La conciliation de la rigueur et de la croissance, suite

Suite au bulletin 132

Mais un « soutien organisé aux entreprises », qu’est-ce à dire ? Les subventions et allègements de charges accordés aux entreprises participent à la dégradation des comptes publics !

Le mariage durable du « sérieux budgétaire avec l’expansion privée » passe par la satisfaction d’une condition sine qua non pour ce qui est de « l’expansion privée ». La proportion du stock français d’épargne placé directement en financement permanent des entreprises françaises, dont en premier lieu les petites et moyennes,  doit augmenter sensiblement. Là où, comme aux États-Unis, cette proportion est nettement plus grande qu’en France, la reprise s’annonce d’ores et déjà plus ferme.

Selon Éric Le Boucher, dans sa chronique Trop d’austérité (Les Echos du 11/6/10), le raisonnement qui établirait que la rigueur est bonne pour la croissance se résume ainsi : « les déficits alarment les ménages et les entreprises et les poussent à épargner, tandis qu’avec l’austérité les mêmes ménages et entreprises, dûment informés de ce qui les attend, vont continuer de consommer. » Cette argumentation est avancée en laissant entendre qu’après un « moment keynésien » pour enrayer la crise, une « heure ricardienne » serait en passe d’être ouverte.

Le financement de la dette publique, rendue exponentielle par l’accumulation de déficits, mobilise une partie croissante de l’épargne. Les entreprises s’en trouvent financées par relativement trop de crédits, dont celui qu’il est convenu d’appeler « fournisseurs », et trop peu de capital. On ne répétera jamais trop que leurs capacités à employer en contrats à durée indéterminée s’en trouve comprimée. L’épargne placée en obligations finançant principalement des dépenses publiques de fonctionnement soutient sensiblement moins la croissance que l’épargne placée en financement permanent d’entreprises.

La rigueur est bonne pour la croissance parce que, comme Ricardo a invité à en tenir compte, le prélèvement nécessaire au financement des dépenses publiques est égal, quand il y a déficit budgétaire, aux impôts augmentés des emprunts publics. C’est un fait certain alors que le raisonnement rapporté par Éric Le Boucher vise à ne pas sortir du postulat, repoussé par Ricardo quand il approuve Say sur la question des débouchés, de la primauté de la demande.

La rigueur est bonne pour la croissance parce que la réduction du poids des prélèvements obligatoires donne davantage de champ aux capacités industrieuses de la population. Ces capacités surabondent de carences et c’est pourquoi il faut des interventions publiques palliatives estiment les uns. Ces capacités sont un poumon naturel par rapport au poumon d’acier que les interventions publiques palliatives constituent estiment les autres. Des interventions publiques, il en faut mais c’est afin d’organiser le plein jeu des échanges marchands, dont en premier lieu ceux de ces échanges qui sont primaires : le travail contre sa rémunération par l’employeur et lui seul, le placement d’épargne dans les entreprises contre sa rémunération par les entreprises et par elles seules.

La conciliation de la rigueur et de la croissance est plus certaine si trois abolitions, soudaines ou progressives, font partie des réformes structurelles. L’imposition des bénéfices des entreprises est abandonnée. La distribution de la totalité des bénéfices des entreprises est instaurée. La fiction des cotisations patronales est supprimée.