4.2. Au commencement logique de la comptabilité économique se trouve la distinction entre stocks et flux.

1. La distinction entre fluxs et stock est axiomatique : c'est un postulat de base.

Je compte, sur une photographie aérienne, un nombre de véhicules stationnés. Ce comptage est une mesure de stock. Je compte les nombres d’entrées de véhicules sur un parc de stationnement. Ce comptage est celui d’un flux.

Dans une voiture, une jauge renseigne sur le niveau de la réserve d’énergie. C’est une mesure de stock. Un compteur indique le nombre total de kilomètres parcourus. C’est une mesure de flux.

La mesure d’un stock est un instantané. Ce constat ne définit pas ce qu’est un stock. La mesure d’un flux porte sur une durée. Ce constat ne définit pas ce qu’est un flux. Les revenus et les encaisses n’en ont pas moins une différence. Les revenus sont des flux, les encaisses sont des stocks. Etc.

2. L’assimilation des circuits économiques à des dispositifs hydrauliques est souvent utilisée.

Cette assimilation aide à observer l’existence de stocks et de flux économiques. Les uns sont de marchandise, d’autres de monnaie. Les stocks sont représentés par des réservoirs. Les courants qui vont d’un réservoir à l’autre y représentent des flux.

Un schéma de circuits économiques ne vaut que pour une entité pour laquelle une comptabilité peut être tenue. C’est pourquoi il existe autant de ces schémas que de catégories de ces entités.

Un schéma d’un circuit économique masque une réalité s’il se réduit à des tracés de flux. Le schéma macronomique le plus exact n’a pas ce défaut. Il situe le point le plus haut du circuit mésonomique. En ce point, il y a comme un château d’eau. C’est le stock dont l’élévation du niveau augmente le nombre d’emplois et le débit des flux de revenus. Nous le constaterons au chapitre suivant.

3. Le premier outil d’une comptabilité économique est une nomenclature.

L’usage est désormais de l’appeler « plan comptable ». Des intitulés de classes de compte et de comptes y sont spécifiés.

Tous ces comptes ont deux caractéristiques. La première est souvent tenue pour implicite dans les cours de comptabilité. La seconde est, elle, toujours décrite.

4. Tout compte est ou bien un compte de stock ou bien un compte de flux.

Il en va de même de toute classe de comptes.

François et Françoise tiennent désormais leur comptabilité familiale sur ordinateur. Une fois par semaine, ils mettent à jour cette comptabilité. Deux à trois clics les renseignent sur le solde de leurs comptes en banque à ce jour. Ce solde est le montant d’un stock. Trois à quatre autres clics les renseignent sur la différence entre leurs revenus et leurs dépenses du… au… Ce solde est entre deux flux. Il est lui-même un flux.

5. La seconde caractéristique est la « partie double ».

Les comptes qu’un banquier doit rendre à ses clients sont de ceux pour lesquels la nécessité d’un « crédit » et d’un « débit » est évidente. Y compris dans le cas, de plus en plus fréquent, où un crédit est indiqué par un nombre positif et un débit par un nombre négatif.

Faire en sorte qu’un montant débiteur ou créditeur puisse être enregistré sur n’importe quel compte est l’un des dispositifs d’une comptabilité économique en partie double. Balancer tout crédit par un débit de même montant, et inversement, est l’un des autres dispositifs.

L’égalité de la somme des débits et des crédits assure que ce balancement est arithmétiquement exact.

6. La technique de la partie double inverse le signe algébrique d’un solde selon qu’il est de flux ou de stock.

Un solde est le produit d’une addition algébrique. Dans une telle addition, les nombres sont relatifs. Par exemple, (+3)+(+2)+(-1)=3+2-1 fait un solde positif de 4. Et (-3)+(-2)+(+1)=-3-2+1 fait un solde négatif de même montant.

Quand un solde est de flux F, notons le (+F) ou (-F). S’il est de stock, notons le (-S) ou (+S).

Un solde créditeur est positif quand il est de flux (+F), négatif quand il est de stock (-S). Inversement, un solde débiteur est négatif quand il est de flux (-F), positif quand il est de stock (+S).

Soit C1 le compte de la banque B dans les livres, tenus en partie double, de l’entité E. Soit C2 le compte de l’entité E dans les livres, tenus en partie double, de la banque B. C1 est à l’envers de C2 pour ce qui est du sens des écritures. Qui a tenu en partie double la comptabilité d’une entité ayant au moins un compte en banque l’a vérifié à de multiples reprises.

7. Le balancement de tout crédit par un débit de même montant est économiquementpertinent.

Tout flux de marchandise ou de monnaie a, entité par entité, un effet sur un stock de monnaie ou de marchandise. C’est l’enregistrement concomitant, dans les comptes d’une entité, d’un flux et d’une augmentation ou diminution de stock qui rend la partie double économiquement pertinente.

Considérons l’évènement suivant. Du travail est fourni en échange de sa rémunération. Si cet échange est en tout ou partie un troc, un stock de marchandise détenue par l’employeur s’en trouve diminué. Mais supposons que la rémunération soit entièrement monétaire. Un stock de monnaie détenu par l’employeur s’en trouvé diminué.

La comptabilité en partie double de l’employeur enregistre cette rémunération par un crédit et un débit. Le crédit est d’un compte de stock, caisse ou banque. Le débit est d’un compte de flux, salaires. La comptabilité en partie double de l’employé enregistre aussi cette même rémunération par un crédit et un débit. Le crédit est d’un compte de flux, salaires. Le débit est d’un compte de stock, caisse ou banque.

8. N’importe quel mouvement d’un terme d’échange marchand a le même effet.

Un stock est réduit – crédit –, ou augmenté, –débit. C’est selon que le mouvement considéré est un flux sortant – débit –, ou entrant – crédit.

Certes il faut être deux pour échanger, comme pour transférer. La partie double n’en tire cependant pas son principe. L’origine logique de ce principe tient en deux constats. Tout flux a, entité par entité, un effet sur un stock. Cet effet est à due concurrence du montant du flux.

 

La formule de base de toute comptabilité

La formule de base de toute comptabilité, qu'elle soit à proprement parler économique ou physique (" matière ", dit-on également), paraît bien être : précédent stock + flux d'entrée(s) dans ce stock - flux de sortie(s) de ce stock = nouveau stock.