Le capitalisme sans capital

Dans sa Préface Henri Gibier, directeur de la rédaction des Echos, écrit de Paul Fabra que « Sous son scalpel [ …] le journaliste curieux se transforme en penseur passionnant ». Ce penseur, dans son Prologue, revient sur plusieurs de ses thèmes de prédilection. Le paragraphe ci-après cité se trouve à la page 40.

 « Du côté du profit, la science économique moderne, et même plus ancienne,  n’est pas d’un grand secours non plus. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le capitalisme n’a jamais eu de théorie du profit, hormis celle de Karl Marx, qui est fausse et qu’il n’est pas parvenu à s’expliquer à lui-même (son échec final pour rendre compte du partage de la plus-value entre les entreprises qui « exploitent » la main-d’œuvre et celles qui ont très peu de salariés par rapport à leur chiffre d’affaires). Cependant, la solution n’en existe pas moins et je prétends qu’elle est accessible pour peu qu’on veuille identifier l’objet de la recherche. De quoi s’agit-il ? Formuler une théorie économique du profit.

J’ai, dans L’Anticapitalisme / Essai de réhabilitation de l’économie politique, proposé de reprendre la question laissée jusqu’à ce jour sans réponse. La solution à laquelle je suis parvenu, en soutenant qu’elle est implicite chez Ricardo, est que le profit est soumis à la loi de l’échange. Il s’agit d’un échange indéfiniment échelonné dans la durée. Une épargne investie dans une entreprise, où elle devient un « capital » inscrit dans la colonne des « ressources » ou « passif » du bilan, est échangée contre un flux de durée indéfinie de revenus correspondant aux bénéfices de l’entreprise. Bien sûr, il y a le risque que l’entreprise ne fasse pas de bénéfices ou en fasse irrégulièrement.

Mais l’incertitude de l’avenir est inhérente à la vie. Elle n’a pas à être  « payée ». La définition du profit comme étant le prix du risque et celle du management comme étant l’art de porter au maximum ce profit n’ont rien à voir avec la science économique. L’économie a affaire avec les produits du travail des hommes et les revenus qu’ils en tirent en les échangeant. Rien de tout cela ne relève de la théorie des jeux.
Ce qui précède s’applique au profit stricto sensu. La liberté contractuelle permet a priori toutes les combinaisons  (pour attirer, par exemple, des investisseurs à financer une nouvelle entreprise). Mais les extraordinaires abus de la notion de profit auxquels on assiste ont une autre source : la financiarisation de l’économie repose sur l’hypothèse, jamais formulée explicitement, d’une éternelle inflation boursière ; elle ne pose plus qu’accessoirement le problème en termes de « revenu » du capital. Ce qui l’intéresse est l’appropriation de la plus-value. »

 
Introduire enfin le profit « dans le schéma de l’échange » en fait le prix d’un placement, comme l’intérêt versé au prêteur d’un principal est lui aussi le prix d’un placement. Cela étant, comment, dans les cas respectifs du profit et de différentes sortes de taux d’intérêt, est-il normal que ces prix se forment ? Pour ce qui est du seul profit, sa théorie n’est assez complètement articulée que si une explication de cette formation normale en fait partie. Et pour que cette explication soit scientifiquement recevable, il faut qu’au final sa vérification expérimentale confirme sa pertinence.
 
Page 25 de son Prologue, Paul Fabra écrit : « Dominique Michaut me sut gré aussi de lui avoir montré qu’il existait une autre voie que le subjectivisme pour aborder l’étude des phénomènes économiques. Il a par la suite entrepris de définir par la voie objective les concepts de la science économique. Il a ouvert et dirige un site (http://www.atelierpaulfabra.org). ».
Parmi ces concepts se trouve la relation EPCE qui produit l’explication de la formation normale du taux moyen de profit sur capital.
 
Ce site est le principal instrument de travail d'une équipe que rassemble l’affinité intellectuelle de chacun de ses membres pour la révision de fond en comble prescrite par l’auteur de L’Anticapitalisme. Antoine Lonjon est sur ce chantier un ouvrier particulièrement actif. Il faut ici en faire état car grâce à ses soins il suffit à un utilisateur du site qui veut découvrir ou revoir ce qu’est la relation EPCE de taper ces quatre lettres dans le champ « Recherche » pour trouver les liens sur lesquels il n’aura plus qu’à cliquer. Ou, mieux encore, de prendre le chemin Science économique / Glossaire / EPCE.
Entre autres concours d'Antoine Lonjon et d'autres de la même équipe travaillant, bénévolement et au long cours, à la formalisation et à la diffusion de propositions premières de science économique et de propositions majeures de politique économique.
 
DM, décembre 2009