices de marge :

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

3

Coûts directs

300

240

{540

Le total des coûts directs de la mère est :

  • au moins égal à la somme des coûts directs des filles ;
  • souvent supérieur à cette somme ;
  • toujours supérieur à cette somme quand la mère est l’entreprise contractuelle (plus à ce sujet en argumentation de la proposition suivante).

3. Une entreprise contractuelle est susceptible de comporter un atelier interne ou plusieurs.

Une usine qui, au sein d’une entreprise contractuelle, fournit en produits à vendre des sections productrices de marge sœurs ou cousines (à différents degrés de parenté) constitue ce que nous appelons un « atelier interne », comportant le cas échéant une chaîne ou une arborescence d'ateliers dans l'atelier.

L’usage est de dire de plusieurs sortes d’atelier interne qu’ils sont des laboratoires, comme en boulangerie, ce lieu où la production de marge se fait au comptoir ou lors des livraisons et non pas dans le fournil.

Un service d’entretien inclus dans l’organisation d’une entreprise contractuelle n’est pas un atelier interne au sens que nous donnons à cette dénomination :

  • il ne fournit rien à vendre par l’entreprise contractuelle ;
  • son statut économique est le même que celui du service de comptabilité générale, ou encore du service de recherche et développement quand ce dernier a pour mission d’initialiser de la mise en production et non pas de produire ce qu’il a initialisé.

4. Les coûts directs d’un atelier interne entraînent l’existence de coûts unitaires.

  • Si l’atelier n’élabore qu’un seul produit, le coût unitaire de ce produit est sur la période considérée la somme des coûts directs de l’atelier divisée par la quantité produite.
  • Si l’atelier élabore plusieurs produits, ces derniers ont en commun une unité d’œuvre qui est souvent, mais pas exclusivement, un temps de production. En ce cas, chacun des coûts unitaires est le résultat de la règle de trois : somme des coûts directs / nombre total d’unités d’œuvre * nombre d’unités d’œuvre du produit.

5. Les coûts unitaires d’un atelier fournisseur d’une section productrice de marge font partie des coûts directs de cette section.

Ces coûts unitaires ne sont pas encore des prix de revient complets, il s’en faut souvent de beaucoup. Néanmoins, ces coûts unitaires partiels :

  • assurent une répartition complète des coûts directs d’atelier interne ;
  • participent à une estimation conceptuellement exacte des marges directes ;
  • fournissent une base objective de détermination des prix de revient vraiment complets, c’est-à-dire non seulement toutes charges comprises mais aussi bénéfice de l’entreprise contractuelle inclus.

6. Les coûts, qu’ils soient d’un atelier ou d’une section productrice de marge ou d’une entreprise contractuelle, sont pour les uns variables et pour les autres fixes.

Rappelons que nous appelons exclusivement « profitabilité » un ratio de la famille de ceux qui figurent sur l’extrait suivant du tableau gigogne, en lignes 7 et 12 :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/1, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

 

 

Si la mère est l’entreprise contractuelle :

 

12

} sa profitabilité P’ (C9/C2)

2,2 %

             

La distinction entre coûts variables et coûts fixes — fixes dans une plage de quantités produites ou vendues — permet d’estimer un seuil à partir duquel la marge directe de la section productrice de marge devient positive ou la marge finale de l’entreprise contractuelle devient bénéficiaire. Ces estimations de point-mort ont très évidemment leurs raisons d’être en gestion d’entreprise et en administration de société commerciale.

Les prix de revient unitaire varient d’autant plus en fonction des quantités produites ou vendues que la proportion des coûts fixes est importante. Ces variations justifient les remises quantitatives introduites dans les tarifs de vente, bien que ce soit selon des barèmes souvent très coûteux à estimer précisément.

11.6. Au sein des entreprises juridiquement constituées, les entreprises dans l’entreprise ont des coûts communs.

1. Considérons de nouveau un extrait du tableau gigogne :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

             

Quand, dans un tel tableau, la mère est l’entreprise juridiquement constituée, alors sur la période considérée :

  • en ligne 9, la marge directe est le bénéfice ou la perte de cette entreprise ;
  • le total des charges, autrement dit des coûts, amortissements d’immobilisation compris, de cette entreprise est égal à la somme des montants se trouvant dans les cellules C3 et C8 ;
  • cette somme est celle des coûts directs de l’entreprise contractuelle, toutes ses divisions organisationnelles comprises, atelier(s) interne(s) le cas échéant (proposition précédente).

2. Les coûts communs à des sections productrices de marge sœurs sont des éléments de coût direct de la mère de ces sœurs.

Les salaires complets de la direction d’un département (père) producteur de marge par plusieurs rayons (fils) sont des :

  • des coûts communs aux fils que les rayons constituent ;
  • coûts directs du père que ce département constitue.

Il n’y a pas dans l’absolu des coûts les uns directs et les autres communs. Un coût qui a justement été considéré direct à une section, parce qu’il disparaîtrait ou serait réalloué si la section était supprimée, devient fréquemment un coût commun au niveau d’analyse où cette section est la mère de plusieurs sœurs.

3. Les coûts des services généraux sont communs.

C’est particulièrement net quand l’exemplaire du tableau considéré est celui dans lequel la mère est l’entreprise contractuelle. Considérons le cas des sociétés commerciales :

  • Les frais d’administration en amont de la direction générale font partie des coûts communs : assemblées générales, conseils d’administration dont jetons de présence, commissariat aux comptes.
  • La direction générale, à raison de ce qu’elle coûte en frais de personnels, avantages en nature compris, fait partie des communs, de même que l’éventuel secrétariat général.
  • À même raison, le sommet ou la totalité de la direction commerciale ainsi que les budgets de publicité institutionnelle et de relations publiques.
  • Font également partie des coûts communs les frais de personnel et les amortissements d’équipements de la DAF, direction administrative et financière comprenant la tenue de la comptabilité générale et l’organe central de contrôle de gestion (dont comptabilité analytique), de la DRH, direction des ressources humaines, de la DSI, direction du système d’information (informatique).

4. En gestion budgétaire (prévisionnelle) et calculs de prix de revient unitaire, les coûts communs posent le problème de leur répartition.

Tout au long d’une chaîne de tableaux gigognes, allant de celui où la mère est l’entreprise contractuelle jusqu’à l’un où les filles sont des produits vendus par l’entreprise contractuelle, des coûts communs sont à répartir en cascade (et en constat de réalisation, ces coûts sont de fait répartis). À l’extrémité de la chaîne où la mère est l’entreprise contractuelle, de plus le bénéfice de cette dernière, autrement dit sa marge directe, est à répartir avec les coûts communs.

Au final, ces répartitions successives peuvent porter jusqu’à plus de 80 ou 90 % des prix de vente hors t.v.a. d’une partie de l’assortiment ou même de la totalité de ce dernier, avec un effet important sur la compétitivité pour les raisons que nous allons examiner dans la suite du présent chapitre.

11.7. Les entreprises dans l’entreprise ont des actifs directs, tous très exactement financés de la même façon.

1. Continuons à compléter le tableau gigogne.

Jusqu’à présent, la ligne 1 que voici, allouée aux actifs directs, a été sautée :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

Les lignes 2 à 4 sont des données de flux. Ligne 7, le ratio le plus significatif entre ces flux est de la famille des profitabilités. Distinguer cette famille de celle des rentabilités et des productivités est en soi un progrès conceptuel qui s’accomplit en appelant exclusivement :

  • rentabilité un ratio qui a pour numérateur une marge et pour dénominateur un élément de bilan — un stock —, qu’il s’agisse soit du capital ou d’endettement parmi les ressources financières, soit d’une une partie ou la totalité des emplois de ces ressources, autrement dit d'actifs ;
  • productivité un ratio qui a pour numérateur un flux autre qu’une marge et dont le dénominateur est celui d’une rentabilité ;
  • profitabilité un ratio qui a pour numérateur celui d’une rentabilité et dont le dénominateur est le numérateur d’une rentabilité.

2. Que la première ligne du tableau soit des éléments de bilan est économiquement logique.

Les flux que sont les chiffres d’affaires, les coûts et les marges proviennent de stocks. Les bilans sont des comptes de stock, les comptes de résultat de flux. En auscultation de la santé d’une entreprise juridiquement constituée, il est économiquement logique d’étudier successivement l’état actuel et le passé récent (en général, sur les trois à cinq dernières années sauf à ce que cette ancienneté ne soit pas encore acquise) :

  1. de son financement par examen de la structure des passifs de ses bilans et le cas échéant d’autres ressources financières hors bilan ;
  2. de ses emplois de ce financement par examen de la structure des actifs de ses bilans et le cas échéant d’actifs hors bilan ;
  3. de ses comptes de résultat.

La façon dont une économie nationale est au mieux relancée se déduit de cette logique, ce mieux confirmant alors par ses résultats que Jean-Baptiste Say a vu juste quand il a énoncé que l’offre crée la demande.

3. Quand la mère est l’entreprise juridiquement constituée, l’existence d’actifs directs est patente.

Il n’y a pas d’entreprise juridiquement constituée sans un bilan périodiquement mis à jour par l’inventaire de ses actifs. C’est pourquoi le Code du commerce français a dès sa première édition fait une obligation de l’établissement d’un tel inventaire à chaque clôture d’exercice.

L’usage ne qualifie pas de directs les actifs d’une entreprise juridiquement constituée parce que cela de soi : ces actifs appartiennent à l’entreprise contractuelle pour laquelle un bilan au moins annuel est produit. Ils n’en sont pas moins des actifs directs parce qu’ils seraient réalloués à un autre propriétaire ou détruits si cette entreprise contractuelle disparaissait.

4. Un actif A d’une entreprise E, juridiquement constituée, est susceptible d’être aussi un actif direct de plusieurs entreprises internes à E.

Un exemple se constate en allant faire des courses dans une grande surface de vente au détail. Quand cette grande surface est une entreprise juridiquement constituée (bien que possiblement son enseigne soit celle d’une chaîne de magasins franchisés), tout son agencement et tout le stock de marchandises font partie de ses actifs. Conjointement, certains de ces agencements et de ces stocks sont constitutifs des actifs directs de l’un de départements.

Au sein de chaque département, il en va de même pour les rayons : leurs actifs directs sont une partie de ceux du département auquel ils appartiennent. Le stock d’un produit vendu dans l’un de ses rayons, éventuelle quantité en réserves comprise, est un actif direct de l’entreprise dans l’entreprise que la vente de ce produit constitue.

5. La somme des actifs directs des filles est souvent inférieure aux actifs directs de la mère.

C’est le cas chaque fois qu’un actif direct de la mère n’est pas aussi un actif direct de l’une des filles. Par exemple, dans un magasin en libre-service, les chariots mis à la disposition des clients et les caisses d’enregistrement des achats ne sont pas des actifs directs d’un rayon, non plus que d’un département constitué de plusieurs rayons.

L’illustration numérique qui sert ici de fil conducteur tient compte de ce fait avec en cellule C1 (colonne C, ligne 1) un montant plus élevé que la somme des cellules A1 et B1.

6. La valeur la plus actuelle d'un actif est son prix de remplacement.

Mais, objecteront des experts en ces questions, la traditionnelle comptabilité analytique d’exploitation et le contrôle de gestion tel qu’il est aujourd’hui le plus pratiqué tiennent compte des actifs en faisant figurer dans les coûts leurs amortissements, de la même façon qu’en comptabilité générale les dotations périodiques aux amortissements d’immobilisations font partie des charges, comme d’éventuelles autres provisions. Ce dernier point est incontestablement exact, définitivement exact. Il n’autorise cependant pas à perpétuer trois erreurs :

  1. Les dotations aux amortissements d’actifs sont des abondements de provision en vue du renouvellement de ces actifs. Tenir compte de cette nécessité, indispensable pour ni surestimer les marges finales ni sous-estimer les prix de revient, ne dispense toutefois pas d’évaluer des retours sur investissements, autrement dit des rentabilités au sens ci-dessus défini (point 1). De deux filles qui ont la même profitabilité directe, comme dans l’illustration numérique du tableau gigogne (ligne 7, colonnes A et B), une seule chose garantit qu’elles ont aussi la même rentabilité directe : la valeur de remplacement de leurs actifs directs est identique (dans l’illustration numérique et comme en réalité fort souvent, ce n’est pas le cas : ligne 1, colonnes A et B).
  2. Tous les actifs immobilisés ne sont pas amortissables. C’est notamment le cas d’un terrain quand il n’est pas celui d’une carrière en exploitation. Or la valeur de ces actifs fait partie de ce qui est le cas échéant à prendre en compte pour comparer des rentabilités directes. Par exemple, la fille A nécessite peut-être l’usage d’une emprise foncière pour un stockage tout à fait séparé alors que la fille B n’a besoin que d’une réserve sur palettes située dans le bâtiment principal où se font tous les achats et toutes les ventes, aussi bien pour A que pour B.
  3. Deux lots d’actifs peuvent faire l’objet de dotations d’amortissement identiques alors que leurs valeurs de remplacement, base de calcul de rentabilités directes, sont différentes. Cela dépend de leurs durées moyennes pondérées d’amortissement. Inversement et pour la même cause, deux lots d’actifs peuvent faire l’objet de dotations d’amortissement différentes alors que leurs valeurs de remplacement sont identiques.

7. Amortir et rentabiliser ne reviennent pas au même.

La confusion n’en reste pas moins encore très fréquente. On entend en effet souvent tenir des propos du genre : « cet investissement a été / sera amorti en » tant de temps « donc il a été / sera rentabilisé au terme de cette période ». C’est aussi une erreur de gestion d’entreprise : ce n’est parce qu’un équipement y a été amorti qu’il est sans dommage que sa rentabilité soit nulle.

Soit F le cumul corrigé de la dépréciation monétaire d’une série de dividendes annuels d’une action A. Il vient un moment où la valeur de A, elle aussi corrigée de la dépréciation monétaire depuis son acquisition, est égale à F. De cette égalité, il ne résulte pas que le placement constitué par l’acquisition de A est amorti. Il en résulte encore moins que, passé ce moment, il devient superflu que la conservation de A procure des dividendes. Une rentabilité proprement dite est un rapport entre un gain et une mise. Quand une rentabilité proprement dite est en moyenne de 5 ou 10 % l’an, cela ne signifie pas 20 ou 10 ans, alors qu’un amortissement linéaire de 5 ou 10 % l’an est lui sur 20 ou 10 ans.[1] Seuls les actifs à renouveler sont amortissables. Il n’est pas dans la nature d’un placement en capital d’être de cette sorte.

En matière de financement, le principal d’un prêt ou un apport en capital est une chose qui, quand il s’agit d’un prêt ou d’une souscription d’actions restituables, fait l’objet d’un engagement de remboursement. Cet objet n’est pas celui d’un échange économique. C’est pourquoi en économie de plein échange, il n’y a qu’en cas d’absence de bénéfices que les parts de capital social ne sont pas rémunérées, dans toutes les formes juridiques de sociétés dotées d’un capital.

8. Aucun sous-ensemble d’une entité juridiquement constituée n’a un bilan complet.

Un bilan complet comporte un actif et un passif. Seules les entités juridiquement constituées en ont un. Cela provient du fait qu’un sous-ensemble d’une entité juridiquement constituée ne peut pas être déclaré en cessation de paiement, autrement dit faire l’objet d’un dépôt de bilan. Cette impossibilité, qui est d’ordre public (rappel de ce point en 12 ci-dessous), a une conséquence économétrique.

Sur le papier, il est toujours possible de faire correspondre à l’actif direct d’un sous-ensemble d’une entité juridiquement constituée un passif de même montant. Mais cela expose à déformer la réalité. Soit, par exemple, dans un kiosque de journaux le stock de début de journée des quotidiens en vente. Le fournisseur de ce stock facture par relevé hebdomadaire payable à 15, 30 ou 45 jours, moyennant un supplément de 0,5 % si c’est à 30 jours ou de 0,75 % si c’est à 45 jours. Le constat que l’actif circulant constitué par ce stock n’est financé que par du crédit fournisseur paraît s’imposer. Il est pourtant lourdement fautif pour la raison suivante. Une entreprise juridiquement constituée a plus ou moins recours au crédit fournisseur et à d’éventuels autres endettements selon ce que permet la hauteur relative de son capital au passif de son bilan. Tirer le plus possible, modérément ou pas du tout sur le crédit fournisseur, comme sur toute autre « facilité » de trésorerie (escomptes, découverts, affacturage), n’est déterminé que par cela : la hauteur relative du capital net (le cas échéant, pertes sur exercice antérieur déduites) au passif de son bilan, avec la tentation douce à entendre car elle dédouane d’efforts et fait miroiter l’enrichissement sensationnel : minorer cette hauteur relative afin de maximiser la rentabilité du capital et la plus-value de cession.[2]

9. Les actifs directs des filles A et B sont financés par la même proportion de capital.

Quand les rentabilités directes de deux filles sont :

  • égales, leurs contributions à la rentabilité du capital de l’entreprise juridiquement constituée sont identiques,
  • inégales, leurs contributions à la rentabilité du capital sont dans la proportion de ces rentabilités directes : si par exemple la rentabilité directe de la fille A est 2 fois supérieure à la rentabilité directe de la fille B, la contribution à la rentabilité du capital de l’entreprise juridiquement constituée de la fille A est 2 fois supérieure à celle de la fille B.

10. L’affectation d’une recette à un dû n’est pas opposable à un créancier.

Cette règle est d’ordre public pour au moins deux raisons.[3] Elle limite à l’inévitable la contagion des infortunes. Elle facilité la contractualisation honnête des rapports économiques. C’est toutefois, sur ce second point, avec une faille quand l’entité gérée est une association privée à but non lucratif ou une collectivité publique. La première peut faire appel à des dons qu’elle annonce affectés à une partie de ses œuvres ; or le seul moyen de garantir que ce sera bien le cas est la création d’une association uniquement dédiée à cette partie. La deuxième peut obliger à des dons, par la création ou l’augmentation d’un impôt qu’elle annonce dédiée à une dépense nouvelle ou accrue ; or le seul moyen de faire en sorte que ce soit bien le cas est de créer une agence qui via le trésor public est créditée du tout du prélèvement imposé et seulement de ce tout, faute de quoi il y a manquement à l’honnêteté des rapports économiques entre les électeurs désormais tous assujettis au paiement d’impôts et les pouvoirs publics.

L’affectation d’une recette à un dû n’étant pas opposable à un créancier, l’affectation d’un crédit fournisseur au seul financement de ce qui a été acheté à ce fournisseur est un expédient et non pas une saine règle de gestion, pour la raison économiquement impérative et juridiquement équitable exposée au second paragraphe du point 10. En revanche, augmenter le coût direct d’une fourniture de frais financiers engendrés par la manière dont elle a été payée est, elle, de bonne gestion.



[1] Le fameux price earning ratio, PER, exprime une durée à la place d’une rentabilité. Plus il est petit, plus la rentabilité est grande, tout au moins par rapport au cours de l’action, ce cours étant possiblement nettement supérieur ou inférieur à la valeur exploité de cette action. Le PER atrophie la comparaison des rentabilités exprimées à l’endroit, dans le même sens que les taux d’intérêt et de résultat sur capital des sociétés non cotées, coopératives comprises. Or la concurrence fonctionne au mieux avec des comparaisons qui ne nécessitent pas de faire des calculs pour y procéder, cela sur tous les marchés. Cela constitue un argument de grand poids dans l’examen de ce qui est d’ordre public en matière de ratios financiers de plus grand usage, y compris bien entendu sur les marchés les plus spéculatifs.

[2] Même quand le capitalisme n’est pas en son meilleur état, cette règle de gestion est imbécile, comme celle avec laquelle elle est souvent appariée : acheter le moins cher possible, vendre le plus cher possible. Une économie politique qui a dans ses préceptes ces deux règles de gestion prêche des sornettes. De la manière dont se font et se défont des fortunes ne se déduit pas rationnellement la plus saine.

[3] Jacques n’a pas payé ses dernières échéances d’emprunt immobilier ainsi que ses dernières factures d’électricité et de gaz. Auparavant, il s’acquittait de ces débours par un loyer qu’il percevait. Mais le locataire ne paie plus. Un juge est saisi du cas de Jacques. Ce dernier, qui n’a pas pris d’avocat, plaide : je ne peux plus acquitter ces échéances parce que je ne suis plus payé des sommes avec lesquelles je le faisais. Le juge commence par lui opposer qu’une façon de gérer ses affaires n’est pas opposable à ses créanciers. Ce disant, en son for intérieur il rumine une fois de plus que les politiques qui affectent à tour de bras des recettes publiques à des catégories de dépenses contreviennent à un devoir que la loi  ordonne.

 

11.8. Des rentabilités, productivités et profitabilités directes sont de même appartenance.

1. Rappelons que nous appelons exclusivement :

  • rentabilité un ratio qui a pour numérateur une marge et pour dénominateur un élément de bilan — un stock —, qu’il s’agisse soit du capital ou d’endettement parmi les ressources financières, soit d’une une partie ou la totalité des emplois de ces ressources, autrement dit d'actifs ;
  • productivité un ratio qui a pour numérateur un flux autre qu’une marge et dont le dénominateur est celui d’une rentabilité ;
  • profitabilité un ratio qui a pour numérateur celui d’une rentabilité et dont le dénominateur est le numérateur d’une rentabilité.

Dans tous les cas où il y a production d’une marge, quel que soit le nom donné à la marge (bénéfice, différence, contribution, gain, profit, résultat), il y a toujours une profitabilité directe P’ ainsi qu’en règle très générale une productivité directe P et une rentabilité directe R. Dans ces cas, l’équation R = P x P’ est toujours satisfaite par les définitions qui viennent d’être rappelées.

2. La matrice du tableau complet comporte neuf ou douze lignes.

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

200 %

80 %

{120 %

6

Productivité directe (2/1, P)

5

2

{3

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

40 %

40 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

 

 

Si la mère est l’entreprise contractuelle :

 

10

sa rentabilité R (C9/C1) *

4,4 %

 

11

sa productivité P (C2/C1) *

2

 

12

sa profitabilité P’ (C9/C2)

2,2 %

             

Les lignes 10 à 12 ne viennent en sus qu’à la condition indiquée : la mère est au cas d’espèce l’entreprise juridiquement constituée, à savoir celle avec laquelle fournisseurs et clients contractent. Quand ce n’est pas le cas, la mère est l’une des unités productrices de marge de l’entreprise juridiquement constituée.

3. Attention au cas dans lequel la mère est une entreprise juridiquement constituée.

Alors en lignes 10 et 11 la rentabilité et la productivité sont celles des actifs de cette entreprise. Si cette dernière est, par exemple, une société dont le capital social est égal à 70 % des actifs, soit 315, alors son plus important RPP’ est comme suit :

 

9

Marge finale (C4 – C8)

20

 

10

Rentabilité du capital, R (315/C9)

6,35 %

 

11

Productivité du capital, P (C2/315)

2,86

 

12

Profitabilité, P’ (C9/C2)

2,22 %

4. Les rentabilités, productivités et profitabilités des entreprises juridiquement constituées sont de même appartenance.

Cette appartenance est l’ensemble des entreprises juridiquement constituées domiciliées dans l’espace géographique considéré, tous secteurs entrepreneuriaux confondus ainsi qu'à raison de l’un de ces secteurs.

Si, au cas d’espèce, le nombre d’entreprises juridiquement constituées est de un million, alors à ce seul titre la concurrence est susceptible de réguler, inciter et dissuader par un million de relations RPP’. Qui n'a pas vu cela est exposé à mal estimer la machinerie que constitue une économie de marché car toutes les entreprises jurdiquement constituées de même nationalité y sont portentiellement toutes en concurrence sur le marché du capital par leurs rentabilités.

5. Les rentabilités directes, productivités directes et profitabilités directes des centres de production de marge internes aux entreprises juridiquement sont en grappes de même appartenance.

De là à montrer qu’il existe une loi de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance, que cette loi jusqu’à présent non enseignée reste ou non plus souvent repoussée qu’admise, il n’y a qu’un pas que nous allons franchir dans la suite de ce chapitre.

L’informatique rend désormais possible la connaissance et la prévision de toutes les rentabilités, productivités et profitabilités directes qui participent à la formation de la rentabilité, positive ou négative, de l’entreprise juridiquement constituée.

Si le nombre moyen des centres de production de marge par entreprise juridiquement constituée est de mille et le nombre de ces entreprises d’un million, alors la concurrence est susceptible de réguler, inciter et dissuader par mille et un millions de relations RPP’. Cela ne fait que renforcer ce qui a été jugé plus haut : qui n’a pas vu cela est exposé à mal évaluer la machinerie que constitue une économie de marché car toutes les entités récursivement productrices de marge, positive ou négative et depuis la création jusqu’à la disparition de chacune d’entre elles, y sont potentiellement astreintes à un niveau normal de rentabilité directe — normales et non pas maximales comme le mix idéologique tenant lieu de science économique en entretient le préjugé et, ce faisant, nuit au plein-emploi ainsi qu’à davantage de concorde.

11.9. La concurrence est défaillante quand elle ne réduit pas les inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

Une loi naturelle tenue sous le boisseau

1. Les sens univoques aident à dégager ce qui en réalité n’est pas équivoque.

Avec :

  • M de marge (un bénéfice est une marge) ; 
  • I d’investissement (d’immobilisations et d’autres actifs) ;
  • V de vente (chiffre d’affaires) :

M / I = V / I x M / V

Rentabilité = Productivité x Profitabilité

Relation de Brown

 

Quand n’est plus appelé « rentabilité » qu’un ratio de la famille de type M / I, « productivité » qu’un ratio de la famille V / I, « profitabilité » qu’un ratio de la famille M / V, alors le rôle que la relation de Brown joue dans la régulation des prix auxquels les entreprises vendent devient aussi incontestable que le rôle joué par cette même relation dans la détermination, pays par pays, du revenu total du travail  (chapitre 8).

En conséquence de progrès techniques stimulés par la concurrence, les tendances qui affectent chacun des trois termes de la relation de Brown sont les mêmes à tous les niveaux où cette relation joue. En règle générale, les productivités augmentent cependant que les rentabilités sont stabilisées et les profitabilités abaissées.

2. Dans l’illustration numérique que ce chapitre utilise, la rentabilité directe de la fille 1 est très différente de celle de la fille 2.

Filles : gammes ou références qui sont productrices de marge et dont la mère est une entreprise de droit ou une entreprise de fait dans l’entreprise de droit (la pâtisserie et la boulangerie sont, par exemple, filles chez un pâtissier-boulanger)

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

4

Marge directe

200

160

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

200 %

80 %

{120 %

6

Productivité directe (2/1, P)

5

2

{3

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

40 %

40 %

{40 %

Matrice du tableau complet et ensemble de l'illustration numérique

La moyenne pondérée de la rentabilité de la fille 1 et de la fille 2 est indiquée dans la colonne « Mère » : 120. La rentabilité de la fille est 1,7 fois (200 / 120) plus grande que la moyenne pondérée. La rentabilité de la fille 2 est 1,5 fois (120 / 80) plus petite que la moyenne pondérée.

En commerce de gros et de détail, les profitabilités directes de deux articles de la même famille dans le même rayon (du même département, le cas échéant) sont souvent identiques. Ce n’est pas pour autant que les rotations de stock, constitutives de leurs productivités directes, sont les mêmes. Or dès que les productivités directes sont différentes alors que les profitabilités directes sont les mêmes, les rentabilités directes sont différentes, du fait de la relation RPP’ : toute rentabilité R est égale à une productivité P multipliée par une profitabilité P’. Chez un fabricant d’outils métalliques de jardin à manches universels, les différents modèles de manches ou de parties métalliques sont des articles de la même famille. Il se peut que les prix de vente de ce fabricant soient tels que les profitabilités directes de ces deux familles sont les mêmes. Ce n’est pas pour autant que leurs productivités directes sont les mêmes. Ce n’est donc pas pour autant que leurs rentabilités directes sont les mêmes. Il en va pareillement à de plus hauts et bas niveaux : ce n’est pas parce que deux entreprises juridiquement constituées ont la même profitabilité finale (même taux de bénéfice sur chiffre d’affaires) qu’elles ont la même rentabilité finale (même taux de bénéfice sur capital) ; ce n'est pas davantage parce que les râteaux, les binettes et les louchets pouvant être montés sur les mêmes manches universels ont la même profitabilité directe que la rentabilité directe de la vente de ces outils est la même.

Il est encore très répandu que :

  • dans la presse économique, les rentabilités dont il y est question soient généralement des profitabilités, souvent comparées abusivement, comme des rendements par personne employée sont tout aussi abusivement tenus pour être des mesures pertinentes de la productivité économiquement la plus importante :
  • dans la gestion générale et au quotidien d’un grand nombre d’entreprises, de la profitabilité soit bien plus souvent confondue avec de la rentabilité que distinguée, ce qui n’est sans inconvénient que là où les productivités sont à peu près égales.

3. Les chiffres du précédent tableau décrivent une situation initiale : celle dans laquelle les profitabilités directes des filles sont identiques ou faiblement différentes.

Plus généralement dit : situation dans laquelle les profitabilités directes de même appartenance sont identiques ou faiblement différentes. Cette situation est souvent initiale parce qu’en gestion d’entreprise les ratios les plus faciles à budgéter et à exploiter sont des profitabilités et non pas des rentabilités :

  1. Pour budgéter des taux moyens de profitabilité, la connaissance de prix de vente de la concurrence ou d’entreprises similaires et l’épure du compte de résultat (ex compte d’exploitation) suffisent, ce d’autant mieux que ce qu’a été ce compte sur les derniers exercices est connu et a fait l’objet de tirages de ratios de profitabilités (taux de marge brute, de marge demi-nette, de marge nette, dès lors qu’ils sont par rapport au chiffre d’affaires ou à un prix de revient des ventes, sont des profitabilités).
  2. Pour exploiter des objectifs de profitabilité moyenne, il suffit d’utiliser des coefficients multiplicateurs de prix d’achat ou de revient, autrement dit de coûts directs.

Dans l’illustration numérique, le coefficient multiplicateur de coûts directs est de 1,667 (ligne 7 ci-dessous) puisqu’une marge sur chiffre d’affaires (sur prix de vente) de 40 % est de 66,7 % sur coût (sur prix de revient) :

2

Chiffre d’affaires

500

400

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

200

160

{360

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

(4/3)

Coefficient multiplicateur (2/3)

40 %

67  %

1,667

40 %

67  %

1,667

{40 %

67  %

1,667

4. Supposons les eaux minérales, les jus de fruit et les sodas, les bières, les vins courants et les vins fins vendus par le commerce de gros et de détail à la même profitabilité — aux mêmes taux de marge sur prix.

Les productivités directes de ces articles sont, au stade de leur distribution, des rotations de stock. Les quantités vendues font que ces rotations, ou productivités (capacités d’1 € ou $ etc. de stock à produire n € ou $ etc. de chiffre d’affaires par an), sont inégales. Les plus hautes sont celles des eaux minérales. Les plus basses sont celles des vins fins. Les rotations des jus de fruit, sodas, bières et vins courants sont, elles, moindres que celles des eaux minérales mais nettement plus élevées que celle des vins fins (et des alcools).

Tant que pour toutes ces familles d’articles les profitabilités sont initialement égales ou très proches, les rentabilités sont inversement proportionnelles aux productivités, par effet mécanique de la relation RPP’. Il est alors nettement plus rentable de vendre de l’eau minérale que des vins fins, bien que ce soit tout aussi profitable. Mais qu’est-ce que la concurrence, d’autant plus étroitement qu’elle est centrée par le législateur sur la comparabilité des prix, oblige à faire baisser puis empêche de remonter sensiblement ? En tout état de cause, ce n’est pas la productivité !

5. D’autant plus vite que la fixation des prix est libre et l’ouverture de nouveaux commerces de boisson est elle aussi libre, ce sont les profitabilités qui tendent à devenir inversement proportionnelles aux productivités.

Si, au stade du commerce de gros et de détail, acheter et vendre de l’eau minérale est comparativement à une autre boisson nettement plus rentable, alors tôt ou tard un commerçant augmente ses ventes d’eau minérale en réduisant son taux de marge sur cette famille d’articles. Dans un premier temps, il se peut que la rotation de stock de cette famille — constituant principal ou unique de sa productivité directe — s’en trouve tellement accrue que la rentabilité directe s’en trouve accrue. Un nouveau palier s’en trouve établi : celui à partir duquel une augmentation des ventes et de la marge dégagée en valeur absolue peut être tentée en abaissant d’un cran la profitabilité — le coefficient multiplicateur moyen appliqué aux prix d’achat.

La liberté de l’offre, tant en matière d’assortiments que de prix, établit et entretient par essais successifs la dispersion des profitabilités directes de même appartenance en rendant ces dernières de plus en plus inversement proportionnelles aux productivités correspondantes. Bien entendu, certains de ces essais sont toujours susceptibles d’avoir été mal calibrés, mais ce sont ceux ayant réussi qui font la loi. Dans l’illustration numérique ici utilisée, dès lors que la concurrence influe l’évolution des profitabilités directes des filles 1 et 2 (des produits ou groupes de produits 1, 2, 3, etc.), ces dernières tendent à devenir inversement proportionnelles à leur productivité. En règle générale, qui n’a pour exception que des entraves à l’entrée en concurrence et à la comparabilité des offres à même fin (telle sorte de boisson, telle sorte d’isolant, telle sorte de véhicule, etc.), les plus hautes productivités (rapport entre les chiffres d’affaires et les actifs directs) vont de pair avec les plus basses profitabilités et les plus basses productivités avec les plus hautes profitabilités.

6. En faisant les profitabilités P’ inversement proportionnelles aux productivités P correspondantes, la concurrence sanctionne les refus d’égalisation des rentabilités de même appartenance.

Là où la comparabilité des offres des entreprises à leurs clients potentiels n’est pas obérée, l’économie de marché est régie par une loi naturelle (logique, systémique) de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance. Dès le niveau de comparaisons où se situent les entreprises juridiquement constituées de même nationalité ou internationalité (les constructeurs européens de voitures, les opérateurs nord-américains de télécommunication, les fabricants asiatiques d’ordinateurs, par exemple), cette loi de tendance et de sanction est à l’œuvre. Celles de ces firmes qui sont les plus hautement rentables voient la concurrence s’accroître sur leur cœur de métier. Elles n’évitent alors la sanction d’une trop grosse perte de part de marché qu’en acceptant une baisse de leurs profitabilités jusqu’à ce que leurs rentabilités soient ramenées à leur niveau suffisant — sur ce niveau, voir relation EPCE.

Au niveau de comparaisons où se trouve chacune des offres faite par une entreprise à ses clients — telle fourniture, qu’il s’agisse d’une machine ou de l’une de ses parties, d’une prestation de service, de consommable, etc. —, la même loi règne. Les décisions de prix de vente qui se tiennent plus près de l’égalisation des profitabilités que de celle des rentabilités sont sanctionnées par la concurrence : elles abaissent la compétitivité par rapport à ce qu’elle serait en prenant le parti contraire.

7. Le résultat des vérifications statistiques de l’existence de la loi de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance ne fait aucun doute.

Quand en industrie et en agriculture, en artisanat, en négoce, en assurance et autres fournitures de services financiers, les profitabilités de même appartenance sont-elles statistiquement plus dispersées que les rentabilités correspondantes ? Quand les profitabilités inférieures à leur moyenne sont-elles le plus souvent appariées à des productivités elles-mêmes supérieures à leur moyenne ? Et quand les profitabilités supérieures à leur moyenne sont-elles le plus souvent appariées à des productivités inférieures à leur moyenne ? Si ce n’est généralement pas quand la comparabilité des prix auxquels les entreprises vendent a été entravée ou quand ces prix sont ceux de fournitures par des monopoles, alors l’existence de la loi de tendance à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance est, aux conditions que sa théorie prédit, confirmée.

Cette confirmation ne fait aucun doute. Dans le secteur de la distribution de produits manufacturés, les taux moyens de marge sur chiffre d’affaires sont très généralement plus faibles pour les produits de grande rotation de stock que pour ceux qui se vendent moins vite. Dans l’industrie, ces mêmes taux moyens sont très généralement plus faibles pour les 10 à 20 % de produits qui font de 90 à 80 % des ventes. Que cela soit principalement dû à la psychologie des chalands et des vendeurs est fort improbable. Ce qui serait scandaleux et promptement redressé par la concurrence serait que les vélos fabriqués en grande série soient durablement vendus aux mêmes taux de marge que des voitures de luxe ; et que les taux de bénéfice final des supérettes, supermarchés et hypermarchés ne soient pas inférieurs à ceux des antiquaires et de la haute couture — et même aussi inférieures à celle des grands magasins parisiens entre autres. La réduction par la libre entrée sur les marchés de la dispersion des rentabilités des entreprises juridiquement constituées n’est que l’un des effets de la loi économique plus générale de réduction par la concurrence des rentabilités de même appartenance.

11.10. La répartition la plus compétitive des marges directes, et ce faisant des coûts communs, est souvent au prorata des actifs directs.

Les cas dans lesquels la répartition d’une marge au prorata des actifs directs est inutile ou impossible sont indiqués à partir du 5 ci-dessous. En calcul de prix de vente, un procédé de réduction de la dispersion des rentabilités directes de même appartenance a pour données par article sa quantité vendue et son coût unitaire, ainsi que pour l’ensemble des articles un objectif de taux moyen de marge sur chiffre d’affaires. Ce procédé est exposé à partir du 7 ci-dessous.

Matrice du tableau complet et ensemble de l’illustration numérique

1. Le tableau gigogne est utilisable en mode budgétaire.

Par « mode budgétaire », nous désignons l’utilisation de l’arborescence des tableaux gigognes de telle façon qu’elle puisse aller jusqu’aux calculs et décisions des prix de vente unitaires. Le point de départ de cette utilisation est un exemplaire du tableau le plus agrégé de l’arborescence considérée sur le modèle de celui-ci :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

 

 

 

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

 

 

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

 

 

 

6

Productivité directe (2/1, P)

 

 

 

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

 

 

 

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

 

 

La mère étant l’entreprise contractuelle :

 

10

Rentabilité du capital, R (315/C9)

6,35 %

             

2. En mode budgétaire, le tableau est renseigné de bas en haut.

Comme dans l’illustration numérique ci-dessus, sont d’abord renseignés :

  1. Ligne 9 : un montant de marge à dégager :
  • Quand la mère est l’entreprise juridiquement constituée, un taux de rentabilité est d’abord introduit en ligne 10. Puis l’application de ce taux au montant du capital (315) donne la marge à dégager (20).
  • Aux niveaux suivants, le montant porté en ligne 9 est un report d’une marge directe d’une fille, cette marge directe ayant été déjà budgétée à un niveau plus agrégé.
  1. Ligne 8 : un montant de coûts communs (340
  2. Ligne 4, colonne C : la somme des montants se trouvant en lignes 9 et 8 (360)
  3. Ligne 3 : les coûts directs des filles (300, 240)
  4. Ligne 1 : les actifs directs des filles (100, 200)

3. Quand la marge augmentée des coûts communs est répartie au prorata des actifs directs des filles, les rentabilités directes des filles sont égales.

Les objectifs de profitabilités directes des filles sont alors inversement proportionnels aux productivités correspondantes :

 

 

A

B

C

 

 

Fille 1

Fille 2

Mère

1

Actifs directs

100

200

450

2

Chiffre d’affaires

420

480

900

3

Coûts directs

300

240

{540

4

Marge directe (2 – 3)

120

240

{360

5

Rentabilité directe (4/1, R)

120 %

120 %

{120 %

6

Productivité directe (2/1, P)

4,2

2.4

{3

7

Profitabilité directe (4/2, P’)

27 %

50 %

{40 %

 

8

Coûts communs

340

 

9

Marge directe (C4 – C8)

20

           

4. La réduction de la dispersion des rentabilités directes de même appartenance améliore la compétitivité.

Par cette réduction, les profitabilités sont d’autant plus abaissées et relevées que les productivités sont supérieures ou inférieures à leur moyenne (ligne 6, colonne C). Ce que la concurrence par la comparabilité des prix tend à établir est mieux anticipé. L’offre est plus compétitive parce que les produits les plus vendus sont à des prix qui subventionnent moins ou plus les produits les moins vendus.

Soit une entreprise juridiquement constituée dont tous les prix de vente sont en permanence ajustés de telle façon qu’il en résulte le moins possible d’inégalités des rentabilités directes de même appartenance. Alors pour la rentabilité de cette entreprise, il devient indifférent que la structure des ventes change. Il n’y a plus de ventes qui en subventionnent d’autres. Les prix de vente sont, au regard de la justice distributive, équitables, comme seraient équitables les prix de deux entreprises ne vendant chacune qu’une fourniture et dont les rentabilités respectives seraient égales entre elles et avec ce qui est nécessaire au rétablissement ou au maintien du plein-emploi.

5. La répartition d’une marge, ou même seulement de coûts communs, au prorata des actifs directs est inutile quand les productivités sœurs P sont égales.

Dans un tel cas, les rentabilités R et les profitabilités P’ de même appartenance sont toutes dans le même rapport, puisque par définition R = P x P’. Alors, répartir au prorata des actifs directs revient au même que de le faire au prorata des coûts directs.

Dans la durée, l’évolution des productivités P de même appartenance n’en est pas moins à surveiller, car elle est toujours susceptible d’être affectée par l’évolution de la structure des ventes, augmentant là où les ventes se concentrent et restant stables ou diminuant sur le reste de l’offre. La connaissance, même « à la louche », des actifs directs est indispensable à l’exercice de cette surveillance, faute de quoi les productivités de même appartenances sont inestimables.

6. Certaines ventes ont une profitabilité directe mais elles n’ont pas d’actifs directs et donc pas de rentabilité et de productivité directes.

Considérons, pour exemples, comment s’effectuent certaines ventes dans le commerce de médicaments et de pièces détachées ainsi qu’en règle générale les souscriptions de polices d’assurance et leurs paiements de primes. Elles font partie des transactions effectuées sans immobilisation d’un actif direct par le vendeur, parce que soit ce dernier répercute la commande d’un acheteur à un autre fournisseur et n’immobilise lui de ce fait aucun stock, soit la nature du service vendu a le même effet.

Des profitabilités directes de ces transactions existent sous la forme de taux de marges brutes ou de commissions, ces taux étant sur les montants vendus. Mais ces profitabilités P’ ne sont appariées ni à des rentabilités R ni à des productivités P tant que l’une de leurs agrégations ne fait pas apparaître l’immobilisation d’au moins un actif. Alors toute rentabilité R est le produite d’une productivité P par une profitabilité P’, il y a des profitabilités directes P’ qui ne sont pas appariées à une rentabilité R et une profitabilité P’.

7. La répartition du nombre de réapprovisionnements par article est rendue économiquement optimale par l’application d’un théorème.

Cette application optimise la valeur du stock moyen, et donc de la productivité (de la rotation de stock) d’un assortiment : pour n’importe quelle autre répartition du nombre total de réassorts entre les articles, le stock moyen est plus élevé et sa rotation d’un peu à beaucoup plus basse.

Soit une série de fractions N (numérateur) sur D (dénominateur). Les numérateurs N sont des nombres positifs et ces nombres sont connus. En revanche,  pour les dénominateurs D seule leur somme S, elle aussi positive, est  connue et chaque élément de cette somme doit lui-même être positif. Le problème consiste à déterminer chaque dénominateur D qui fait que la somme des fractions N / D est minimale. C’est le cas quand seulement la somme S est répartie entre les D proportionnellement au rapport entre la racine carrée de chaque N et la somme des racines carrées des N (attention : la somme des racines carrées des N et non la racine carrée de la somme des N). Ce théorème se démontre par des dérivés doubles, mais un tableur permet de constater facilement au moyen de séries numériques arbitraires qu’il y a bien là une loi de

répartition optimale[1].

8. La répartition optimale d’un nombre total de commandes entre les articles d’un même assortiment est une application du théorème ci-dessus indiqué.

Le nombre de fractions est égal au nombre d’articles. Pour chaque article, le numérateur N est le produit de sa quantité vendue (ou consommée) par le coût unitaire (le prix d’achat). S est le nombre total de commandes. Le rapport entre la racine carrée de N et la somme des racines carrées des N est la clé de répartition, article par article, de S.[2]

Pour calculer, à partir d’un objectif de marge, des prix unitaires qui tendent à égaliser les rentabilités directes de ces articles, il suffit d’utiliser le rapport entre la racine carrée de N et la somme des racines carrées des N. Pour chaque article, la marge en valeur absolue à lui affecter est égale à ce rapport appliqué à la marge totale, elle aussi en valeur absolue. De la sorte, les articles de plus grande rotation (productivité) sont ceux auxquels les plus petits taux de marge sur vente (profitabilités) sont affectés et, inversement, les articles de plus faible rotation sont ceux auxquels les plus forts taux de marge sur vente sont affectés. Il se vérifie expérimentalement que les prix ainsi calculés sont ceux que la concurrence tend à former. Autrement dit, il se vérifie expérimentalement que ces prix sont ceux qui tendent à égaliser les rentabilités (productivité fois profitabilité) article par article.

9. Au lieu d’utiliser la racine carrée de chaque N, produit de la quantité vendue (ou consommée) par le coût unitaire (le prix d’achat), on peut aussi bien utiliser la puissance 0,5 de ce montant, c’est mathématiquement équivalent.

En faisant de cette puissance un exposant e, avec e = 1 les profitabilités, c’est-à-dire ici les taux de marge sur prix de vente, sont identiques alors que la concurrence tend à les disperser – avec comme déjà remarqué les plus petites profitabilités pour les articles de plus grande rotation de stock, en règle générale. Avec e = 0,1, on obtient au contraire des profitabilités considérablement plus dispersées que la concurrence tend à les faire. C’est, le plus souvent, avec e compris entre 0,6 et 0,8 qu’on obtient la ligne de prix la plus proche de celle que la concurrence tend à faire prévaloir.

Et c’est aussi, le plus souvent, avec e = 0,5 qu’on obtient la ligne de prix qui anticipe le mieux les futures baisses de prix sur les articles de plus forte vente. Cela n’existerait pas si la concurrence ne tendait pas à égaliser les rentabilités directes de même appartenance, CQFD[3].



[1] Le modèle (la formule) de Wilson,  qui est d’autant plus un grand classique des manuels sur la gestion des stocks et de la recherche opérationnelle que sa représentation graphique est spectaculaire (voir page 7 de ce document), a pour fondement mathématique le théorème qui vient d’être énoncé sans que ses concepteurs puis ses utilisateurs s’en soient à notre connaissance rendu compte. Cela se déduit algébriquement. Notons qu’en matière d’approvisionnements et de stocks, les notions de coût d’acquisition et de coût de possession se prêtent à une erreur de gestion et plus largement de raisonnement économique. En cas de remise quantitative, rapprocher la baisse de coût d’acquisition du supplément de coût de possession n’indique pas quelle est la solution la plus rentable. Cette dernière est, en effet, celle qui procure le meilleur retour de marge par franc de stock investi. Très nettement moins de circonstances qu’il est généralement admis justifient un ralentissement de la rotation de stock, autrement dit de la productivité. En venir aux flux tendus est souvent un remède qui consiste à soigner un mal de tête en coupant ladite tête, avec les dommages commerciaux et environnementaux qui en résultent.

[2] Si cette clé est effectivement appliquée à la gestion des approvisionnements, le montant en stock de l’assortiment considéré est minimisé, toutes choses égales par ailleurs. La rotation de stock pour ce même assortiment étant de ce fait maximisée, il y a contribution à l’élévation de la productivité dont dépend in fine à l’échelle nationale le niveau des salaires — cette productivité-là et non pas celle dite du travail : pour faire des chefs d’entreprise mieux-disants en matière salariale, c’est d’abord leur formation économique de base qui est à revoir, tout le monde s’en portera mieux pour autant que cette révision sorte de l’ornière creusée par la vulgate mercantiliste à laquelle l’application « des sciences économiques » en vigueur se résume.

[3] Ce qui s’en trouve complètement démontré est la loi de tendance à l’égalisation de toutes les rentabilités directes de même appartenance, dès lors que sont tenues déliées des entraves à la concurrence par la comparabilité des rémunérations de même catégorie (salaires, dividendes, intérêts) et des autres prix ainsi que par des concentrations excessives. Cela va des secteurs d’activité entrepreneuriale jusqu’aux produits vendus à l’unité à leurs acheteurs finaux. Un peuple qui veut le plein exercice de cette loi  a fait le choix du capitalisme de maximisation des revenus du travail sous contrainte de revenus de placements suffisants au plein-emploi structurel plutôt que du mercantilisme de plus-value qui ne peut et ne veut contribuer à moins de sous-emploi structurel que par la réduction des plus bas salaires. En s’accordant sur cette préférence, un peuple œuvre efficacement à l’instauration de davantage de justice commutative et distributive. Tant qu’il ne prend pas le moyen économique de cette efficacité, comment se pourrait-il qu’il ne dissipe pas trop de son énergie en illusions qui le conduisent à désespérer de ses représentants élus par lui  puis, tôt ou tard, de sa propre souveraineté ? Où sont les autres traitements dont il dispose pour faire reculer le pourrissement moral que le mercantilisme inflige ? Certes l’éducation, mais très évidemment à condition qu’elle ne tienne pas l’économie de marché pour fatalement mercantiliste, comme presque tous nos citoyens le font quand la question « qu’est-ce qu’en règle générale une entreprise ? » leur est posée. La réponse prévalente est en effet du genre « un organe qui a pour but le maximum de profit et de plus-value », comme la réponse prévalente à la question « que maximise naturellement l’économie de marché » est du même tonneau — tonneau dont il est malséant d’envisager que son contenu provienne pour le plus gros du pressage de contrevérités élémentaires, elles-mêmes fruits d’une pseudoscience. Dans ces conditions, il est permis de considérer que la mise au jour de la loi de tendance à l’égalisation de toutes les rentabilités directes de même appartenance participe à la démonstration que le remplacement de l’économie politique en vigueur est possible et nécessaire, bien que ce remplacement ne puisse être que fort laborieux à fomenter alors que c’est le schéma à remplacer qui se respire dans l’air du temps au point que c’est son accréditation qui dans tous les milieux fait les belles carrières.

 

11.11. Les prix auxquels une entreprise vend sont suffisants quand, pour cette entreprise, les rentabilités directes de même appartenance sont égales.

1. Les concepts de rentabilité directe R, productivité directe P et profitabilité directe P’, tels que ci-dessus définis, sont univoques.

La relation RPP’ d’autant plus active qu’il y a moins d’obstructions à la concurrence par la comparabilité est précis, tout comme le sont ceux de productivité directe et de profitabilité directe. Il en résulte qu’il est factuellement faux, en règle générale, que les prix ou des prix auxquels une entreprise vend ne sont ni excessifs ni insuffisants quand les profitabilités directes de même appartenance sont égales.

En exception à la règle générale, des centres de production de marge de même appartenance peuvent avoir des productivités égales, ou bien sûr à peu près égales. En ce cas mais en ce cas seulement, des prix de vente sont à leur niveau suffisant quand des profitabilités de même appartenance sont égales.

2. Quand une entreprise est juridiquement constituée en société, la rentabilité effective de son capital est, année après année, le rapport entre les dividendes qu’elle fournit et le capital exploité — réalité différente du capital tel que coté en bourse notamment.

Ce qu’est cette rentabilité dans les entreprises en nom personnel se trouve en faisant comme si l’exploitant distinguait toujours ce qui lui revient en tant que travailleur d’une part et que propriétaire d’autre part.

J’ai dans mon patrimoine des actions de la société S cotées en bourse X. Est-ce x par action qui est exploité par S ? Oui si seulement la division des fonds propres (capital social + réserves) de S par le nombre d’actions donne un montant égal, ou à peu près égal, à X.

3. Les prix auxquels une entreprise juridiquement constituée vend sont excessifs ou insuffisants dès lors que :

  1. la rentabilité effective de son capital est insuffisante ou excessive par rapport à ce qui est en moyenne suffisant pour établir ou maintenir le plein-emploi dans le pays où elle est domiciliée, voir relation EPCE ;
  2. la totalité de son bénéfice (net tant que l’entreprise est redevable d’un impôt sur ses résultats) n’est pas distribuée pour une part en complément de salaire(s), pour une autre part en rémunération effective du placement en capital social.

4. L’autre condition principale est qu’au sein de l’entreprise les rentabilités directes de même appartenance soient identiques.

Plus ces rentabilités sont dispersées, plus dans les prix auxquels l’entreprise considérée vend certains sont excessifs et d’autres vraisemblablement insuffisants. On peut aussi dire : plus il y a de fait des subventions internes par inégalités des rentabilités directes de même appartenance.

Souvent, quand les prix qui sont de plus grande influence sur la compétitivité pourraient être baissés à condition que d’autres soient relevés, les prix à baisser sont moins nombreux que les prix à relever. C’est un effet de la loi dite des 20/80 : une petite proportion des ventes fait la plus grosse part du chiffre d’affaires et de la production de marge.

5. Des suppressions d’emploi sont évitables par la réduction volontaire des inégalités de rentabilité directe de même appartenance.

Faute de cette réduction volontaire, un centre de production de marge sur-rentable est de fait dispensateur de subventions consommées par un centre de production de marge sous-rentable ou plusieurs. Dès lors que la concurrence a pour effet la réduction de la sur-rentabilité et qu’il est trop tard pour relever de la sous-rentabilité, supprimer des emplois devient fréquemment inévitable.

Ce piège est d’autant plus redoutable que la production de marge la plus rentable est fréquemment la moins profitable. Une direction générale, faute de s’astreindre à pratiquer et faire pratiquer au sein de l’entreprise la distinction entre profitabilité et rentabilité, est exposée à faire de bonne foi le contraire de ce qui serait pour tous le plus salubre : investir davantage dans la production de marge la moins profitable mais la plus rentable, se dégager de la production de marge la plus profitable seulement après avoir cherché comment la rendre plus rentable.

6. L’évolution de la structure de ses ventes devient indifférente à une entreprise qui égalise ses rentabilités directes de même appartenance.

Que la clientèle de cette entreprise augmente ou réduise ses achats sur telle ou telle section de l’offre de cette entreprise devient alors, en effet, sans incidence sur la rentabilité de l’ensemble de l’offre.

Ce n’est qu’à cette condition que les qualités et les quantités de mises en vente par les entreprises sont des offres pleinement arbitrées par la demande. C’est aussi l’une des conditions principales auxquelles les entreprises respectent effectivement la liberté de choisir de leurs clients.

7. L’entreprenariat qui se veut équitable sans intégrer à sa gestion les conditions auxquelles les prix d’une entreprise sont suffisants se fie trop à ses bons sentiments.

Une entreprise verbalement gérée pour dégager le plus possible de bénéfice peut en fait l’être pour, exercice après exercice, atteindre au plus près l’objectif de résultat final mis par sa direction générale au départ de son processus de décisions budgétaires et de fixations d’objectifs. Si dans cette entreprise et ne serait-ce que très tacitement, les conditions principales qui rapprochent ses tarifs de vente de leurs niveaux suffisants sont admises, alors sa gestion est susceptible de se révéler pour tous (clients, salariés, détenteurs de parts de capital) plus équitable que là où les étendards de « l’économie sociale et solidaire » et du « commerce équitable » flottent à la proue et à la poupe du navire.

11.12. Tous les prix, salaires et profits compris, n’ont en commun que d’être des valeurs d’échange marchand.

1. Les rémunérations du travail ont leurs propres déterminants.

Les chapitres 8 et 9 ci-dessus, respectivement sur la répartition (de plus haut niveau, pays par pays) et le salaire (toute rémunération du travail), exposent quels sont pour l’essentiel ces déterminants. Certaines rémunérations du travail sont haussées par effet de rareté ou baissées par effet d’abondance. Ce n’est pas pour autant que l’ajustement par les prix entre l’offre et la demande se trouve être le principal déterminant des rémunérations du travail.

Sur le marché de l’emploi comme sur tout autre, les échanges sont par définition marchands. Les prix, s’ils n’ont tous en commun que d’être des valeurs d’échange marchand, n’ont alors aussi tous en commun de n’être que des valeurs d’échange économique[1].

2. Les rémunérations des placements ont leurs propres déterminants.

Les chapitres 6 et 10 ci-dessus, respectivement sur le profit (les bénéfices des entreprises) et les intérêts (quand leur taux directeur est de profit), exposent quels sont ces déterminants. Là encore ces prix sont susceptibles d’augmenter ou de baisser pour ajustements entre l’offre et la demande. Ce n’est cependant pas pour autant que ces ajustements sont la principale loi économique qui régit au mieux les marchés financiers.

L’utilité sociale des placements, donc celle des marchés financiers, est double. Ils allouent toute une part de l’épargne à la création et au maintien d’emplois. Ils procurent des revenus de substitution ou complémentaires à ceux du travail. Dans les lois économiques qu’une population a le plus intérêt à faire volontairement fonctionner, particulièrement lorsqu’il lui faut sortir des spirales des inégalités destructrices et du manque d’emplois, se trouvent :

  1. la relation entre l’emploi, le profit et le capital, ou relation EPCE, voir le chapitre sur l’emploi ;
  2. la maximisation du revenu total du travail sous contrainte de suffisance du revenu total des placements, voir le chapitre sur la répartition ;
  3. la distribution du revenu total du travail entre les emplois par la clé de partage que les égalités et inégalités d’appointements constitue[2], voir le chapitre sur le salaire ;

3. Les autres prix sont en fonction de la rareté pour certains seulement.

Quand les marchandises considérées sont autres que les services du travail fournis par des individus et les services des placements fournis par les mêmes et des associations à but non commercial, les faits obligent à tirer de la notion de rareté le concept de rareté économique (sur la décomposition de l’ensemble des marchandises en sous-ensembles économiquement homogènes, voir le chapitre 2).

3a. Ricardo a le premier tiré de la notion générale de rareté le concept de rareté économique.

Il l’a notamment fait dans le premier chapitre, On Value, de On The Principles of Political Economy, and Taxation, paragraphes 6 à 8 :

There are some commodities, the value of which is determined by their scarcity alone. No labour can increase the quantity of such goods, and therefore their value cannot be lowered by an increased supply. Some rare statues and pictures, scarce books and coins, wines of peculiar quality, which can be made only from grapes grown on a particular soil, of which there is a very limited quantity, are all of this description. Their value is wholly independent of the quantity of labour originally necessary to produce them, and varies with the variying wealth and inclinations of those who are desirous to possess them.

Il y a des marchandises dont la valeur d’échange n’est déterminée que par leur rareté. Nul travail ne peut augmenter la quantité de tels biens et leur valeur d’échange ne peut pas baisser par suite d’une augmentation de leur offre. Des statues et des peintures fameuses, des livres et des médailles rares, des vins de grande qualité qui ne peuvent être faits que de raisins cultivés sur des sols particuliers dont il n’existe qu’une très petite quantité, sont tous de cette sorte. Leur valeur d’échange est entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été originellement nécessaire pour les produire et dépend des inconstantes fortunes et envies de ceux qui ont le désir de les posséder.

These commodities, however, form a very small part of the mass of commodities who are daily exchanged on the market. By far the greatest part of those goods which are the objects of desire, are procured by labour; and they may be multiplied, not in one country alone, but in many, almost without any assignable limit, if we are disposed to bestow the labour necessary to obtain them.

Ces marchandises, cependant, constituent une très petite part de la masse de celles qui sont quotidiennement échangées sur le marché. De loin le plus grand nombre des marchandises qui sont l’objet de nos désirs procèdent d’un travail [tel qu’elles] peuvent être multipliées, non  dans un seul pays mais en beaucoup, à peu près sans aucune limite assignable quand on est disposé à y consacrer le travail nécessaire à leur obtention.

In speaking then of commodities, of their exchangeable value, and of the laws which regulate their relative prices, we mean always such commodities only as can be increased in quantity by the exertion of human industry, and on the production of which competition operates without restraint.

En parlant donc des marchandises, de leur valeur d’échange et des lois qui régissent leurs prix relatifs, nous n’avons en vue que celles de ces marchandises dont la quantité peut être accrue par l’exercice de l’industrie humaine et sur la production desquelles s’exerce une concurrence sans entrave.

3b. Une marchandise est économiquement rare quand elle ne peut pas, définitivement ou temporairement, être produite à volonté par l’industrie humaine.

L’espace foncier, et plus généralement l’immobilier, dès lors qu’ils font l’objet de mises en vente et d’expropriations indemnisées par la force publique, constituent une marchandise rare dont l’importance sociale et les retombées économiques sont considérables.

Dans les autres ressources engendrant de la rareté économique, il y a bien sûr outre des pierres précieuses des minerais et des combustibles d’origine fossile. Leurs exploitations créent et entretiennent des mannes qui, elles, sont aux frais des acheteurs des produits tirés de ces ressources : qui de nos jours n’a jamais entendu parler de rente pétrolière et n’a jamais constaté à plusieurs reprises quelques-uns de ses effets ?[3]

Alors que le déterminant unique ou principal du prix d’une marchandise rare est le procédé de la vente au plus offrant ou au plus vite acceptant, les prix effectifs des marchandises de nature à être reproductibles à volonté sont ramenés vers leurs niveaux suffisants, à plusieurs conditions dont notamment par la levée des entraves à l’égalisation des rentabilités directes de même appartenance, voir dans ce chapitre de la proposition 11.3 à 11.11.

3c. À ces niveaux suffisants, les valeurs d’échange économique sont entièrement ou essentiellement en proportion de quantités de travail et d’investissements.

Une autre façon de constater la même réalité, qui n’est instaurée qu’à la condition ci-dessus rappelée, fait appel au normal et à l’objectif : les prix normaux des marchandises reproductibles à volonté par l’industrie humaine sont objectifs. Ces prix ne participent pas à la manipulation par les vendeurs des clients. En revanche, ils participent fort évidemment à davantage de justice et d’harmonie sociale. Un libéralisme et un socialisme qui ne veulent pas intégrer cette participation à leur doctrine contreviennent à l’obtention du mieux qu’ils promettent.

4. Donner pour cause à toute valeur d’échange marchand la rareté et pour instrument universel de sa détermination l’ajustement entre offre et demande entretient une erreur doublement préjudiciable.

Il est préjudiciable à la théorie économique de base de la bloquer dans des vues qui rendent impossible le franchissement du seuil à partir duquel elle sort de l’état d’une pseudoscience. David Ricardo a eu objectivement raison d’ajouter à la distinction entre valeur d’usage et d’échange l’observation de la différence entre marchandises rares et reproductibles à volonté par l’industrie humaine. Les néoclassiques ont contourné l’une et l’autre de ces distinctions, pensant ainsi faire avancer l’économie politique mais hélas sans voir qu’ils recouvraient sa rétrogradation du voile de son apparente mathématisation.

Il est préjudiciable aux sociétés humaines d’entretenir dans ses fondements une conception radicalement fausse de la manière dont l’économie de marché est orientable afin de fournir mieux, beaucoup mieux, que le mercantilisme et le dirigisme dont Adam Smith a montré qu’ils ne faisaient pas autant que possible « la richesse des nations », à savoir l’élévation des revenus et des patrimoines que la population tire des échanges économiques.



[1] Les échanges économiques sont, de fait, un sous-ensemble défini des échanges sociaux (renvoi aux deux première page de L’introduction à l’économie définie).

[2] Soient les qualifications professionnelles (il y en a toujours une dès qu’un emploi est rémunéré) Qx et Qy. Elles sont homogènes pour ce qui est du niveau des appointements, autrement dit des salaires tout compris, qu’elles procurent aux détenteurs de ces emplois. Mais il se trouve que ce niveau est pour les Qx des deux tiers du revenu médian individuel du travail alors qu’il est de trois fois ce même revenu pour les Qy. Ces proportions sont, au cas d’espèce, la clé de partage — de répartition, de distribution — du revenu total du travail. Il n’y a qu’en paroles que les salaires individuels sont aux hauteurs des productivités marginales des salariés. Les grandes masses salariales, à l’échelle d’un pays et à celle des plus gros employeurs, reste partageable différemment sans que la quantité et la qualité des services du travail échangés contre leurs rémunérations s’en trouve durablement altérées : ce n’est très évidemment pas parce que les écarts entre les plus hauts et les plus bas salaires du personnel de votre banque et d’autres de vos fournisseurs seront plus réduits que la qualité de leurs prestations se dégradera, c’est le moins qu’on puisse en dire. Dans une théorie des prix qui, reposant sur l’abstraction imaginaire de la « concurrence pure et parfaite » et le présupposé que tous les prix ont plus en commun que d’être des valeurs d’échange du fait d’une omniprésente « utilité marginale », la réalité du partage du revenu total du travail est par construction expulsée. Pour non-conformité avec les faits de haute importance civique, cette expulsion commande le remplacement par une autre de la théorie des prix prise en flagrant délit de non-conformité avec des faits de haute importance civique, pour ne pas dire civilisationnelle. Mais c’est lourd car il y a, logiquement indissociable d’une théorie des prix, il y en amont ses fondations méthodologiques ; en aval ses implications monétaires ; en abandon la prétention à ne fonder un idéal social que sur un système économique ou prétendu tel moyennant des imprécations pétries de pseudo-définitions.

[3] La rente tirée par un ménage de ses placements et la rente pétrolière, ou jadis la rente foncière des grands propriétaires de terres agricoles, n’ont en commun que d’être encore désignées au moyen du même mot. C’est malheureux. Dans la rente perçue par un ménage, il n’y a pas forcément de la plus-value ; au contraire bien des considérations conduisent à retenir qu’il est souhaitable qu’en moyenne il y ait dans ces gains de peu de plus-value à dans bien des cas aucune. Dans la rente pétrolière, comme dans d’autres rentes engendrées par de la rareté économique, il y a surtout ou exclusivement de la plus-value. Un moyen de distinguer ces deux sortes de rente consiste non pas à se faire stupidement partisan de l’euthanasie des rentiers — bonjour le chômage de masse ! — mais à parler plus volontiers de « manne pétrolière / boursière / immobilière / aurifère » que de rente afin que ce substantif redevienne étroitement apparié à un autre qui en est dérivé et dont le réel impose l’usage : rentabilité.