Science économique

La section science économique comprend un ensemble de propositions premières, c'est à dire de propositions exprimant l'ensemble des axiomes du traité d'économie politique élaboré par l'Atelier Paul Fabra.  Son contenu est présenté sous forme d'articles identifiés par une formule (proposition) formant chacune l'un des énoncés du traité.

Hors sentier battu

En Science économique / L’économie, les énoncés des propositions 1.4 et 1.5 comportent maintenant l’expression « économie définie ». Je m’aperçois, en effet, qu’une indication retrouvable sur le site s’impose : pour être à l’aise en EPO (économie politique objective), il faut être résolument entré de plain-pied en économie définie.

Il ne suffit pas de montrer que cette entrée est possible et féconde pour être cru et suivi par de plus en plus nombreux convertis. Actuellement et possiblement pour bien longtemps encore, ces conversions ne peuvent être que très exceptionnelles. Voici pourquoi.

En première analyse, il y a le monopole de l’économie indéfinie. Son champ, aux limites en trompe l’œil, est ce qu’une tradition, sanctionnée par des diplômes et célébrée par des distinctions prestigieuses, appelle « économique » et qui ou bien est hors du périmètre de l’économie définie, ou bien dans le périmètre mais sous une forme qui à l’analyse se révèle indéfinie. Hors de ce périmètre, il y a notamment rien moins que la plus grosse part de la production et la totalité de la consommation (proposition 1.5). Dans le périmètre, il y a notamment des acceptions prises pour des définitions qui, en logique des ensembles non flous, n’en sont pas (proposition 1.1) ; ce qui a de lourdes conséquences méthodologiques (épistémologiques) et pragmatiques (au sens de qui est adapté à l’action sur le réel, qui concerne la vie courante) : la quasi-totalité du vocabulaire économique est encore dans cet état !

Un fait en découle. Actuellement et possiblement pour bien longtemps encore, les seuls individus qui peuvent entrer dans le champ de l’économie définie et le cultiver, sans pousser à en refaire une parcelle de l’économie indéfinie, ont une qualité que le mathématicien, logicien et philosophe anglais Alfred North Whitehead (1861-1947) a située en ces termes (cités par Fabra mais seulement verbatim en épigraphe de l’édition américaine de son essai de réhabilitation de l’économie politique objective) : « It requires a very unusual mind to undertake the analysis of the obvious » ; en français et de façon partiellement imagée : c’est hors d’un sentier battu que les évidences se révèlent et se renouvellent.

Cette qualité étant ‘very unusual’, très exceptionnelle – en l’occurrence d’autant plus qu’il la faut disposée à se dévouer ès affaires économiques faramineusement encombrées de positions idéologiques – ; cette qualité étant très exceptionnelle, les premiers pionniers accompliront un exploit en parvenant à transmettre le flambeau à un effectif de nés après eux au moins égal au leur ; ces autres accompliront un exploit en transmettant à plus nombreux puinés qu’eux ; etc.

Ces accomplissements ont pour but la migration d’un camp de base à un autre, au final par la force d’arguments d’autorité poussant au remplacement d’un conformisme par un autre. Il le faut, ce but, parce que le maintien en économie indéfinie du camp de base prive inévitablement de la précision nécessaire à la compréhension de ce qui est propre à l’économie définie, ainsi qu’à la prescription des progrès concrets que cette compréhension rend réalisables – le champ de l’EPO.

Rien ne permet d’exclure l’improbable. Du jour au lendemain, un événement peut changer tellement la donne que la percée académique et médiatique de l’EPO en résulte, se produisant telle une révolution de longue date en gestation. Par exemple, un publiciste talentueux et attendu dans ce registre fait ses choux gras de ce que le site de l’Atelier Paul Fabra met à la disposition de qui veut en prendre connaissance ; son livre acquiert en une génération ou deux une renommée semblable à La Richesse des Nations d’Adam Smith ou à la Théorie générale de Keynes. Ou encore une instance de grande notoriété, tel qu’un parti ou un syndicat, décide après consultations internes de faire entrer dans son « logiciel » l’EPO et de le faire savoir par médias interposés. Etc.

Mais soyons réalistes. Faute d’avoir non seulement prise sur de tels évènements mais aussi de vouloir l’avoir, la seule chose qui puisse être faite pour la percée de l’EPO est d’augmenter la probabilité d’un avènement actuellement improbable.

À cette fin, il importe beaucoup de gaspiller jour après jour le moins possible d’énergie et de temps en tentatives vouées à l’échec parce qu’elles procèdent de vues trop optimistes sur la recevabilité actuelle de l’EPO. Mieux vaut actuellement et aussi longtemps qu’il le faudra, prioritairement travailler le fond et son expression, en se contentant, par internet et d’autres moyens de diffusion, de tenir la porte grande ouverte à tout francophone apte à cheminer hors du réseau des sentiers différemment balisés, selon leurs obédiences idéologiques, de l’économie indéfinie – apte à cheminer en économie définie à cause des évidences probantes qu’elle révèle et renouvelle..

Aux appréciations et suggestions des autres destinataires du bulletin qui ne parviennent pas encore à entrer de plain-pied en économie définie et qui, cela dépend entièrement de chacun d’eux, peut-être n’y parviendront jamais, la civilité et l’efficacité, c’est-à-dire la concentration sur l’essentiel, commandent de répondre promptement et cordialement mais laconiquement. Jusqu’à présent, trop optimiste et prosélyte, je ne m’y suis pas assez astreint.