4.8. Les amortissements d'équipement n'ont leur pleine raison d'être qu'en entreprise.

1. Amortir un équipement consiste à étaler la reconstitution de sa valeur d’acquisition.

Notons E l’équipement considéré. Notons également DT la durée totale de l’étalement. DT est composé de périodes courtes PC. Chaque PC est au plus égale à un an.

À chaque fin de PC, une dotation à l’amortissement de E est comptabilisée. Le montant de cette dotation périodique est débité d’un compte de charge ad hoc. La contrepartie est un crédit d’un compte d’immobilisation. Ce compte est celui où figure déjà, en débit, la valeur d’acquisition de E.

2. Cette écriture en partie double est nécessaire à la conservation de la valeur investie.

Elle n’est cependant pas suffisante. Un autre dispositif doit lui être ajouté.

Les provisions constituées sont placées contre intérêts. La valeur perdue par les « immobilisations nettes » se trouve en « immobilisation financière ».

Quand ce n’est pas le cas, la trésorerie courante est censée prendre part à la conservation de la valeur investie. Or, bien gérée, la trésorerie courante n’est pas chroniquement excédentaire. La conservation de la valeur investie par des provisions n’est certaine que si ces dernières constituent un disponible placé. Ce dernier n’est en partie liquidé qu’en cas d’acquisitions d’équipements. L’amortissement de ces acquisitions fait remonter ce disponible placé. La trésorerie d’exploitation est doublée d’une trésorerie d’investissements à plus d’un an.

3. Cet autre dispositif n’est pas encore considéré comme normal.

Pour le mettre en place, il faut un fonds de roulement assez largement positif (3.14, commentaire 5). La solidité de la situation financière de l’entreprise s’en trouve améliorée. Mais il y a renonciation à davantage de croissance à court terme. C’est contraire à la religion du maximum de bénéfice.

L’emploi en fait les frais. Quand il faudrait reconvertir, le financement permanent se révèle avoir été par trop érodé. La précaution a bien été prise de ne pas surestimer les bénéfices du montant des amortissements. Mais ces derniers n’ont été que constatés. Il a manqué le dispositif qui rend ces amortissements financièrement concrets et sûrs.

4. La conservation de la valeur investie ne s’impose qu’aux entreprises.

Les entreprises ont une valeur vénale. Les associations privées à but non commercial n’en ont pas. Un service public non commercial n’en a pas davantage.

La perte de valeur d’échange du total des immobilisations d’une entreprise participe à la réduction de la valeur vénale de cette entreprise. Autrement dit, cette perte appauvrit le(s) propriétaire(s) de cette entreprise.

5. Les autres catégories d’entités mésonomiques s’appauvrissent ou s’enrichissent.

C’est selon l’évolution de leur capacité d’autofinancement de leurs dépenses d’équipement. Gérer leur résultat comme il est normal que les entreprises gèrent leurs amortissements est sensé. Hors périodes durant lesquelles elles font de grosses dépenses d’équipement, leurs « immobilisations financières » doivent croître.

Illustrons par un cas d’école. Soit A une association non commerciale. Ses gestionnaires utilisent un ratio structurel. Ils l’ont fixé à 60 %. Le numérateur N est le total annuel des dépenses de fonctionnement. Le dénominateur D est le total annuel des « produits » du compte de résultat. Les gestionnaires de A ont donc pour objectif un résultat annuel moyen de 40 %. Si ces 40 % font un montant supérieur aux dépenses d’équipement d’une année, la différence est placée. Dans le cas contraire, le placement antérieur est réduit pour financer la différence.

L’association A gère son résultat comme une entreprise solide gère ses amortissements.

6. La situation nette de toute entité mésonomique dépend de la valeur vénale de ses immobilisations.

Mais procéder à cette estimation est souvent coûteux. D’autres moyens existent pour apprécier quelle a été l’évolution de la situation nette.

Seules les entreprises ont des résultats à distribuer. C’est pourquoi l’ajout d’amortissements aux charges est indispensable dans leur cas. C’est aussi pourquoi il est superflu dans le cas de l’association A.

En gestion de trésorerie, une norme est commune à toutes les entités mésonomiques. Un compte courant ne suffit pas. Il faut, dès que possible, le doubler d’au moins un compte de placement. Quand cette norme est respectée, une règle devient également commune à toutes les entités. La situation nette s’est dégradée s’il a fallu puiser dans le compte de placement pour régler des dépenses de fonctionnement.

Dans un pays, les bonnes pratiques en matière de trésoreries sont comme ceci. Dans un autre, elles sont comme cela. Il est impossible que ces deux économies aient les mêmes effets sociaux. Or dans ces bonnes pratiques, il y a ce qui concerne les amortissements. La gestion financière repliée sur elle-même est dommageable. Elle fait perdre de vue ses enjeux sociaux. Les trésoreries trop étroites sont une source inépuisable de précarités excessives.

7. De nombreux calculs de coûts nécessitent l’estimation d’un amortissement.

Parmi ces calculs, il y a bien sûr celui du « prix de revient » complet d’un article vendu par une entreprise. Il y en a cependant bien d’autres. Certains sont communs à toutes les catégories d’entités.

C’est notamment le cas quand le choix d’un équipement est à instruire. Soit, par exemple, des chaudières de chauffage central. Leurs différences techniques et de prix sont importantes. Il y a doute sur le coût complet de la thermie produite par chacune. Pour estimer au plus près ce coût, il faut bien entendu prendre en compte les amortissements respectifs.

Que se passe-t-il, de fait, quand l’entité équipée n’est pas une entreprise ? Examinons son compte de résultat. Une marge après frais de fonctionnement hors amortissements s’en dégage. Cette marge est toute entière d’autofinancement.

Tirons de ces observations deux constats. Des amortissements d’équipement sont à estimer dans la gestion de n’importe quelle entité. La présence d‘amortissements parmi les charges n’est nécessaire qu’au bon aloi d’une comptabilité d’entreprise.