C109 - Dialogue sur l’économie et la morale

– Qu’est-ce qui est moral ?

 – Ce qui est relatif aux mœurs et à l’usage d’éléments de l’affaire du bien et du mal.

L’affaire du bien et du mal, c’est-à-dire ?

– L’une des dénominations possibles de l’ensemble des oppositions binaires de qualité utilisées par le jugement humain. Cet ensemble comporte des paires telles que le solide et le fragile, le salubre et l’insalubre, le permanent et le temporaire, le juste et l’injuste, etc., qui gravitent autour de deux polarités : le bien et le mal, le vrai et le faux.

– Les mœurs, c’est-à-dire ?

– L’ensemble des façons animales de produire quoi que ce soit est le même que l’ensemble des moeurs animales. Le sous-ensemble des façons humaines de produire quoi que ce soit est le même que le sous-ensemble des moeurs humaines. La morale est ce qui concerne solidairement, au sens dans lequel un mécanicien dit qu’une bielle est solidaire avec un vilebrequin, les moeurs et les usages conscients d’éléments de l’affaire du bien et du mal.
La prescription morale n’est qu’un traitement fragmentaire et le plus souvent partial de cette réalité. L’observation partielle d’une réalité ne change rien à l’existence et à l’entièreté de cette réalité.

– Additionner des chiffres entre eux n’est pas un acte moral. Plus globalement, faire de la mathématique n’est pas un acte moral.

– Exécuter des opérations arithmétiques fait usage conscient d’éléments de l’affaire du bien et du mal et fait partie de nos moeurs. Cette exécution est un acte moral et il en va de même de son apprentissage.
Nos conceptions, nos fabrications et nos utilisations d’instruments sont des actes moraux. La logique et les mathématiques sont morales. La discipline scientifique est une discipline morale. La négation de ces réalités fait partie d’une entreprise d’enfermement dans un imaginaire tissé d’émotions et d’impressions que cet imaginaire conforte.

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