Chapitre A - Croissance

A.1. Lier la croissance premièrement aux placements directs en nouveau capital social.

A.1.1. Lier la croissance premièrement …

1. Plus de croissance est favorable à l’emploi. Inversement, moins de croissance est défavorable à l’emploi.

S’il est de bonne politique de lier la croissance premièrement à une action précise, alors il l’est tout autant de lier l’emploi premièrement à cette action.

2. Le traitement social du chômage est un leurre s’il tient lieu de politique de l’emploi. Cette dernière n’existe que si elle est une politique de croissance.

S’il est de bonne politique de lier la création d’emplois premièrement à une action précise, alors il l’est symétriquement de lier la croissance premièrement à la même action.

3. La croissance et l’emploi sont liés premièrement à une action quand leurs manques respectifs sont d’abord et constamment attribués à la trop faible pratique de cette action.

Ce n’est de bonne politique que si l’action retenue a deux autres propriétés que sa précision. Elle est, parmi les causes de la croissance et de l’emploi, la plus déterminante tout compte fait. Elle est aussi, parmi ses alternatives, la plus salubre systémiquement.

4. La croissance et l’emploi sont des conséquences. La compétitivité et l’état général de l’économie sont aussi des conséquences. Davantage de compétitivité et un meilleur état général de l’économie vont de pair avec davantage de croissance et de création d’emplois.

Ces quatre conséquences allant de pair, leurs causalités ont des déterminants communs. Dans ces déterminants, il est invraisemblable que l’un ne se révèle pas avoir plus de poids que les autres.

5. Lier ces conséquences à une même cause principale est un acte politique. Les plus gros obstacles au plein effet de cette cause ne sont pas encore levés ou l’ont enfin été. Dans le premier cas, des réformes sont à faire. Dans le second, un acquis est à conserver.

Dans les deux cas, la politique économique poursuivie reste la même sur un point fondamental.

6. Lier premièrement revient à lire essentiellement. En l’occurrence, l’essentiel à lire est dans le réel primordial établi par le système des échanges marchands.

Prenons du recul et constatons. De nouvelles marchandises élémentaires sont constamment injectées dans ce système. Les services du travail rémunéré font partie de ces marchandises. En font également partie les services des placements dans les fonds de roulement d’entreprises. Pour autant de travail rémunéré que le plein-emploi en exige, il faut assez de ces placements. C’est économiquement fondamental. Aucune lecture du réel économique ne peut faire qu’il en aille autrement.

7. Les électeurs qui ne se rendent pas à l'essentiel font les élus qui s’y dérobent. Livrons-nous donc à une expérience.

Posons autour de nous une question et cherchons-en aussi la réponse dans des émissions et d’autres publications. À quoi est-il le plus pertinent de lier premièrement et définitivement le meilleur état de l’économie ? Quand réponse il y a, que vaut-elle ? Est-elle le produit de jugements vagues ? Suppose-t-elle le problème résolu ? Que révèle-t-elle de nos mentalités ?

A.1.2. … aux placements directs …

Lier la croissance premièrement aux placements directs …

1. Un particulier P, ou une association à but non commercial A, fait un placement d’argent.  Ce placement est direct quand entre P, ou A, et l’entité E qui en fera un élément de son financement et en assurera la rémunération, ainsi que le cas échéant le remboursement, ne s’interpose pas un intermédiaire, notamment sous la forme d’un fonds commun de placement.

P, ou A, souscrit à l’augmentation de capital ou à l’émission d’obligations d’un établissement financier. C’est un placement direct. P, ou A, place sur un livret d’épargne géré par un intermédiaire. Ce n’est pas un placement direct.

2. L’intermédiation financière augmente le risque de crise systémique.  Plus la part des établissements financiers dans le financement de l’économie est grande, plus ce risque est élevé.

Bien conçue et strictement appliquée, la réglementation de l’industrie financière réduit ce risque. Mais s’en remettre trop à elle est imprudent. C’est pourtant ce qui est d’autant plus fait qu’il y a régression de la part des placements directs d’épargne dans le financement des entreprises et de la dette publique.

3. Il est devenu techniquement possible que les placements directs soient de plus en plus pratiqués. C’est l’une des retombées de l’utilisation intensive de moyens télématiques par les personnes tant morales privées et publiques que physiques.

Le coût d’une relation directe entre une organisation et un grand nombre de souscripteurs, les uns potentiels et les autres actifs, s’en trouve considérablement réduit. Simultanément, cette relation peut être rendue plus immédiatement et continument interactive.

4. Une population faisant grand usage du placement direct accroît ses pouvoirs économiques.  L’un de ces pouvoirs est celui des arbitrages que, dans un circuit plus long, l’intermédiation financière capte. Un autre de ces pouvoirs est de régler en meilleure connaissance de cause la part de ses revenus que cette population alloue à ses placements financiers.

En cette matière, la convergence des intérêts particuliers avec l’intérêt général est incontestable de bonne foi. C’est cependant à la condition de se rendre à une réalité définitive. Trop peu d’argent placé en fonds de roulement d’entreprises freine la création d’emplois pérennes.

5. Les placements directs ne sont pas créateurs de monnaie.  Cela a pour conséquence que ces placements ne sont pas une cause de dépréciation monétaire. Un prélèvement public (impôts + emprunts) qui n’augmente plus en proportion du total des revenus n’est, également, plus une cause de dépréciation monétaire.

Plus cette dépréciation est faible, plus il est facile à tout un chacun de se constituer un portefeuille de placements directs dont la base, ou la totalité, a deux qualités. Elle est peu risquée. Son rendement est positif en dépit de la dépréciation monétaire. En outre, ce n’est pas négligeable du tout, ce portefeuille est transmissible aux héritiers de son propriétaire.

 


Jacques Bichot, 18/1/2013. J’ai apprécié votre plaidoyer pour la finance directe, mais il faut quand même avouer que l’intermédiation a du bon en produisant liquidité et sécurité. Il me semble que la finance directe est surtout recommandable pour les fonds propres. Dominique Michaut, 21/1/2013. Oui, bien entendu, de l’intermédiation dans la fourniture de services financiers a du bon à cause des commodités et des sécurités qu’ils procurent. La finance directe est recommandable, nous en sommes d’accord, pour les fonds propres des sociétés commerciales. Elle l’est également pour la partie du prélèvement public qui est de l’emprunt. Nous en sommes aussi d’accord à raison de ce qu’indique une autre de vos réactions.

A.1.3. … en nouveau capital social.

Lier la croissance premièrement aux placements directs en nouveau capital social.

1. Je participe, par l’argent que j’y mets, à la création d’un capital. Cet apport est un placement en nouveau capital.

Je souscris à une augmentation de capital. Cet apport est également un placement en nouveau capital. Je vends des actions. Le placement de leur(s) acheteur(s) n’est jamais en nouveau capital.

La capitalisation boursière a augmenté. Le flux de placement en nouveau capital coté en bourse n’a peut-être pas varié par rapport à ce qu’il était auparavant. La capitalisation boursière a baissé. Ce n’est pas pour autant qu’il y a eu destruction nette de capital exploité coté en bourse.

2. Les apports en nouveau capital social contribuent à la hausse du stock national de capital. Simultanément, ce stock est constamment affecté par des pertes.

La redirection vers la consommation de l’épargne ainsi perdue participe à la destruction créatrice. C’est cependant à une condition. De l’épargne est à nouveau placée en capital. Il le faut pour que la destruction, souvent par obsolescence, aille de pair avec de la création. Il le faut en abondance pour que cette création soit financée solidement.

3. Un avantage est incontestable. La croissance alimentée principalement par l’épargne placée en nouveau capital ne l’est que complémentairement par du prélèvement public (impôts + emprunts).

Pour ne pas y voir un avantage, il faut faire l’impasse sur trois certitudes. Le gonflement persistant du prélèvement public asphyxie la croissance. Dans ce qui fait la solidité d’une entreprise, la structure de son financement est déterminante. Le sous-ensemble le plus créateur et destructeur d’emplois stables est celui des petites et moyennes entreprises.

4. Une objection ne tient pas. Les conditions auxquelles l’épargne populaire serait massivement attirée par le placement en capital ne sont pas réunies.

C’est vrai. Cela le restera tant que la rémunération, la sécurisation et la liquidation des mises en capital n’auront pas été sensiblement améliorées. L’objection des conditions trop peu attractives ne tiendrait que si cette amélioration était à jamais irréalisable. Ce n’est pas le cas.

5. Une ambition s’impose. Elle a trait aux bulles spéculatives.

Ces bulles sont d’autant plus ravageuses qu’elles sont massives. Et elles le sont d’autant plus que du crédit participe à leur gonflement. Quand, de plus, ce crédit est lui-même massivement insufflé par de la création monétaire, le plein-emploi est au bout d’un chemin tellement miné qu’il devient impossible de l’atteindre durablement. C’est pourquoi déminer ce chemin par des réformes s’impose.

6. Rétablir ne suffira pas. Le ver était déjà dans le fruit avant la déréglementation financière des années 1980.

En arriver un jour à éliminer ce ver se peut-il ? En tout état de cause,  postuler cette impossibilité est fautif. Tenir pour intangibles les modalités des placements en capital l’est également.

A.2. Lier la croissance deuxièmement au prélèvement public soumis de commun accord à deux règles.

A.2.1. Lier la croissance deuxièmement au prélèvement public ...

1. Le prélèvement public est la somme des impôts et des nouvelles dettes publiques. Les sécurités acquises par primes d’assurance ou cotisations à des régimes de retraite en sont exclues.

Certaines de ces acquisitions font partie des prélèvements obligatoires. Des souscriptions de titres de dettes publiques peuvent éventuellement faire eux aussi partie des prélèvements obligatoires. Prélèvement public et prélèvements obligatoires n’en sont pas moins deux agrégats différents.

2. Lier la croissance premièrement aux placements directs d’épargne en capital social implique de réduire ou stabiliser le prélèvement public. Réduire quand le surendettement et d’autres dérives ont rendu ce prélèvement exponentiel, stabiliser quand l’accès au plein-emploi est dégagé.

Lorsque c’est réduire qui s’impose, n’attendre ce dégagement que de cette réduction n’est souvent ni nécessaire ni suffisant. Ce n’est pas nécessaire tant qu’il y a de l’épargne à placer, ou à déplacer, en capital social. Ce n’est pas suffisant quand cela détourne de l’élimination des obstacles à ces placements et déplacements.

3. Un gouvernement dans l’obligation de réduire le prélèvement public a un devoir d’explication et d’initiative qui prime l’exécution de cette obligation. Mais ce devoir est l’un des plus difficiles à bien remplir, particulièrement dans un pays où la mentalité dominante a conduit au surendettement exponentiel.

L’explication porte, en effet, sur ce qu’est une économie nationale en bon état. L’initiative porte, répétons-le, sur la levée des entraves aux placements directs d’épargne en capital social. La préparation qui met une nation en situation de réussir cet exercice peut se révéler très longue et ponctuée de rebondissements contradictoires.

4. La réduction du prélèvement public n’est réussie qu’en valeur relative de la somme des revenus du travail et des placements. C’est pourquoi cette réussite est d’autant plus probable que la relance par les placements directs d’épargne en capital social est prioritairement activée s’il se trouve qu’elle est entravée.

La négligence de cette possibilité de relance a ses raisons d’être. Ne pas bousculer des dévolutions de pouvoirs fait partie de ces raisons. L’intermédiation financière renforce des pouvoirs et en affaiblit d’autres. Il en va de même de l’autofinancement par les bénéfices non distribués.

A.2.2. ... soumis de commun accord ...

Lier la croissance deuxièmement au prélèvement public soumis de commun accord ...

1. « La création d’emplois doit-elle être d’abord assurée par vos placements directs en nouvelles parts de capital social ? » Un référendum portant sur cette question constitue un mandat délivré par le suffrage universel à ses élus.

Si le oui l’emporte largement, l’ordre est donné de ne plus faire d’un surcroît de prélèvement public qu’un moyen temporaire et complémentaire de relance. D’autant plus que des sondages confirment que ce oui reste nettement majoritaire, les gouvernements successifs sont enclins à s’en tenir à la même gestion générale de ce prélèvement. Mais la question posée est-elle trop technique ou trop insidieuse pour pouvoir être soumise au verdict du suffrage universel ?

2. La vulgarisation de ce que sont des parts de capital social ne présente pas de difficulté. Cette vulgarisation est cependant impartiale à une condition aujourd’hui généralement non respectée.

Ces parts sont pour les unes négociables et pour les autres restituables. Seules les parts négociables ont une valeur de liquidation qui varie selon les offres de vente et les demandes d’achat. Il y a moins d’économie de casino si la publicité de la valeur exploitée par action est instaurée. Le marché des placements en parts restituables est extensible pourvu qu’il soit admis que la rémunération de ces placements doit non seulement exister mais aussi être attractive.

3. Ce qui fait que les placements en capital social sont plus ou moins bien traités se prête aussi à sa vulgarisation. Encore faut-il, pour bien le faire, ne pas tenir les pratiques à ce jour les plus usuelles pour intangibles, y compris bien sûr en matière fiscale.

À cela s’ajoutent deux autres innovations, en l’état actuel du discours économique. L’une concerne le « d’abord » : « la création d’emplois doit-elle être d’abord assurée… ». L’autre concerne le « directs » : « … par vos placements directs en nouvelles parts de capital social ? ». L’une et l’autre aident à dissiper des dénis de réalité — et de réalisable.

4. « D’abord » et « premièrement » ne signifient pas « exclusivement ». Et « deuxièmement » — lier la croissance deuxièmement au prélèvement public soumis de commun accord… — ne signifie ni « accessoirement » ni « facultativement ».

Faire comme si l’emploi ne dépendait pas d’abord d’une action collective précise est un déni de réalité. Que cette action doive concerner la naissance et la croissance d’entreprises est une évidence. Que son premier point d’application doive être le financement de ces naissances et croissances relève du bon sens. Que ce financement ne doive être que subsidiairement par du crédit paraît à première vue difficile à rendre de commun accord. Mais où veut-on en venir ? Si c’est au plus grand nombre possible d’emplois à durée indéterminée, il est bien plus probable d’y parvenir par du financement des entreprises principalement lui-même à durée indéterminée — principalement par du capital, subsidiairement répétons-le par du crédit.

5. Les sociétés de sociétés éloignent l’apporteur initial de capital social de l’utilisation finale de l’apport.  Par cet éloignement, des organes ad hoc captent à leur avantage des pouvoirs et font le lit de la finance créative et robotisée.

Cette créativité et cette robotisation sont lourdement problématiques. Ces captations n’ont pas à être favorisées. Il est encore moins souhaitable qu’elles soient systématisées. Le législateur décidé à s’y opposer le peut efficacement, notamment en établissant et relevant progressivement des proportions de capital social directement détenues par des personnes physiques. Les services de conseillers en placements exerçant ce métier en toute indépendance ont leurs bonnes raisons d’être. Mais faire comme si ces services pouvaient être fournis gratuitement ouvre la porte à des arnaques. Les arguments convaincants en faveur des placements directs, gérés au moyen des nouvelles techniques de communication et dûment encadrés par le législateur veillant à en parer les dérives, ne manquent pas.

6. Une population, quand sa qualité de vie est lourdement mise à mal par le manque d’emplois, attend  premièrement qu’il soit remédié à ce manque. Elle attend deuxièmement que ce remède soit compatible avec une plage de variation du poids du prélèvement public qui lui convienne.

Ce remède existe. La possibilité de le rendre plus actif par la pleine rémunération du placement en capital social existe. Même si le peu d’empressement à y recourir perdure parce qu’il dérange trop des façons de voir et de faire, il continuera à exister.

7. Un prélèvement public à la dérive n’a-t-il pas forcément pour cause une entente économique nationale défaillante ? N’en va-t-il pas de même de plus de chômage que dans un pays voisin ?

Partis politiques et syndicats parvenant à se mettre d’accord sur ce qu’est principalement une économie nationale en bon état adressent à l’ensemble du pays une prescription d’entente. Cette prescription est alors susceptible d’être rendue plus pertinente par les discussions publiques de bonne tenue économique dont elle fait l’objet. L’aptitude au plein-emploi d’un pays où règne la liberté du travail et la maîtrise par ce pays de son prélèvement public sont si substantiellement interdépendantes, bienfaitrices et collectives qu’il est calamiteux de les vouloir idéologiquement estampillées.

8. La liberté du travail implique la liberté d’entreprendre. L’exposition au manque d’emplois est inhérente à ces libertés qui n’en font qu’une.

La maîtrise du prélèvement public réduit cette exposition en laissant davantage de financement privé s’adonner à la naissance et à la croissance d’entreprises, dans un environnement fiscal que cette maîtrise permet de stabiliser, voire auparavant d’alléger. La création d’emplois résultant de ce davantage participe en retour à cette maîtrise, cette dernière pouvant cependant avoir été tellement perdue qu’il est impossible de la recouvrer sans d’abord rendre définitivement plus attractif le financement de la naissance et la croissance d’entreprises.

9. Prenons assez de recul et cela devient évident. La liberté du travail expose le moins possible au manque de travail à deux conditions.

L’une est à la charge des entreprises : des dividendes en moyenne nettement plus élevés que les taux d’intérêt des livrets d’épargne. L’autre est à la charge de la puissance publique : la maîtrise du prélèvement qu’elle opère. Les deux sont sous la coupe de l’entente nationale et en Europe sous celle de ce qu’ont en commun les ententes nationales. La liberté du travail fait partie de ces ententes, bien qu’il soit douteux que l’élimination de l’exposition au manque de travail par l’abrogation de cette liberté n’ait plus de militants. Douteux également est-il que la flexibilisation de l’emploi et la sécurisation des parcours professionnels soient en vérité le premièrement et le deuxièmement de la réduction de cette exposition. Les incessantes augmentations de cette flexibilisation et cette sécurisation ne sont pas plus tenables que celles du prélèvement public alors que celles du stock de capital social et des salaires le sont. La France restera hantée par la peur de son déclin tant qu’assez de ses économistes, éditorialistes, politiciens et syndicalistes les plus en vue ne lui feront pas obstinément part des deux conditions de pleine jouissance de la liberté du travail et d’explications sensées [1] de leur interdépendance. Si c’est fait, cette doctrine de la croissance vertueuse sera aussi une contribution au renforcement par l’Europe de son élan fédérateur.



[1] A) En projet, un article sur ce qui rend douteuse la vérité d’une explication de cette sorte. B) À suivre, dans le chapitre sur les salaires de ce livre, un rappel sur la répartition du revenu total du travail. La clé de cette répartition est l’inégalité des rémunérations du travail. Ne pas le reconnaître, en protection de l’idée doublement fausse que les salaires, comme tous les prix, sont principalement régis par la loi de l’offre et de la demande, est un déni de réalité. L’entente nationale qui rejette ce déni en le remplaçant par le constat que les hauts salaires réduisent ceux qui leur sont inférieurs, et les bas salaires augmentent ceux qui leurs sont supérieurs, situe un partage tel qu’il existe inévitablement et reconnaît exactement pourquoi l’instauration d’un salaire minimum national est justifiée.

 

A.2.3. ... à deux règles.

Lier la croissance deuxièmement au prélèvement public soumis de commun accord à deux règles.

1. La première des deux règles ne concerne que les investissements publics. La seconde, relative aux résultats budgétaires, concerne les produits et les charges publics.

2. Tant en gestion privée que publique, un nouvel investissement augmente l’inventaire des propriétés de l’entité considérée.  Une charge, qu’elle soit récurrente ou nouvelle, n’a pas cet effet.

A.2.3.1. Faire osciller le poids des investissements publics en fonction de la conjoncture.

— Première règle de contribution du prélèvement public à la croissance —

1. À l’échelle des économies nationales, la base 100 la plus significative est le total des revenus avant impôts. Les poids dont il est ici question sont par rapport à ce total dont le PIB fait approximativement fonction.

Les revenus de placements sont la plus petite part de ce total, les revenus du travail la plus grande, dès qu’assez de croissance a eu cet effet, comme l’expose le chapitre La répartition. Mais si cet effet et une autre répartition, celle du revenu total du travail que le chapitre Le salaire expose, sont tenus hors de ce que la politique économique et la gestion des finances publiques d’une nation prennent en compte, il devient inévitable que dans cette nation prolifère des redistributions publiques qui vont à l’encontre de ce qui rend justes et fastes les distributions par les revenus proprement dits.[1]

2. La dépense publique est constituée de charges et d’investissements. Seuls les investissements d’une entité, rappelons-le, augmentent les propriétés — le patrimoine — de cette entité.

Rappelons également que l’amortissement des emprunts publics, à savoir l’acquittement des intérêts et le remboursement du principal, fait entièrement partie des charges publiques. Cet amortissement, futur au moment de l’emprunt, n’enlève rien à son effet d’éviction immédiate : les nouveaux emprunts publics d’aujourd’hui font aujourd’hui moins de financement par les ménages des investissements privés, avec la baisse de la contribution de ces derniers à la croissance et la création d’emplois.

3. Tant que la relance permanente par de nouveaux placements en capital social reste entravée, la priorité en matière de croissance est la levée de ces entraves. Lesquelles entraves persistent tant que la pleine rémunération du placement en capital n’a pas été instaurée.

Comment procéder à cette instauration est exposé au chapitre suivant, à rebours de la croyance en la viabilité systémique du capitalisme avec le minimum de capital, le maximum d’autofinancement, les cotisations patronales — cette fiction qui rend apparemment fondée la revendication perpétuelle d’une baisse du coût du travail —, l’embrouillamini hautement toxique des produits financiers dérivés, la création monétaire pour repousser à plus tard les assomptions de responsabilité. Les réformes prescrites dans les chapitres à suivre sont de grande portée curative mais elles n’empêchent pas que, comme avant qu’elles soient faites, surviennent des périodes pendant lesquelles de nouveau le chômage remonte.

4. Une augmentation temporaire du poids des investissements publics participe au raccourcissement des périodes de remontée du chômage. Alors, malgré l’épargne mobilisée par le financement de cette augmentation temporaire, la relance permanente ci-dessus évoquée fait basculer plus vite dans la décrue du chômage.

Car l’épargne et sa fraction placée en titres d’emprunt et de capital ne sont pas inélastiques. Elles le sont d’autant moins que les rémunérations et les sécurités de ces placements sont poussées aux niveaux qui rendent leur plus grosse part suffisamment attractive tout en étant faiblement exposée à des pertes et que l’élimination du surpoids des charges publiques a fait disparaître l’anticipation de l’augmentation du poids des impôts.

5. Le basculement dans la décrue du chômage rend possible la baisse conjoncturelle du poids des investissements publics. User de cette possibilité est de bonne politique économique pour la raison suivante.

La prospérité d’un pays est portée à son plus haut en évitant aussi bien l’atrophie que l’hypertrophie des prestations publiques, globalement considérées et par catégorie de prestation (d’où des arbitrages faisant que gouverner et légiférer n’ont vraiment rien d’une sinécure). En période de décrue du chômage, la baisse du poids des investissements publics participe à l’évitement de l’hypertrophie. En période de plein-emploi, la stabilisation de ce même poids participe à l’évitement du contraire, l’atrophie des prestations publiques.

6. Ces considérations conduisent à faire délibérément osciller le poids des investissements publics.  Alors de cette oscillation résulte la stabilité sur longue période de ce poids.

Explicitement assumée et effectivement réalisée, cette stabilité est un facteur de confiance dans la solidité d’une économie nationale. En complément de la relance permanente par des placements directs en nouveau capital social, cette stabilité au long cours rend plus supportables des allègements et des refus d’alourdissement des charges publiques, cette autre contribution majeure à l’évitement de l’hypertrophie des prestations et du prélèvement publics. Cette stabilité doit être établie à un assez haut niveau pour éliminer les retards les plus préjudiciables et prévenir par ordre décroissant d’utilité publique l’accumulation d’autres retards.

7. Vouloir l’oscillation du poids des investissements publics est une option principale de politique économique. La classe politique d’une nation est d’autant plus poussée à la faire sienne que l’opinion publique le lui demande.

La cause de l’inaptitude de personnalités politiques à faire émerger dans l’opinion publique de nettes majorités sur les options techniques majeures de politique économique n’a rien de mystérieuse. Ces personnalités sont trop vagues et leurs vues trop peu convaincantes sur ce qu’est une économie nationale en bon état et la dynamique qui la fait telle. Aucune technique de communication n’est à même de remédier au manque de concepts bien définis et aux résolutions mal ajustées.


[1] Revenus proprement dits donc, par définitions qui en soient vraiment, avant tout transfert et exclusivement par la voie des échanges marchands. Comment la répartition du revenu global est-elle réglée par le système établi par ces échanges ? Qu’est-ce que, pour leur part, les inégalités de rémunération du travail règlent ? Les économistes qui répondent le plus justement à ces questions fournissent aux partis et aux personnalités politiques une compétence indispensable à la pertinence de leur doctrine économique. Que le corps électoral ne puisse que rester durablement indifférent à ces réponses et à ce qu’elles impliquent n’est pas crédible. Ce qui rend l’économie de marché systémiquement faste n’est à repousser que par ceux qui l’ont définitivement jugée être vouée à la ruine quelle que soit la manière de la pratiquer. Pour les autres, qu’ils se demandent ce que voici. Le partage du revenu global entre ses deux composants et le partage que les inégalités de salaire régissent sont-ils au plus important de ce qu’il revient à la science économique d’élucider ? N’est-ce pas indispensable  afin de ne pas se méprendre sur ce qui fait une économie de marché bien réglée ? Le gouvernement d’une nation est-il économiquement compétent si sa doctrine est entachée d’une telle méprise ?

 

A.2.3.2. Tenir le plus important résultat budgétaire chroniquement excédentaire.

— Seconde règle de contribution du prélèvement public à la croissance —

1. Chroniquement : être exédentaire au moins quatre fois sur sept années consécutives.

Les septennats sans un seul retournement de conjoncture deviendront problablement de moins en moins fréquents. Si cependant cela arrivait, il y aurait lieu d’en tenir compte en remplaçant par exemple les septennats par des décennies, les montants des produits budgétaires (recettes fiscales pour le plus gros) et d’une plus ou moins grande partie des charges budgétaires variant dans des sens et des volumes différents selon la conjoncture. Cet allongement, ou un raccourcissement à des quinquennats, ne changerait rien au fait qu’à propos d’un résultat comptable économiquement significatif, « chroniquement » ne signifie pas « toujours ». Les entreprises, les familles et les associations privées non commerciales sont tenues à ne pas être constamment déficitaires. La règle dont il est ici question concerne les agrégations d'une catégorie d’organes publics de même nationalité. Ce niveau n’introduit pas une exception. Dans l’énoncé de la règle, chroniquement excédentaire ne signifie pas : jamais déficitaire.

2. Il n’y a pas d’entreprise dans le périmètre budgétairement bien tracé de cette catégorie d’organes publics; leurs agrégations nationales ne sont pas elles-mêmes des entreprises. [i] L’assimilation du produit des impôts à des ventes de services fait fi de la distinction entre un transfert de valeur d’échange marchand, ce qu’est un impôt comme une subvention, et les échanges marchands dont les ventes des entreprises et les revenus proprement dits sont des contreparties.[ii]

Quant à l’affirmation d’une différence radicale du meilleur et du pire économiques pour une nation à raison de ses finances publiques d’une part, pour une association privée non commerciale d’autre part, elle est injustifiable. En revanche, voir ce que ces meilleurs et ces pires ont de radicalement semblable arme contre les tentations d’abus de bien public : ne fais pas à ce bien ce que tu désires que leurs économes ne fassent pas aux associations susdites, les familles en sont. Les finances publiques sont davantage, bien davantage, que des accessoires de la politique élevée à l’art de faire société dans la paix et la prospérité.

3. L’amortissement d’un emprunt est constitué des échéances qui, une fois honorées, feront que la totalité des intérêts et du remboursement du principal aura été payée au prêteur. Alors qu’en gestion d’entreprise seuls les intérêts sont des charges, ailleurs le remboursement du principal constitue de fait également une charge, et pas seulement une sortie de trésorerie, pour les raisons ci-après résumées.

Les écritures d’amortissement d’immobilisation passées en comptabilité générale n’ont, elles, lieu d’être qu’en gestion d’entreprise. Elles y sont à la fois des constats de dépréciation et des provisions de renouvellement d’équipement. Elles comportent une augmentation à due concurrence des charges. Elles sont impératives parce qu’en leur absence le résultat serait surestimé du montant de la dépréciation et la provision que cette dépréciation rend nécessaire ne serait pas constituée.[iii] Ailleurs qu’en gestion d’entreprise, augmenter les charges d’amortissements d’immobilisation dégrade la pertinence du compte de résultat, étant entendu que sans constat en comptabilité générale d’amortissement de cette sorte rien n’empêche d’en introduire dans des estimations de prix de revient. Les budgets annuels les plus pertinents des familles et des associations caritatives, sportives et cultuelles, entre autres, comportent deux sous-totaux et la différence entre le premier et second : A) produits, B) charges, C) excédent ou déficit selon que la différence entre A et B est positive ou négative. Dans les charges, il y a bien le cas échéant de l’amortissement mais seulement d’emprunt. Le plus décisif est cerné et c’est plus clair, bien plus clair, que de faire comme si l’entité à gérer était une entreprise. Une entreprise est un organe vendable. Aucun autre organe social en tant que tel ne l’est. Ne pas tenir compte de cette différence fait commettre un déni de réalité.

4. En finances publiques aussi, le résultat de fait le plus important est la différence entre les produits et les charges. Les produits sont, comme partout ailleurs, à l’exclusion de tout emprunt (même sans intérêt) et les charges, comportant l’amortissement d’emprunts, sont à l’exclusion non seulement, comme partout ailleurs également, de tout investissement mais aussi, contrairement à ce qui est de rigueur en entreprise, de tout amortissement d’immobilisation.[iv]

Partout une tranche de l’endettement devient du surendettement quand, pour quelque raison que ce soit, l’endettement déjà contracté n’est plus amortissable sans de nouveau emprunter à une hauteur qui rend de moins en moins évitable un total des charges plus élevé que celui des produits. Une part chroniquement croissante des produits absorbée par l’amortissement de la dette est un symptôme certain de surendettement. C’est pourquoi le résultat budgétaire tel qu’il vient d’être défini est de fait le plus important. Quand il est déficitaire, il alourdit les charges à venir et il rapproche du surendettement ou l’aggrave. Quand il est excédentaire, il est affectable à l’allégement de la dette publique et, ce faisant, de la charge future que constitue l’amortissement de cette dette. Une famille et toute autre association non commerciale évite mieux le surendettement, et en sort mieux si elle y est entrée, en connaissant quelle est la différence entre ses produits et ses charges, amortissement de ses emprunts compris, ainsi que comment cette différence évolue en proportion des produits. Il en va de même de toute nation à raison de ses finances publiques, la française étant l’une de celles dont les gouvernants et leurs fonctionnaires ad hoc se dispensent de mettre leurs concitoyens face à la réalité que constitue année après année le résultat budgétaire et les grands postes de charges publiques en pourcentage des produits — le prélèvement fiscal est de loin leur plus grande part — et non pas du montage statistique qu’est le PIB, base 100 aujourd’hui la plus utilisée parce qu’il n’y en a pas de plus élevée pouvant paraître bien choisie.[v]

5. Il est souhaitable que les sens des expressions « résultat budgétaire », « déficit budgétaire », « excédent budgétaire », utilisées à propos des finances publiques, deviennent univoques. Ne doutons pas qu’il y faudra beaucoup de persévérance mais aussi mesurons ce que renoncer à cette avancée apparemment mineure implique.

Qui juge vrai un concept dont la définition est le produit d’un effort d’élimination d’erreurs et d’insuffisances d’observation vise une victoire collective sur ce qui éloigne de cette vérité et de son usage. L’inexistence d’une définition vraie du résultat budgétaire en finances publiques est inconcevable, comme par exemple d’une définition vraie des revenus entre autres réalités économiques primordiales. À la vérité et à l’efficacité sont consubstantiellement liées de l’univoque là où de l’équivoque en éloigne. Dans nos manuels et nos lois, plusieurs définitions du résultat budgétaire en finances publiques, sans verdict sur celle qui est jugée être la plus appropriée, nous rendent plus incompétents et non pas plus intelligents. N’ayons pas la pusillanimité de répugner à dire vrai et plus important ce que nous tenons en âme et conscience l’être, au risque d’avoir à répudier une croyance mal placée. Au courage politique, il faut du courage intellectuel. Les seuls résultats, excédents et déficits budgétaires dont il est ci-après question sont ceux ci-devant définis (premier paragraphe du point 4).

6. Les années où il y a déficit budgétaire, le montant des emprunts dépasse celui des investissements. Certes, par puisement dans une réserve ou vente de biens publics, ce dépassement peut être réduit ou évité mais ce qui suit en vient à s’imposer.

Hors d’un effacement du surendettement (début du second paragraphe du point 4) soit par abandons volontaires ou forcés de créances, soit par de la dépréciation monétaire (inflation généralisée ou nichée, dévaluation), soit par ces deux moyens, pour en arriver à ce que les emprunts ne dépassent pas chroniquement les investissements, il faut que les résultats budgétaires deviennent chroniquement excédentaires. S’ils ne sont que chroniquement équilibrés, ils ont trois insignes faiblesses. Ils ne permettent pas de sortir du surendettement dans lequel fait entrer le dépassement chronique des emprunts sur les investissements à cause de résultats budgétaires trop fréquemment et lourdement déficitaires. Ils rendent moins sûrs que s’ils étaient excédentaires les placements directs sur livret du trésor public, placements chroniquement dédiés du fait des résultats budgétaires eux-mêmes chroniquement excédentaires au financement sans intermédiation bancaire des investissements publics. Ils laissent la classe politique trop en mesure de se montrer prodigue et manipulatrice aux frais de la collectivité, trop asservie à l’industrie financière, pas assez prédisposée à la baisse, asymptotique telle celle de la vitesse pendant le freinage normal d’un train, du poids du prélèvement fiscal (plus à ce sujet en 8).

7. L’augmentation du PIB plus rapide que celle du stock des dettes publiques ne fait pas sortir du surendettement public. Certes ce différentiel d’augmentation allège la proportion par rapport au PIB de la dette souveraine mais ce n’est pas par un pourcentage à respecter par tous les pays pour devenir monétairement vertueux que se constate exactement la sortie du surendettement public d’un pays ou l’évitement de son entrée dans ce surendettement qui, devenu structurel, condamne à l’acquittement systématique de la totalité des charges publiques par davantage d’emprunts que d’investissements — et où sont les bons arguments macroéconomiques et autrement politiques du bienfait du surendettement structurel d’une nation à raison de ses finances publiques ?

L’allégement du poids de la dette souveraine par rapport au total des revenus, par approximation le PIB, contribue forcément moins à la croissance qu’une perspective fiable de sortie du surendettement ou d’évitement de l’entrée en surendettement. C’est une affaire de cercle vertueux. Cette perspective rend la population plus assurée de la solidité de l’économie nationale. La marche des affaires s’en trouve plus soutenue, même pendant ses ralentissements conjoncturels. Les consolidations des finances publiques et de la croissance sont plus précoces et plus fortes. Une loi cardinale d’économie politique s’énonce en une phrase : la contribution du résultat budgétaire à la croissance est au plus haut quand ce résultat est chroniquement excédentaire, moindre quand il est chroniquement équilibré, de plus en plus négative quand il est chroniquement de plus en plus déficitaire, toutes choses égales par ailleurs quant aux investissements publics.

8. Davantage de baisse des charges publiques que de hausse du prélèvement fiscal freine moins la croissance que l’inverse. Ce davantage donne à espérer une baisse du poids du prélèvement fiscal, l’inverse donne à craindre une hausse du poids des charges publiques.

Un parti politique et un gouvernement qui ne se prononcent pas sur la trajectoire à long terme du poids du prélèvement fiscal se dérobent à un de leurs devoirs d’état. Cette trajectoire se révélera forcément avoir été à la hausse, à la stabilité ou à la baisse. Il n’y a que des résultats budgétaires chroniquement excédentaires qui, sans se livrer à une spéculation hasardeuse et après sortie du surendettement, donnent le moyen d’une baisse asymptotique du poids du prélèvement fiscal — telle, comme déjà indiqué, la baisse de la vitesse pendant le freinage normal d’un train. Quand ce fut par davantage de baisse de charges publiques que de hausse du prélèvement fiscal que ce moyen a été obtenu, un dispositif de justice politique au long cours devient plus aisément actionnable : poursuite de l’ajustement du prélèvement fiscal aux charges publiques contradictoirement jugées les plus indispensables et les moins corruptrices. Qui est partisan de cet ajustement ne reste conséquent avec ce choix qu’en étant aussi partisan de résultats budgétaires chroniquement excédentaires non seulement parce que, répétition, ces résultats procurent le moyen de cet ajustement mais aussi parce que l’effort d’obtention de ces résultats inscrit la fiscalité et les charges publiques dans une dynamique qui les orientent vers sensiblement moins de menées invasives et d’assistance invalidante. Qui, comme les écologues et les écologistes pour encore la plupart d’entre eux, ne veut pas faire entrer dans ses vues normatives cet ajustement et le résultat budgétaire tenu chroniquement excédentaire ne se fait-il pas, somme toute et généralement à son corps défendant, partisan d’une politique du pire ?

9. Les charges comportent des subventions octroyées. Alors que les subventions publiques en participation à des investissements privés sont des charges publiques, les subventions octroyées par une administration publique à une autre administration publique, une mairie par exemple, en participation à un investissement public ne sont pas des charges mais des investissements nouveaux, l’amortissement d’emprunt étant une charge léguée à cause de dépenses passées qui, aux moments où elles ont été effectuées, ont déjà participé à l’effet situé par la loi cardinale ci-dessus énoncée (point 7, second paragraphe, dernière phrase) et continuent à le faire à raison de cet amortissement.

Moyennant l’alourdissement des charges publiques, l’allégement des cotisations réputées patronales, comme plus largement du « coût du travail » (des salaires entiers, en fait), — ces allègements sont de la subvention publique. Elle fait camper les entrepreneurs la jugeant faste dans la position : oui à l’allègement des charges publiques et à la liberté d’entreprendre pourvu que ces subventions publiques aux entreprises et aux autres employeurs privés soient, elles, au moins maintenues ; non à la reconnaissance que ces subventionnements attisent l’étatisme. Et tout ça mis dans le paquet des dépenses publiques « sociales » ! Réduire et supprimer des subventions publiques qui ont pour destinataires des entreprises et d’autres employeurs en tant que tels est de bonne politique économique mais tout en déliant les entraves aux placements directs d’épargne en augmentations de capital social ou en s’abstenant de rétablir de telles entraves. Un autre moyen d’améliorer le résultat budgétaire est de réduire puis supprimer des incitations fiscales, en commençant par celles qui provoquent des hausses ou des baisses artificielles de prix. Sont aussi à étriller les crédits d’impôt à raison de dons mis en partie à la charge de la collectivité au lieu de les laisser entièrement privés, ces déductions étant instaurées en s’asseyant sur ce qu’a de particulièrement corruptrice cette sorte de subventionnement : les associations autorisées à user de cette aide se font mensongères quand elles nient que la portion déductible de l’impôt de ces dons est une subvention publique. La profusion de fictions fiscales et marchandes fait une société qui fuit la vérité et l’honneur économiques. Plus ce mal gagne, plus de francs ralliements à la réduction des charges publiques et des incitations fiscales les plus corruptrices contribuent à le faire reculer.

10. Deux autres grands moyens d’abaissement et de stabilisation du poids des charges publiques sont d’une part l’abolition de la fiction des cotisations patronales, d’autre part des privatisations. Ces deux moyens, même ajoutés aux deux précédents, ne dispensent en aucune façon des changements d’organigramme ainsi que des modifications de statut et de procédure qui font faire des économies.

Les conformismes ambiants détournent de l’abolition de la fiction des cotisations patronales et d’une sorte de privatisation. C’est pourquoi nous avons jugé préférable de consacrer à cette abolition la première de nos propositions majeures sur les salaires, puis aux privatisations le dernier chapitre.

11. La priorité à la croissance rend plus tolérable la baisse asymptotique de la masse des charges publiques. Deux préconisations précédentes concernent cette cette priorité — priorité dont les raisons d’être les plus décisives sont sociales et environnementales mais qui trop peu sagacement administrée enferme les nations dans le triangle calamiteux de la sur-financiarisation, de la surconsommation et du sous-emploi.

L’une de ces préconisations est la règle de l’oscillation du poids des investissements publics autour d’une tendance à la stabilité d’un assez haut niveau pour éliminer les retards les plus préjudiciables et prévenir par ordre décroissant d’utilité publique l’accumulation d’autres retards. L’autre préconisation est la relance permanente par les placements directs en capital social. Comment commencer à installer cette relance reste cependant à rappeler — rappeler car les analyses dont il procède et qui en déclinent la systémique sont exposées en section Science économique. Ici, le rappel de ce comment prend place plus avant, dans ce qui a trait aux Entreprises. La baisse de la masse des charges publiques devient plus tolérable par ceux qu’elle affecte si le sous-emploi est en recul parce que ce comment a été mis en œuvre, comme la baisse du prélèvement fiscal devient elle aussi plus tolérable par ceux qu’elle inquiète à la même condition. Gouvernants et candidats à le devenir prennent un risque quand, connaissant ce comment, ils le jugent inadéquat parce qu’il dérange des idées fédératrices de leurs soutiens. Alors leurs concurrents, ayant eu vent de ce jugement, font une bonne affaire en le dénonçant avec des arguments assez mûrement choisis pour que leur bon sens et leur hauteur de vue fassent mouche dans l’opinion publique. La probabilité de cette survenance est accrue par les enseignants qui expliquent et accréditent le procédé d’activation de la croissance prescrit au chapitre suivant et les deux règles d’encadrement de la politique budgétaire ici exposées. Les éditorialistes qui se prononcent en faveur de ces accréditations, et y reviennent dès que l’actualité leur en donne l’occasion, œuvrent dans le même sens. Participons donc à l’essor de ce mouvement par des recommandations de lecture.

12. Ramener les charges publiques et les modalités du prélèvement fiscal à celles qui sont les plus indispensables et les moins corruptrices est largement une affaire de mentalité collective. Les économistes et les politiques ont, à cet égard, une grande responsabilité : après avoir au besoin renoncé à l’imaginaire primat de la demande sur l’offre, qu’ils se prononcent clairement sur les rapports les plus certains et déterminants entre les investissements, la fiscalité, les économies en tout domaine et le meilleur état de l’économie.

Le chemin sûr vers ce meilleur état ne passe pas par les marais du foisonnement fiscal, du laxisme budgétaire, de la surabondance monétaire et de distinctions incomplètement assumées. Depuis 1950, les deux derniers cycles de changement de cap de la mentalité économique semblent bien avoir été trentenaires : aux glorieuses a posteriori ont succédé les captieuses gonflant le surendettement public et la sur-financiarisation ainsi que déprimant l’emploi. Si, passé 2040, il se révèle que depuis environ 2010 progressivement ces gonflements puis cette dépression ont été stoppés, et le déclin de la surconsommation solidement amorcé, la reconnaissance suivante n’aura pu qu’y aider beaucoup. La règle du résultat budgétaire chroniquement excédentaire et la règle de l’oscillation du poids des investissements publics en fonction de la conjoncture contribuent substantiellement à établir une politique économique meilleure productrice de prospérité et de qualité de vie qu’auparavant, tout en étant réductrice d’inégalités attentatoires à la cohésion sociale grâce à ce qui l’oriente sur deux répartitions, dont l’ignorance ou la négation rend économiquement incompétents aussi bien des dirigeants syndicaux et des hauts fonctionnaires que des gouvernements et des partis politique tout entier : la répartition du revenu global maximisant le revenu total du travail, la répartition de ce dernier par la clé des égalités et inégalités de salaires, voir en section Science économique  La répartition et Le salaire. Amender les modalités du prélèvement fiscal et du plafonnement des charges publiques à l’éclairage d’une économie politique qui passe à côté de la réalité de ces répartitions condamne à des conservations et des modifications inappropriées au plein exercice de la vitalité industrieuse du corps social et décevantes pour ceux qui perçoivent qu’il est grand temps de « changer de logiciel ».


[i] Dans ce périmètre et selon une typologie du droit public français, il n’y a pas d’Établissement Public Industriel et Commercial (EPIC) mais il y a, outre les instances parlementaires et l’administration tant centrale que territoriale, les Établissements Publics [à Caractère] Administratif (EP[C]A), soit un organigramme du Léviathan au regard duquel ceux des plus grandes entreprises privées sont légers.

[ii] 1) Impôts, ventes, dons volontaires et vols d’argent ces deux autres sortes de transferts, n’en ont pas moins en commun d’être comptablement des crédits pour les entités qui en perçoivent le produit, d’où la judicieuse appellation générique « produits » et le déplorable anglicisme « revenus » au lieu de « produits ». 2) Tout emploi public rémunéré est marchand, comme tout autre emploi rémunéré. L’abolition effective de l’échange marchand à raison du travail rémunéré est irréalisable. À une prohibition officielle de l’économie de marché succède inévitablement, tôt ou tard, le rétablissement non moins officiel d’une économie de marché. 3) L’élimination de la dictature des marchés financiers par des réformes, dont autant que besoin celles qui touchent à la gestion générale du prélèvement public, participe à la transformation d’une économie de marché en une autre. Mais à quand une politique budgétaire dont l’exposé des motifs ait plus de souffle ? Montrons qu’en cette matière à la croisée de plusieurs problématiques, il y a de quoi insuffler à la nation une grande ambition à coup sûr bonne pour elle.

[iii] Que cette provision soit ensuite bien administrée, c’est une autre affaire. Trop d’entreprises ayant dûment amorti leurs immobilisations se trouvent dans l’impossibilité d’autofinancer une part substantielle de leur modernisation.

[iv] En France, la loi organique relative aux lois de finance (LOLF, 1er août 2001) prescrit la publication annuelle de trois résultats, au titre de la consolidation du budget général, des budgets annexes et des comptes spéciaux : le  « résultat budgétaire », le « résultat en comptabilité générale de l’exercice », le « résultat en trésorerie présenté dans le tableau de financement ». Le « résultat budgétaire » est le solde des dépenses effectivement décaissées et des recettes effectivement encaissées : comptabilité de caisse seulement, telle qu’un relevé de banque montre en quoi elle consiste. Le « résultat en comptabilité générale » est la différence entre les produits et les charges de l’exercice « au moment du service fait », donc même à raison de produits qui n’ont pas été recouvrés et de charges qui n’ont pas été payées pendant l’exercice. Faire que ce dernier résultat devienne et reste complètement conforme à la définition à laquelle cette note est rattachée ne fait pas sombrer dans un abime de complexité administrative.

[v] Gouvernants et fonctionnaires français que n’indisposent très généralement pas encore les annonces à l’opinion publique des déficits de la Sécurité sociale sans qu’il soit précisé si ces différences négatives sont entre les entrées et les sorties de trésorerie ou entre les produits et les charges. S’il s’agit des premières, pourquoi les secondes sont-elles passées sous silence ? Pour cacher que la gestion générale de la Sécurité sociale, dont le budget est fort lourd, est gravement défaillante ?

 

A.3. Ne plus lier la croissance et la compétitivité à la précarisation de l’emploi et à la baisse du coût du travail.

Nous commettons une faute politique quand nous lions, même subsidiairement, la croissance de notre économie et sa compétitivité[1] à la précarisation de l’emploi ou à la baisse du coût du travail. Trois raisons sont décisives :

1. La précarisation de l’emploi s’aggrave et se résorbe selon l’évolution de l’état général de l’économie nationale. Or, dans ce qui rend cette évolution faste, il y a un premièrement et un deuxièmement.

Le premièrement est une augmentation du stock de capital social[2] tantôt nettement plus forte que celle du stock des dettes des entreprises, tantôt au moins égale. Tout aussi nécessaire, le deuxièmement est l’application de commun accord et au long cours de deux règles de gestion générale du prélèvement public. Les journalistes qui font bien leur métier d’informateur expliqueront ce premièrement et ce deuxièmement en utilisant les références annexées à cette lettre ouverte (pour le présent exemplaire voir ci-dessus 1.1 et 1.2).

Un poète a prévenu : L’Art est long et le Temps est court.[3] Nous rendrons notre stratégie économique mieux aiguisée en nous concentrant sur ce premièrement et ce deuxièmement. À l’aune du temps long bien des menées apparaîtront à coup sûr comme ayant été des poussées de fièvre idéologique ne remédiant pas à leurs causes. Ces dernières décennies, le cap sur le maximum de création de valeur pour l’actionnaire et d’incessants emprunts publics pour boucler les fins de mois, ce qui est typique du surendettement, ont entre autres été des effets de ces poussées.

Tous les emplois rémunérés sont des échanges marchands, bien qu’ils ne se limitent jamais à n’être que ça. Depuis la nuit des temps, il n’est qu’apparemment avisé de toujours acheter au moins cher et vendre au plus cher. Si ce tropisme, désastreux pour l’environnement et dommageable à la qualité de la vie sociale, fonde encore les positions que prennent les plus influents syndicats d’entrepreneurs et groupements d’économistes, il est grand temps qu’ils cessent de faire passer pour de la modernité de bon aloi des dérives qui ont fait un retour en force à partir des années 1980 et provoqué une réplique sévère de la grande dépression des années 1930, à peine plus de trois quarts de siècle après.

L’illusion de la compétitivité recouvrée par de la baisse du coût du travail, comme par de la dépréciation monétaire, masque le fait qui conduit à l’entretenir. Un précepte de la sagesse marchande prescrit : Vendre des produits qui ne reviendront pas à des clients qui reviendront. Le fait à ce jour encore trop masqué est l’application trop peu capitalisée de ce précepte. Ce trop peu, par les étroitesses de fonds de roulement qui en résultent, rend trop souvent les échéances si stressantes que la baisse du coût du travail devient une obsession apaisante. Ce n’est pas alors davantage de crédits, surtout à court terme, qui desserre durablement l’étreinte. Il y faut la thérapie systémique du premièrement et du deuxièmement.

2. Les vraies lois économiques de l’emploi et de ses prix restent exclues des doctrines qui font le plus autorité, en notre pays comme ailleurs dans le monde. Notre peu d’empressement à la concentration de nos efforts sur la thérapie du premièrement et du deuxièmement vient beaucoup de là.

La relation principale entre l’état actuel et futur de l’emploi passe par les bénéfices distribués en échange des mises en capital pour le financement permanent des entreprises. Je laisse aux experts de cette relation[4] le soin d’en exposer la dynamique et les conditions de plein exercice.  Mais ces conditions sont contraires aux atavismes qui scellent nos préjugés. C’est pourtant quand elles sont entièrement satisfaites que l’augmentation du stock national de capital social entraîne la plus vive augmentation du stock d’emplois pérennes.

Quant aux prix de l’emploi, c’est-à-dire aux salaires toutes sortes de rémunération du travail comprises, ils continuent à faire l’objet de deux mystifications. Leurs inégalités proviendraient de déterminants qui régiraient la formation de tous les prix. En réalité, ces inégalités ont pour spécificité d’être des clés de répartition du revenu total du travail. Par ces clés, le corps social est en mesure de participer au paramétrage de l’économie. La manière la plus juste de gérer collectivement, nation par nation, les rémunérations du travail prend appui sur cette reconnaissance. Toujours plus de redistribution via les finances publiques dédouane de responsabilités, bureaucratise à l’excès, n’élimine pas les inégalités destructrices de cohésion sociale. Assumer la répartition du revenu total du travail par les égalités et inégalités de salaires rend la renonciation à ce toujours plus recevable.

Les salaires officiellement qualifiés de bruts, d’où résultent les nets après soustraction des cotisations officiellement réputées salariales, seraient les prix du travail. Les additions à ces bruts des cotisations officiellement réputées patronales feraient les coûts du travail. Ces coûts seraient à comprimer à la base de la pyramide des masses de frais de personnel afin d’améliorer la compétitivité. En vérité, les officialisations dont il vient d’être question sont des jeux de langage mensongers. Le prix et le coût du travail ne font évidemment qu’un. Cet un est le salaire entier, autrement dit complet, celui qui après entrée en vigueur du déversement des cotisations patronales dans les cotisations salariales deviendra le brut. Car en fait, les cotisations patronales sont salariales, entièrement salariales… comme le salaire complet est aussi entièrement patronal !

Oui, réformons le marché du travail mais d’abord par l’abolition de la fiction des cotisations patronales. Alors enfin ce marché sera régulé par ses vrais prix devenus plus aisément et exactement comparables. Dans la foulée, ceci va avec cela, réorganisons le financement et la gestion des protections économiques dites sociales, où les employeurs en tant que tels usurpent le patronage qu’ils s’y sont taillés et où se brassent des sommes d’argent colossales tout en fournissant une grande quantité d’emplois directs et indirects. Dès l’abolition officielle de la fiction des cotisations patronales, la demande de la baisse du coût du travail apparaîtra au grand jour pour ce qu’elle est : celle d’un délestage en charges publiques d’une partie du prix du travail, au mépris de ce qu’y perdent d’indispensables autorégulations mutualistes. Au mépris aussi, c’est tout aussi pernicieux, de la difficulté accrue d’établir chroniquement excédentaire le plus important résultat budgétaire, celui dont le deuxièmement explique ce qu’il est et pourquoi cet excédent plus souvent que du déficit peut et doit aller de pair avec un haut niveau d’investissements publics — des explications qui sont autant d’éléments d’instruction civique afin de mieux éclairer les électeurs sur ce qu’ils ont à juger.

3. Lier la croissance et la compétitivité à la précarisation de l’emploi et à la baisse du coût du travail détourne de l’assomption d’une volonté. Quoi qu’en disent les contempteurs de toutes les sortes d’économie de marché, l’une est la plus appropriée à la maximisation du revenu total du travail sous contrainte de la suffisance, au regard de l’état de l’emploi, du rendement moyen du placement en capital.[5]

Sur le point crucial de la répartition générale des revenus, il ne restait somme toute à la théorie économique qu’à bien expliquer la maximisation dont l’entrée en vigueur est rétrospectivement devenue manifeste à partir de la première révolution industrielle. C’est maintenant chose faite, au moyen d’une équation en forme de règle de trois, la plus universelle que les échanges marchands mettent imparablement en vigueur. [6] Il est dans la nature du revenu total des placements de pouvoir être suffisant et dans celle du revenu total du travail de ne jamais l’être. De façon absolument certaine, la maximisation du revenu total du travail se peut et se doit.

Ce n’est cependant qu’à toute une série de conditions que l’assomption collective de la volonté de cette maximisation est la plus efficace. Les investissements sont au premier rang de ces conditions. Ils démultiplient d’autant plus l’activité économique qu’ils sont financés au mieux. Le meilleur financement des investissements publics est par des livrets dûment rémunérés du trésor public, détenus par un grand nombre de particuliers et par des associations non commerciales, ne servant qu’exceptionnellement à compléter les impôts pour payer les charges de l’exercice budgétaire en cours. Le meilleur financement des investissements des entreprises est par émissions de parts de capital social, ce qui n’est attrayant et équitable que si ces parts rapportent du dividende quand il y a du bénéfice.

Le déploiement de ces financements n’a rien d’une sinécure. La flexibilisation du marché du travail élevée au rang d’une panacée réduit l’efficacité de l’introduction dans le bien commun de la maximisation du revenu total du travail. Il en va de même du déversement en charge publique d’une partie des salaires complets du secteur privé. Un autre grossissement va dans le même sens avec les chutes qu’il provoque ou rend plus lourdes : celui de l’industrie bancaire alimenté par les entreprises de tous secteurs d’activité trop souvent insuffisamment capitalisées, par les surendettements publics massifs, par le dopage monétaire encore plus massif afin d’éviter de la déflation mais moyennant désormais de l’inflation nichée qui gonfle des bulles spéculatives dont l’un des effets les plus préjudiciables est l’augmentation des prix immobiliers, loyers compris, plus rapide que celle du revenu total du travail.

La stratégie du premièrement et du deuxièmement est grosse de davantage de bienfaits qu’il en apparaît à son premier examen. Des appareils et des corporations n’y verront pas moins, vite et justement, des atteintes à leurs pouvoirs, au point de se dépenser beaucoup afin qu’elle ne soit jamais non seulement appliquée mais même académiquement étudiée.

4. Les trois raisons qui viennent d’être résumées renforcent l’option politique de plus haut niveau institutionnel prise par notre nation et ses alliés : la démocratie. Cette dernière implique la séparation des pouvoirs, la laïcité de la république, le plein exercice des libertés fondamentales, la pénalisation générale des atteintes aux propriétés et aux personnes, la pénalisation renforcée des abus de bien public, la concurrence électorale et toutes les autres concurrences non seulement encadrées par ces pénalisations mais aussi astreintes à des règles de comparabilité des offres et des résultats.

La coalition internationale de soutien inconditionnel à la démocratie ainsi déclinée est encore loin d’être aussi étendue et solide que la pacification du monde le nécessite. Dans ce qui tient cette coalition trop peu avancée, il y a une économie politique extensivement enseignée sans avoir été expurgée de dénis de réalité ourlés de désinvoltures terminologiques et de pétitions de principe, ces fautes qui consistent à tenir pour certain ou vraisemblable ce qui est à démontrer. Son accréditation incline à des amalgames apparemment véniels, tel celui qui porte sur les capitaux dont on oublie systématiquement de mentionner qu’ils ne sont pas du capital proprement dit ou qu’ils le sont en partie seulement. Tel aussi l’amalgame qui porte sur les revenus dont on s’abstient non moins systématiquement d’exclure les allocations et autres subventions récurrentes qui sont des transferts, d’argent très principalement sur la scène publique, de termes d’échanges marchands génériquement — et non pas des contreparties d’échanges de cette sorte. Etc. Ne pas nommer correctement les choses ajoute au malheur du monde, Albert Camus.[7]

En attelant mieux nos idées économiques à nos aspirations civiques et inversement, nous œuvrons obstinément — Pour soulever un poids si lourd, / Sisyphe, il faudrait ton courage ! / Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage, / L’Art est long et le Temps est court ; en attelant mieux nos idées nous œuvrons tant à l’essor de notre prospérité qu’à la pacification du monde par la victoire de la coalition des nations démocratiques. Pour cet accomplissement herculéen, cette coalition devra, de haute lutte tant en son sein qu’avec ses adversaires, devenir assez largement satisfaisante des aspirations des peuples qui la constituent pour enfin parvenir à extirper les monnaies des arsenaux d’armes offensives et défensives, ce qu’elles sont depuis Crésus au moins.

Tout esprit voit la nécessité de cette conquête après avoir assez profondément et indépendamment réfléchi aux conditions durables du commerce international équitable, de l’assainissement de l’environnement prescrit par les écologues et manifestement de plus en plus nécessaire, de la paix entre les nations et à l’intérieur de chacune. Si vis pacem para bellum : si tu veux la paix, prépare la guerre. Ne nous contentons pas de prier pour la paix. Préparons et faisons la guerre sur tous les fronts où il nous faut lutter de façon cohérente pour éviter les victoires à la Pyrrhus, telles celles de la finance à base de titrisations, dérivés, cotations en continu, surendettements publics et dopages monétaires. Faisons la richesse moins arrogante et la pauvreté moins frustrante. Hissons-nous les uns les autres à l’approbation de la stratégie économique et géopolitique du premièrement et du deuxièmement afin que des gouvernements qui la mettent continument en œuvre deviennent moins improbables.



[1] Appelons T le total mondial des exportations, P la part de ce total en provenance du territoire national. La compétitivité de l’économie nationale a augmenté, est restée stable ou a baissé selon que la part relative P/ T a augmenté, est restée stable ou a baissé. La compétitivité d’une entreprise se définit semblablement, avec le total T du marché sur lequel l’entreprise vend et la part P de ce marché que les ventes de l’entreprise constituent.

[2] Si, dans une déclaration fiscale, se trouve la mention « Acquisition de parts de capital social », ce dont il s’agit sera très généralement jugé clair. Seules les sociétés commerciales et civiles (immobilières, foncières, professionnelles) ont un capital social. Tout placement en bourse n’est pas toujours en capital social, notamment du fait des obligations cotées, et tout placement en capital social n’est pas forcément en bourse non plus qu’en actions négociables. La distinction entre parts de capital social, ou actions, selon qu’elles sont négociables ou restituables, reste à vulgariser et mieux exploiter bien qu’elle soit largement pratiquée (société anonyme ou à responsabilité limitée versus société coopérative à capital variable, notamment). La distinction entre capital et quasi-capital est encore moins connue, bien que fort importante mais elle ne s’impose qu’à des niveaux plus fins d’analyse et de prescription.

[3] Baudelaire, dernier vers de la première strophe du onzième poème des Fleurs du mal, Le Guignon — la guigne, la malchance, la poisse. Cette strophe est entièrement citée à l’avant-dernier paragraphe de la présente lettre ouverte.

[4] Dite EPCE : Emploi -> Profit -> Capital -> Emploi.

[5] Tant que le sous-emploi structurel progresse, élévation de plus en plus prononcée du rendement moyen du placement en capital ; dès que le plein-emploi structurel se rapproche, baisse asymptotique de ce même rendement. Dans une nation où cet ajustement est entravé, non seulement tout n’a pas été fait pour l’emploi mais aussi le principal n’a pas été fait. Quand en jargon technocratique l’expression « traitement social du chômage » veut en fait dire « traitement économique maladroit du chômage », c’est bien vu. Le chômage est une réalité économique faisant partie des autres de même sorte, toutes constitutives du sous-ensemble économique des réalités sociales.

[6] Équation dite relation RPP’ : toute rentabilité R est égale à une productivité P fois une profitabilité P’, tant R que P et P’ ayant par définition deux à deux un élément commun. La science des prix auxquels les entreprises vendent établit l’universalité de cette équation, ce qui résout un problème de répartition de coûts longtemps catalogué sans solution objective.

[7] Appeler « revenu de solidarité » une allocation de secours ajoute aux malheurs des manques d’emploi et d’employabilité, comme mettre les dividendes et les plus-values dans le même sac étiqueté « profit » ou « création de valeur » ou « capital » ajoute aux malheurs engendrés par l’économie exagérément vouée aux jeux d’argent. Les références annexées à la présente lettre ouverte sont celles d’analyses et de prescriptions où il est apporté un grand soin à nommer correctement. C’est au premier abord rebutant puis, quand l’œil s’y est accoutumé, cela devient clair, bon et beau. Vive ce progrès ! Ne le tenons pas pour subsidiaire. Les adversaires de la coalition démocratique retournent contre elle non seulement sa politique mortifère de la canonnière mais aussi ce qui est le plus manifestement ascientifique, inefficace et unilatéral dans sa doxa économique.